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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz.
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Marceau, Gaston, Tellier naît le 18 mai 1903 à Compiègne (Oise – 60).

Au moment de son arrestation, il est domicilié au 8, passage d’Enfer à Paris 14e. Il est marié, sans enfant.

Il travaille comme plombier sanitaire pour une entreprise située rue Jules-Chaplain, à proximité de son domicile mais dans le 6e arrondissement.

Il milite à la CGT, au parti communiste et est adhérent de l’Association des Amis de l’URSS avant la guerre.

Il poursuit ses activités militantes dans la clandestinité.

Le 30 juillet 1941, Marceau Tellier est arrêté « en flagrant délit » par des policiers français en civil, en même temps que d’autres communistes, alors qu’il distribuait des tracts à la porte des usines Gnome-et-Rhône du Boulevard Kellermann, près de la Porte d’Italie (Paris 13e).

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L’usine Gnome et Rhône du boulevard Kellerman, Paris 13e.
Carte postale colorisée (années 1920 ?). Coll. Mémoire Vive.

Marceau Tellier est conduit au dépôt de la préfecture de police de la Seine, puis à la Maison d’arrêt de la Santé (Paris 14e). Le lendemain, la 14e chambre du Tribunal correctionnel de la Seine le condamne à six mois de prison. Il est incarcéré à la Maison centrale de Poissy (Yvelines – 78).

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Au deuxième plan, la Maison centrale de Poissy vers 1916.
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

À l’expiration de sa peine, Marceau Tellier n’est pas libéré : le 13 février 1942, il est parmi les 24 « militants communistes » – composé pour moitié de futurs “45000” – transférés au dépôt de la préfecture de police de Paris (au sous-sol de la Conciergerie, île de la Cité). Le 26 mars, le préfet de police de Paris signe l’arrêté ordonnant son internement administratif, officialisant la situation.

Selon une note des Renseignements généraux datée du 16 avril, Marceau Tellier, qui avait accepté de faire quelques travaux de plomberie pendant son séjour à la centrale de Poissy, « est accusé d’avoir trahi le Parti en préférant, à l’honneur de lui rester fidèle, servir l’administration aux ordres des nazis ».

Le 16 avril, Marceau Tellier fait partie d’un groupe de détenus transférés au “centre de séjour surveillé” (CSS) de Voves (Eure-et-Loir – 28), où il est enregistré sous le matricule n° 109.

Le 10 mai 1942, il est parmi les 81 internés remis aux “autorités d’occupation” à la demande de celles-ci et transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30. Du train, Marceau Tellier jette une lettre postée par des cheminots où il annonce son départ pour l’Allemagne.

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Tergnier, Laon, Reims… Châlons-sur-Marne : le train se dirige vers l’Allemagne. Ayant passé la nouvelle frontière, il s’arrête à Metz vers 17 heures, y stationne plusieurs heures, puis repart à la nuit tombée : Francfort-sur-le-Main (Frankfurt am Main), Iéna, Halle, Leipzig, Dresde, Gorlitz, Breslau… puis la Pologne occupée. Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Marceau Tellier est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 46132 (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée). Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied à Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, au cours duquel ils déclarent leur profession, ils sont envoyés aux travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – il est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Là, il est d’abord affecté au Block 15.

En juillet 1943, comme les autres détenus “politiques” français d’Auschwitz (essentiellement des “45000”), il reçoit l’autorisation d’écrire (en allemand et sous la censure) à sa famille et d’annoncer qu’il peut recevoir des colis.

À la mi-août 1943, il est parmi les “politiques” français rassemblés (entre 120 et 140) au premier étage du Block 11, la prison du camp, pour une “quarantaine”. Exemptés de travail et d’appel extérieur, les “45000” sont témoins indirects des exécutions massives de résistants, d’otages polonais et tchèques et de détenus du camp au fond de la cour fermée séparant les Blocks 10 et 11.

Le 12 décembre 1943, à la suite de la visite d’inspection du nouveau commandant du camp, le SS-Obersturmbannführer Arthur Liebehenschel, – qui découvre leur présence – et après quatre mois de ce régime qui leur a permis de retrouver quelques forces, ils sont pour la plupart renvoyés dans leurs Blocks et Kommandos d’origine.

A la fin de l’été 1944, il est parmi les trente-six “45000” qui restent à Auschwitz, alors que les autres survivants sont transférés vers d’autres camps..

Marceau Tellier meurt le 18 janvier 1945, pendant l’évacuation d’Auschwitz, dans une colonne de détenus transportée sur des wagons-plateforme (découverts) en plein hiver.

Déclaré “Mort pour la France”, il est homologué dans la Résistance intérieure Française (RIF). Une plaque rappelle son souvenir à Morangis (Essonne) où résidait sa mère.

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 28-10-1999).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 305, 372 et 411.
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” de Paris (2002), citant : – Témoignages de plusieurs rescapés : André Montagne, Eugène Garnier – Questionnaire rempli par sa veuve (10 octobre 1987) – Article de M. Cottard, Revue d’Histoire du 14e, n° 29, p. 71 (fév. 1989).
- Comité du souvenir du camp de Voves, liste établie à partir des registres du camp conservés aux Archives départementales d’Eure-et-Loir.
- Archives de la préfecture de police de Paris, carton BA 2374 (occupation allemande – camps d’internement…).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 22-02-2008)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.