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Photo anthropométrique prise le 17 mars 1942
par le service de l’identité judiciaire.
© Archives de la Préfecture de Police (APP), Paris.

Madeleine Odru née DISSOUBRAY, dite « Jacqueline », naît le 25 novembre 1917 à Sainte-Marguerite-lès-Aumale, Seine-Inférieure (aujourd’hui Seine-Maritime). Elle grandit à Aumale et à Rouen. Son père est ingénieur agronome.

Elle devient institutrice, mais exerce peu de temps.

La Résistance armée dans l’OS

En 1941 elle cesse d’exercer son métier pour se mettre à la disposition de la résistance. Elle fait partie des premières organisations spéciales de sabotage (ce qui deviendra les F.T.P.), du secrétariat de la section communiste de Rouen.

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L’arrestation

Elle est arrêtée le 20 février 1942 à Rouen, par les brigades spéciales. Un policier muni d’un passe se présente à l’appartement où Madeleine vivait sous un faux nom, au 20, rue Montbret. Elle n’a pas pu soupçonner qu’elle avait affaire à un policier. Le prétendu camarade a posté ses collègues au dehors et Madeleine ainsi que Suzanne Roze sont arrêtées dès qu’elles se sont trouvées ensemble.

Transférée à Paris, enfermée au dépôt du 24 février au 23 mars 1942, puis à la Santé – à la division disciplinaire – sans doute parce qu’elle avait tenté plusieurs fois de fuir.

Madeleine Dissoubray arrive au Fort de Romainville le 24 août 1942. Elle y est inscrite sous le matricule n° 660.

Le 22 janvier 1943, elle est parmi les cent premières femmes otages transférées en camions au camp de Royallieu à Compiègne (leurs fiches individuelles du Fort de Romainville indiquent « 22.1 Nach Compiègne uberstellt » : « transférée à Compiègne le 22.1 »).

Le lendemain, un deuxième groupe de cent-vingt-deux détenues du Fort les y rejoint, auquel s’ajoutent huit prisonnières extraites d’autres lieux de détention (sept de la maison d’arrêt de Fresnes et une du dépôt de la préfecture de police de Paris). À ce jour, aucun témoignage de rescapée du premier transfert n’a été publié concernant les deux nuits et la journée passées à Royallieu, et le récit éponyme de Charlotte Delbo ne commence qu’au jour de la déportation… Mais Betty Jégouzo confirme ce départ en deux convois séparés, partis un jour après l’autre du Fort de Romainville. Toutes passent la nuit du 23 janvier à Royallieu, probablement dans un bâtiment du secteur C du camp.

Le 24 janvier, les deux-cent-trente femmes sont conduites à la gare de marchandises de Compiègne et montent dans les quatre derniers wagons (à bestiaux) d’un convoi dans lequel plus de 1450 détenus hommes ont été entassés la veille. Comme les autres déportés, la plupart d’entre elles jettent sur les voies des messages à destination de leurs proches, rédigés la veille ou à la hâte, dans l’entassement du wagon et les secousses des boggies (ces mots ne sont pas toujours parvenus à leur destinataire).

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En gare de Halle (Allemagne), le train se divise et les wagons des hommes sont dirigés sur le KL [1] Sachsenhausen, tandis que les femmes arrivent en gare d’Auschwitz le 26 janvier au soir.

Le train y stationne toute la nuit. Le lendemain matin, après avoir été descendues et alignées sur un quai de débarquement de la gare de marchandises, elles sont conduites à pied au camp de femmes de Birkenau (B-Ia) où elles entrent en chantant La Marseillaise.

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Portail du secteur B-Ia du sous-camp de Birkenau (Auschwitz-II)
par lequel sont passés les “31000”
(accès depuis la rampe de la gare de marchandises
et le “camp-souche” d’Auschwitz-I…).
© Gilbert Lazaroo, février 2005.

Madeleine Dissoubray y est enregistrée sous le matricule 31660. Le numéro de chacune est immédiatement tatoué sur son avant-bras gauche.

Pendant deux semaines, elles sont en quarantaine au Block n° 14, sans contact avec les autres détenues, donc provisoirement exemptées de travail.

Le 3 février, la plupart des “31000” sont amenées à pied, par rangs de cinq, à Auschwitz-I, le camp-souche où se trouve l’administration, pour y être photographiées selon les principes de l’anthropométrie de la police judiciaire allemande : vues de trois-quart avec un couvre-chef (foulard), de face et de profil (la photo d’immatriculation de Madeleine Dissoubray a été retrouvée, puis identifiée par des rescapées à l’été 1947).

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Photographiée à Auschwitz-I, le 3 février 1943.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne.
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Le 12 février, les “31000” sont assignées au Block 26, entassées à mille détenues avec des Polonaises. Les “soupiraux” de leur bâtiment de briques donnent sur la cour du Block 25, le “mouroir” du camp des femmes où sont enfermées leurs compagnes prises à la “course” du 10 février (une sélection punitive). Les “31000” commencent à partir dans les Kommandos de travail.

Madeleine quitte Birkenau pour être affectée au laboratoire de Raïsko, à la fin de février 1943. Ses connaissances scientifiques sont suffisantes pour que Danielle Casanova obtienne qu’elle soit inscrite en qualité de botaniste.

Ravensbrück et Mauthausen

Le 14 août 1944, Madeleine est transférée à KL Ravensbrück – camp de femmes – avec les autres Françaises de ce groupe.

Le 2 mars 1945, Madeleine Dissoubray est parmi les trente-trois “31000” transférées au KL Mauthausen où elle arrivent le 5 mars après un voyage très pénible.

En les transportant de nuit, on conduit la plupart d’entre-elles à la gare de triage d’Amstetten pour boucher les trous d’obus et déblayer les voies quotidiennement bombardées par l’aviation américaine (trois “31000” seront tuées sous les bombes).

Le 22 avril 1945, Madeleine Dissoubray fait partie des trente “31000” prises en charge par la Croix-Rouge internationale et acheminées en camion à Saint-Gall en Suisse. De là, elles gagnent Paris par le train où elles arrivent le 30 avril. C’est le groupe le plus important de “31000” libérées ensemble, c’est le “parcours” le plus partagé.

Le retour à la vie

Au retour, elle reprend son activité militante : au secrétariat départemental de l’Union des femmes françaises et au bureau fédéral du parti communiste en Seine-Maritime.

Puis à Paris où elle a été instructrice de l’Union des femmes françaises.

Son frère a été déporté et il est revenu. Son père a été mis à la retraite d’office. Sa sœur a été arrêtée, puis relâchée.

Madeleine se marie avec Louis Odru ; elle a eu deux enfants.

Depuis elle a été une figure de la Résistance et de « Mémoire Vive » dans la Région Parisienne.

Madeleine Odru est décédée le 17 janvier 2012.

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Madeleine et Cécile Borras
Avec Cécile lors d’une exposition de Mémoire Vive à Rouen en 2000

Madeleine Odru est homologuée sous-lieutenant F.F.I., décorée de la Croix de guerre et de la médaille de la Résistance avec rosette.

Sources :

- Charlotte Delbo, Le convoi du 24 janvier, Les Éditions de Minuit, 1965 (réédition 1998), pages 86-88.
- Frédéric Couderc, Les RG sous l’occupation : quand la police française traquait les résistants, Olivier Orban, Paris 1992, page 83.

MÉMOIRE VIVE

(dernière modification, le 23-02-2012)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

[1] KL  : abréviation de Konzentrationslager (camp de concentration). Certains historiens utilise l’abréviation “KZ”.