Marc, Raphaël, Pecker naît le 22 novembre 1891 à Paris 14e – maternité de Port-Royal -, fils de Peretz Pecker, 25 ans, et de Wera Triwous (?), 25 ans, étudiants en médecine, domiciliés au 46, rue de la Santé.

Au moment de son arrestation, Marc Pecker est domicilié au 44, rue des Jacobins à Caen (Calvados – 14).

Il est docteur en médecine.

Combattant de 1914-1918, en tant que médecin-capitaine, il reçoit la Croix de guerre avec une citation à l’ordre du corps d’armée.

Le 1er février 1917 à Sézanne (Marne – 51), il se marie avec Valérie Blum. Ils ont un fils : Jean.

Le 16 octobre 1920, Marc Pecker entre au chemin de fer dans le Réseau de l’État (fusionné au sein de la SNCF début 1938 [1]) comme médecin de section.

Après avoir été médecin à la Société métallurgique de Normandie, Marc Pecker s’installe à Caen vers 1930 et y développe un cabinet prospère avec une « réputation établie d’excellent chirurgien ». Son cabinet est installé au 44, rue des Jacobins, à Caen, qui est également l’adresse de son domicile.

En 1937, « mordu par l’amour du drapeau et par la haine des rouges », il s’inscrit à l’Action Française. Son, père, homme de gauche, l’éclaire sur l’antisémitisme forcené des hommes de ce mouvement et le convainc de quitter cette organisation. Il adhère alors au mouvement des Croix-de-Feu du colonel de La Roque.

Le 22 janvier 1940 à Varaville (14), Marc Pecker se marie avec Lucienne Héron. Au moment de son arrestation, il est père de deux enfants.

Sous l’occupation, étant l’un des créateurs du réseau de résistance “Arc-en-Ciel”, Marc Pecker donne des soins à des aviateurs anglais abattus. Recevant un portrait du maréchal Pétain avec consigne de l’afficher dans la salle d’attente de son cabinet médical, il le renvoie en indiquant : « retour aux cabinets du Préfet ».

Les lois antisémites finissent par lui interdire l’exercice de la médecine.

Dans la nuit du 1er au 2 mai 1942, les polices française et allemande l’arrêtent à son domicile, comme Juif : il figure sur une liste d’arrestations demandées par la Feldkommandantur 723 de Caen à la suite du déraillement de Moult-Argences (Airan) [2]. Il est conduit au commissariat central, rue Auber, avec André Montagne qui a été arrêté juste avant lui.

Le soir, les détenus sont transférés à la Maison centrale de la Maladrerie, à Beaulieu, quartier de Caen, où ils sont d’abord entassés dans les cellules punitives du “mitard”. Le lendemain matin, 3 mai, Marc Pecker monte dans une nouvelle cellule qu’il partage avec Armand Bernheim, Marcel Cimier et Jean Doktor. En fin d’après-midi, ils sont conduits dans deux autocars, sous forte surveillance française et allemande, vers le “petit lycée », où sont regroupés les otages venant de différentes villes et villages du Calvados. Ils y sont interrogés, notamment sur l’attentat d’Airan, et y passent la nuit suivante.

Le 4 mai, après avoir été informés par un sous-officier allemand qu’ils ne seront pas fusillés mais déportés, certains peuvent rencontrer brièvement leur famille.

Les détenus sont ensuite transportés en cars et camions à la gare de marchandise de Caen où ils embarquent dans deux wagons à bestiaux.

Le lendemain, leur train arrive au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager). Interné dans le « camp juif » (quartier C), comme en témoigne Lucien Colin dans le journal qu’il a tenu du 9 mai au 4 juillet 1942, Marc Pecker est désigné comme un des médecins du camp.

À Caen, la Gestapo locale établira son siège dans sa clinique-domicile, rue des Jacobins.

Dans son carnet de notes quotidien sur le camp, François Montel mentionne à la date du 15 mai : « Beau temps – Bridge avec Pierre et Roger Masse et avec les médecins Pecker, Balter, Drucker… ». Transféré à Drancy le 23 juin, François Montel ajoute : « Adieux à Pecker, Drucker et Michel qui restent. Bons et déjà vieux amis […] Nous nous promettons tous de nous revoir. »

JPEG - 159.2 ko
Double portrait de Marc Pecker, 
peut-être réalisés à Royallieu (?).

Marc Pecker devient alors médecin-chef de l’infirmerie du camp “juif”, dont les partants ont emporté tous les médicaments et tous les ustensiles. Le dentiste Benjamin Schatzman le décrit comme un homme petit et corpulent : « … facilement souriant, aimant la plaisanterie et ayant une bonne culture générale. » C’est probablement le Docteur Pecker qui fait admettre André Indiktor, de Caen, coiffeur de son métier, comme infirmier faisant également fonction de cuisinier des médecins.

Entre fin avril et fin juin 1942, Marc Pecker est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30. Le docteur Abraham Drucker, resté à Compiègne, signale sa présence dans le convoi (lettre du 15 février 1946). Dans ce train, Marc Pecker jouit d’un bref privilège : afin d’assurer le service sanitaire du convoi, il fait le trajet dans un wagon de voyageurs en compagnie de soldats de l’escorte (les officiers ?).

JPEG - 128.9 ko

Le voyage dure deux jours et demi.

Le 8 juillet 1942, Marc Pecker est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 46304 (aucune photo de détenu de ce convoi n’a été retrouvée après le matricule 46172).

JPEG - 77.1 ko
Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire – au cours duquel Marc Pecker se déclare sans religion (Glaubenslos) -, ils sont envoyés aux travail dans différentsKommandos.

S’exprimant en tant qu’officier des deux guerres, Marc Pecker est un des rares à s’indigner des violences qui leur sont infligées à leur arrivée, ce qui lui vaut d’être roué de coups jusqu’à tomber à terre (témoignage d’A. Montagne). Selon Pierre Lelogeais, il devient « la bête noire des SS ».

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Marc Pecker est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir.

Pendant un temps, il est affecté au déchargement de skis empilés dans des wagons, en compagnie d’Eugène Baudoin (45207), de Mondeville (selon A. Montagne).

Marc Pecker meurt à Auschwitz le 1er août 1942, selon les registres du camp. Affecté à la construction d’une route, il doit transporter des cailloux dans une brouette à un rythme insoutenable. Continuellement frappé, il est finalement achevé à coups de bâton par des kapos, selon P. Lelogeais qui, lui, cassait des cailloux pour cette même route (lettre à la famille 2/12/1945).

Reconnu “Déporté Résistant”, après les démarches menées par le Réseau Arc-en-Ciel, dont Madame Pecker et son frère étaient également membres, Marc Pecker est décoré de la Légion d’Honneur et de la Médaille de la Résistance. La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 27-08-1996).

À une date restant à préciser, le Conseil municipal de Caen donne son nom à une rue de la ville (rue Docteur-Pecker).

JPEG - 140.7 ko
Le Mémorial de la Shoah, au 17 rue Geoffroy-l’Asnier à Paris 4e. 
À gauche, panneau du Mur des noms pour les déportés 
de l’année 1942 avec les « noms modifiés et identifiés 
depuis l’achèvement du mur
 » (janvier 2005). 
De nombreux otages juifs du convoi du 6 juillet 1942 
y ont été ajoutés ensuite… Photo Mémoire Vive.
JPEG - 54.4 ko
Inscrit sur le Mur des noms…

Le fils né de son premier mariage, Jean Pecker, rallie les Forces Françaises Libres après l’arrestation de son père, passe en Espagne où il est emprisonné. Il finira la guerre en combattant dans la Division Leclerc. Neurochirurgien de renommée mondiale, créateur de « l’école rennaise de chirurgie », membre de l’Académie de Médecine, Jean Pecker est décédé le 5 septembre 1989.

Sources : 
- De Caen à Auschwitz, par le collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association Mémoire Vive, éditions Cahiers du Temps, Cabourg (14390), juin 2001, pages 19, 35, 57, 60, 70, 71-72, 102. 
- Cl. Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 74 et 75, 90, 361 et 416. 
- Archives départementales de Paris, site internet, archives en ligne, registre des naissances du 14e arrondissement à la date du 25-11-1891 (V4E 7023, acte n° 6929, vue 27/31). 
- Journal de Lucien Colin, publié en 1995 par les archives départementales et le conseil général du Calvados dans un recueil de témoignages rassemblés par Béatrice Poule dans la collection Cahiers de Mémoire sous le titre Déportés du Calvados (pages 82-115) ; note n° 12 page 66. 
- Jean Quellien (1992), sur le site non officiel de Beaucoudray, peut-être extrait de son livre Résistance et sabotages en Normandie, éditions Corlet. 
- Benjamin Schatzman, Journal d’un interné, Compiègne-Drancy-Pithiviers, préfacé par Serge Klarsfeld, éditions Fayard, avril 2006, pages 269, 273, 281, 287. 
- François Montel, Journal de Compiègne, 29 avril 1942 – 23 juin 1942, présenté et annoté par Serge Klarsfeld, édition FFDJF (Fils et filles des déportés juifs de France), 1999, page 53. 
- Yves Lecouturier, Shoah en Normandie, 1940-1944, éditions Cheminements, Le-Coudray-Macouard (Maine-et-Loire), mai 2004, pages 76-77, 107, 115-118, 140, 155-156, liste p. 246. 
- Hervé Barthélémy / association Rail et Mémoire : fichier des déportés de la SNCF non-rentrés (Lm 118 108 p 1307).. 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 3, page 914 (17833/1942).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 3-04-2013)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] La SNCF : Société nationale des chemins de fer français. À sa création, suite à une convention validée par le décret-loi du 31 août 1937, c’est une société anonyme d’économie mixte, créée pour une durée de 45 ans, dont l’État possède 51 % du capital.

[2] Le double déraillement d’Airan et les otages du Calvados : Dans la nuit du 15 au 16 avril 1942, le train quotidien Maastricht-Cherbourg transportant des permissionnaires de la Wehrmacht déraille à 17 kilomètres de Caen, à l’est de la gare de Moult-Argence, à la hauteur du village d’Airan, suite au déboulonnement d’un rail par un groupe de résistance. On compte 28 morts et 19 blessés allemands. L’armée d’occupation met en œuvre des mesures de représailles importantes, prévoyant des exécutions massives d’otages et des déportations. Le préfet du Calvados obtient un sursis en attendant les conclusions de l’enquête de police. Mais, faute de résultats, 24 otages choisis comme Juifs et/ou communistes sont fusillés le 30 avril, dont deux à Caen.

Dans la nuit du 30 avril au 1er mai, un deuxième déraillement a lieu, au même endroit et par le même procédé. Un rapport allemand signale 10 morts et 22 blessés parmi les soldats. Ces deux déraillements sont au nombre des actions les plus meurtrières commises en France contre l’armée d’occupation.

Au soir de l’attentat – à partir de listes de communistes et de juifs (130 noms sur le département) transmises au préfet par le Feldkommandant – commence une vague d’arrestations, opérées par la police et la gendarmerie françaises avec quelques Feldgendarmes. Dans la nuit du 1er au 2 mai et le jour suivant, 84 hommes au moins sont arrêtés dans le Calvados et conduits en différents lieux de détention. Pour le commandement militaire allemand, ceux qui sont maintenu en détention ont le statut d’otage. Tous les hommes désignés n’ayant pu être arrêtés, une autre vague d’arrestations, moins importante, a lieu les 7 et 8 mai. Le préfet ayant cette fois-ci refusé son concours, ces arrestations d’otages sont essentiellement opérées par la Wehrmacht.

Au total plus de la moitié des détenus sont, ou ont été, adhérents du Parti communiste. Un quart est désigné comme Juif (la qualité de résistant de certains n’est pas connue ou privilégiée par les autorités). Des auteurs d’actes patriotiques, proches du gaullisme, sont également touchés par la deuxième série d’arrestations.

Tous passent par le “petit lycée”, contigu à l’ancien lycée Malherbe (devenu depuis Hôtel de Ville), où ils sont rapidement interrogés.

Caen. Le Petit Lycée. Carte postale éditée dans les années 1900. 
Collection Mémoire Vive.

Le 4 mai, 48 détenus arrêtés dans la première rafle sont transférés en train au camp de police allemande de Compiègne-Royallieu ; puis d’autres, moins nombreux, jusqu’au 9 mai (19 ce jour-là). Les 8 et 9 mai, 28 otages communistes sont fusillés, au Mont-Valérien (Hauts-de-Seine – 93) pour la plupart (trois à Caen). Le 14 mai, onze otages communistes sont encore fusillés à Caen.

La plus grande partie des otages du Calvados transférés à Compiègne sera déportée à Auschwitz le 6 juillet 1942 : 57 politiques et 23 Juifs (près de la moitié des otages juifs du convoi).