Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz lors de l’évacuation du camp en janvier 1945. Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz
lors de l’évacuation du camp en janvier 1945.
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Lucien, Maurice, Jules, Langlois (son prénom d’usage est peut-être Maurice) naît le 3 avril 1913 à Provins (Seine-et-Marne – 77), chez ses parents, Henri Louis Langlois, 27 ans, employé de commerce dans une épicerie, et Marthe Marcault, 28 ans, couturière, son épouse, domiciliés au 9, rue du Four-des-Raines.

Le 3 août 1914, son père – rappelé à l’activité militaire par le décret de mobilisation générale – rejoint le 4e régiment de hussard où il avait effectué son service militaire de 1907 à 1909. Le 26 septembre 1914, il décède à Amiens (Somme).

Le 29 novembre 1919, Lucien Langlois est adopté par la Nation suivant un jugement du tribunal civil de Provins (77).

Après 1919, sa mère se remarie avec un voisin, Maurice Chaumel, employé à la Compagnie des chemins de fer de l’Est, veuf depuis  le 29 octobre 1918, ayant un fils de son premier mariage : André, né le 7 juin 1910 à Provins.

En 1933, Lucien Langlois effectue son service militaire au 1er G.A. (groupe de l’École d’artillerie ?) à Fontainebleau (77).

Il devient plombier, employé à l’usine de la Compagnie du gaz de Provins.

Début 1936, il vit toujours chez son beau-père et sa famille, alors domiciliés au 2 bis, rue de Pontigervais.

Le 1er juin 1936, à Provins, Lucien Langlois se marie avec Suzanne Henriette Mauricette Lavacherie. Ils n’auront pas d’enfant.

Adhérent du Parti communiste de 1937 à 1939, Lucien Langlois est secrétaire de section de 1938 à 1939 (18e “rayon” rattaché à la région de Paris-Sud), avec Serge Veau pour trésorier. Les réunions se tiennent à Ormes-sur-Voulzie, au domicile de Roger Benenson, député communiste de la circonscription de Provins (mai 1936) et conseiller général du canton (octobre 1937), fondateur du journal L’Information de Seine-et-Marne.

Dès 1938, le couple Langlois connaît une mésentente.

Le 26 septembre 1939 – jour même de l’interdiction du PCF par le gouvernement -, le nom de Suzanne Langlois, alors domiciliée rue du Pont-Pigy à Provins, est inscrit sur une liste de 73 militants des milieux communistes non mobilisés (7 noms sont rayés) établie par le commissaire de police de Provins à la demande du préfet de Seine-et-Marne.

Début 1941, le couple Langlois se sépare ; avant son arrestation, Lucien intente une demande de divorce auprès du tribunal de Provins.

Au moment de son arrestation, il est encore domicilié au 2, rue de Pontigervais à Provins, où il vit avec sa mère, devenue veuve une deuxième fois.

Le dimanche 19 octobre 1941, Lucien Langlois est arrêté à son domicile « comme otage » par des Feldgendarmen accompagnés de policiers français ; du 18 au 21 octobre 1941, une rafle décidée par l’occupant vise les communistes de Seine-et-Marne, arrêtés en représailles de distributions de tracts et de destructions de récolte ayant eu lieu dans le département : 42 d’entre eux seront des “45000”.

Ils sont rapidement internés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager) ; Lucien Langlois y est enregistré sous le matricule n° 1747.

Le camp militaire de Royallieu en 1956. Au premier plan, en partant de la droite, les huit bâtiments du secteur A : « le camp des communistes ». En arrière-plan, la ville de Compiègne. Carte postale, coll. Mémoire Vive.

Le camp militaire de Royallieu en 1956.
Au premier plan, en partant de la droite, les huit bâtiments du secteur A : « le camp des communistes ».
En arrière-plan, la ville de Compiègne. Carte postale, coll. Mémoire Vive.

Le 28 novembre, le nom de “Maurice” Langlois apparaît sur une liste de 79 otages communistes pouvant être proposés pour une exécution de représailles, établie par la Feldkommandantur 680 de Melun et adressée au chef du district militaire “A” à Saint-Germain-[en-Laye].

Entre fin avril et fin juin 1942, Lucien Langlois est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Avant son départ, Lucien Langlois inscrit le nom et l’adresse de sa mère sur la carte-formulaire préimprimée en allemand remise par l’administration militaire du Frontstalag 122 afin d’informer les proches que le détenu qui y est mentionné « a été transféré dans un autre camp pour travailler. Le lieu de destination ne nous est pas connu, de sorte que vous devez attendre des nouvelles ultérieures… ». Ces cartes, complétées par la plupart des déportés, seront postées à la mi-juillet.

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne, sur la commune de Margny, et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

TransportAquarelle

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Lucien Langlois est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45724 (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).

Après les premières procédures (tonte, désinfection, attribution d’un uniforme rayé et photographie anthropométrique), les 1170 arrivants sont entassés pour la plupart dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau ; alors choisi pour mettre en œuvre la « solution finale » – le génocide des Juifs européens -, ce site en construction présente un contexte plus meurtrier pour tous les concentrationnaires. À leur arrivée, les “45000” sont répartis dans les Blocks 19 et 20 du secteur B-Ib, le premier créé.

Le 10 juillet, après l’appel général, ils subissent un bref interrogatoire d’identité qui parachève leur enregistrement et au cours duquel ils déclarent une profession (celle qu’ils exerçaient en dernier lieu ou une autre, supposée être plus “protectrice” dans le contexte du camp). Puis ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos. L’ensemble des “45000” passent ainsi cinq jours à Birkenau.

Le 13 juillet, après l’appel du soir, Lucien Langlois est dans la moitié des déportés du convoi ramenée au camp principal (Auschwitz-I), auprès duquel fonctionnent des ateliers où sont affectés des ouvriers ayant des qualifications utiles au camp.

Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ».  « Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre »  Carte postale. Collection mémoire Vive. Photo : Stanislas Mucha.

Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le “camp souche”. « Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre »
Carte postale. Collection mémoire Vive. Photo : Stanislas Mucha.

Le 14 novembre, son nom est inscrit sur un registre de l’hôpital d’Auschwitz-I [1].

Le Block 20 en 1962. © archives du Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau.

Le Block 20 en 1962. © archives du Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau.

Il meurt à Auschwitz le 1er décembre 1942, d’après les registres du camp [2].

Le 15 juillet 1942, le tribunal de Provins a débouté Lucien Langlois de sa demande de divorce.

Au cours de cette même année, le bruit a circulé qu’il avait été fusillé.

Le 10 août 1943, Suzanne Langlois écrit au préfet de Seine-et-Marne pour lui demander – concernant son mari – s’il lui est possible de la « fixer sur son état » et si elle a droit à une allocation (celle-ci est prévue par un décret du 9 avril précédent relatif aux internés administratifs !). Elle a alors quitté Provins pour Corbeil (Seine-et-Oise / Essonne), où elle habite chez un cousin de son mari, Maurice M., domicilié au 5 rue du Capitaine-Pesquet.

Le 2 mars 1948, le tribunal civil de Provins prononce un jugement déclarant Lucien Langlois décédé le 7 juillet 1942 (… au lendemain du départ du convoi) [2].

En 1952, Suzanne Langlois dépose une demande de carte de déporté politique au nom de son mari. Elle est alors revenue au 2, rue de Pontigervais à Provins (chez sa sœur Germaine ?).

Notes :

[1] L’hôpital d’Auschwitz : en allemand Krakenbau (KB) ou Häftlingskrakenbau (HKB), hôpital des détenus. Dans Si c’est un Homme, Primo Lévi utilise l’abréviation “KB”.
Mais les “31000” et Charlotte Delbo – qui ont connu l’hôpital de Birkenau – ont utilisé le terme “Revier” : « abréviation de Krakenrevier, quartier des malades dans une enceinte militaire. Nous ne traduisons pas ce mot que les Français prononçaient révir, car ce n’est ni hôpital, ni ambulance, ni infirmerie. C’est un lieu infect où les malades pourrissaient sur trois étages. », Le convoi du 24 janvier, Les Éditions de Minuit, 1967, p. 24.

[2] Différence de date de décès avec celle inscrite sur les actes d’état civil en France : Dans les années qui ont suivi la guerre, devant l’impossibilité d’obtenir des dates précises de décès des déportés, mais soucieux d’établir les documents administratifs nécessaires pour le versement des pensions aux familles, les services français d’état civil – dont un représentant officiait au ministère des Anciens combattants en se fondant sur diverses sources, parmi lesquelles le témoignage approximatif des rescapés – ont très souvent fixé des dates fictives : le 1er, le 15, le 30, le 31 du mois, voire le jour (et le lieu !) du départ. Leur inscription sur les registres d’état civil rendant alors ces dates officielles, certaines ont quelquefois été gravées sur les monuments aux morts.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 378 et 409.
- Archives départementales de Seine-et-Marne, Dammarie-les-Lys : cabinet du préfet, dossiers d’attribution de la carte de déporté (SC1994) ; arrestations allemandes, secteur de Provins, dossier individuel (SC51231) ; notes (SC51241).
- Mémorial de la Shoah, Paris, site internet : Archives du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC), doc. IV-198.

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 23-01-2014)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.