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Droits réservés.

Lucien Ducastel naît le 28 août 1920 à Darnétal (Seine-Maritime [1] – 76).

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Darnétal, la mairie dans les années 1900.
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Il habite au Petit-Quevilly, à l’ouest de Rouen, dans la boucle de la Seine (76), rue Émile Zola et travaille dans les travaux Publics. Il est célibataire (il a 21 ans au moment de son arrestation…).

Membre des Jeunesses Communistes, Lucien Ducastel diffuse leur journal, L’Avant-Garde. À partir de 1936, il est inscrit au Parti communiste.

Sous l’occupation, il participe à des actions patriotiques : distribution de tracts anti-allemands, manifestations. Il hisse un drapeau tricolore sur le toit de la caserne Tallandier, à Petit-Quevilly. Il s’agit d’une usine de filature transformée en caserne après la faillite des propriétaires.

Le 21 octobre 1941 à 1 heure du matin, à la suite d’une distribution de tracts, il est arrêté à son domicile lors de la grande rafle de Rouen et de sa banlieue pour laquelle les polices française et allemande ont collaboré [2]

Parmi les dizaines de patriotes arrêtés, Lucien Ducastel connait déjà six autres militants de Grand ou de Petit-Quevilly qui partiront avec lui dans le convoi du 6 juillet 1942 : André Bréançon, Robert Gaillard, Charles Le Gac, Adrien Gentil, Louis Jouvin, Adrien Fontaine, Hilaire Castelli.

Lucien Ducastel est incarcéré à la caserne Hatry de Rouen, le temps des interrogatoires, soit environ une semaine.

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Rouen. La caserne Hatry dans les années 1920.
Collection Mémoire Vive. Droits réservés

Le 28 ou le 30 octobre 1941, avec ces mêmes compagnons, il est transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne [3] (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande, en application d’un ordre de Hitler.

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

doc769>

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Lucien Ducastel est enregistré à Auschwitz sous le numéro 45491 (ce matricule sera tatoué sur son bras gauche quelques mois plus tard).

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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz.
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

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Portail du sous-camp de Birkenau, secteur B-Ia, semblable
à celui du secteur B-Ib par lequel sont passés tous les “45000”.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Lucien Ducastel est dans la moitié du convoi qui reste dans ce camp en construction choisi pour mettre en œuvre la “solution finale”. Le contexte y est plus meurtrier). Il est affecté dans les Kommandos les plus difficiles (terrasse-canal),

Le 17 ou 18 mars 1943, il fait partie des dix-sept “45000” rescapés de Birkenau conduits à Auschwitz-I (en tout, 24 sur 600 !). Les conditions de survie étaient si difficiles à Birkenau que la vie à Auschwitz-I, pourtant cruelle, leur semble beaucoup plus supportable.

En juillet 1943, la plupart des détenus “politiques” français d’Auschwitz, essentiellement des “45000”, reçoivent l’autorisation d’écrire – en allemand et sous la censure – à leur famille et d’annoncer qu’ils peuvent recevoir des colis (à vérifier le concernant…).

À la mi-août 1943, Lucien Ducastel est parmi les “politiques” français rassemblés (entre 120 et 140) et mis en “quarantaine” au premier étage du Block 11. Ceux-ci sont exemptés de travail et d’appel extérieur, mais témoins des exécutions massives de résistants, d’otages et de détenus dans la cour mitoyenne.

Pendant ce passage au Block 11, Lucien Ducastel subit l’une des sanctions les plus dures : il est condamné à dix jours de Stehen Bunker (ou Stehbunker ou Stehzelle) et dix jours de Kommando de discipline parce que « porteur d’un couteau sabre ». Il s’agissait en réalité d’une lame de zinc de 5 centimètres, servant, dans les meilleurs jours, à étaler la margarine sur la demi-portion de pain. Situé au sous-sol du Block 11, le Stehe Bunker est une étroite cellule (environ 1 m2) dans laquelle quatre à cinq prisonniers sont entassés. Ils doivent- se baisser sous les coups pour y pénétrer, puis restent debout toute la durée de leur enfermement car il leur est impossible de s’asseoir.

Le 12 décembre 1943, à la suite de la visite d’inspection du nouveau commandant du camp, Arthur Liebehenschel, – qui découvre leur présence – et après quatre mois de quarantaine qui a permis à ce groupe de 45000 de retrouver quelques forces, ils sont pour la plupart renvoyés dans leurs Blocks et Kommandos d’origine. Lucien Ducastel est affecté au Kommando “Service des Civils”.

Le 3 août 1944, il est parmi les trois-quarts des “45000” présents à Auschwitz qui sont de nouveau placés en “quarantaine” en préalable à un transfert.

Le 7 septembre 1944 , il est dans le petit groupe de trente “45000” transféré – dans des wagons de voyageurs ! – au KL Gross-Rosen, dans la région de Wroclaw ; il y est immatriculé sous le n° 40992.

Début avril 1945, après un passage au camp de Dora, il est dirigé sur Ravensbrück, au cours d’une marche meurtrière, avec Raymond Boudou, un “45000” de l’Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne – 94).

Libéré le 2 mai 1945 par l’armée soviétique, Lucien Ducastel est de retour le 28 mai à Paris à l’Hôtel Lutétia.

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L’hôtel Lutetia, à Paris 6e. Siège de l’Abwehr (service de renseignements de l’état-major allemand) sous l’occupation.
Centre d’accueil des déportés au printemps-été 1945.
Carte postale, années 1940-1950. Collection Mémoire Vive.

Après une longue convalescence, Lucien Ducastel recommence à travailler. Il se marie- avec Yvette. Ils auront une fille : Claudine.

Lucien Ducastel reprend ses activités au sein de la Jeunesse communiste, puis du Parti communiste français et à la CGT. En 1948, il est membre du secrétariat de la Fédération communiste de Seine-Maritime. Il est- premier adjoint au maire du Petit-Quevilly.

Il est déclaré “Déporté politique” en 1954, l’homologation comme “Déporté résistant” lui ayant été refusée.

Avec Robert Gaillard et Louis Jouvin, et Germaine Pican, Lucien Ducastel, a organisé, le 26 juin 1960, la première rencontre des 45000 et des 31000 survivants qu’ils avaient pu retrouver. Celle-ci a eu lieu au Petit-Quevilly.

En 1965, Lucien Ducastel et sa famille arrivent à Nanterre. Y poursuivant son engagement pour la justice sociale et la lutte contre les exclusions, il continue à être un militant politique très actif. Il y développera ensuite la CNL (Confédération nationale du logement), pour défendre les droits des locataires et le droit au logement pour tous. À ce titre, il est administrateur de l’office d’HLM de la ville.

Parallèlement, avec ses amis de la FNDIRP et de l’ANACR de Nanterre, il engage un travail de Mémoire, se rendant inlassablement, et jusqu’à la fin de sa vie, dans les établissements scolaires pour témoigner de ce que fut le nazisme et pour faire comprendre aux jeunes générations les mécanismes qui peuvent, aujourd’hui encore, conduire aux pires crimes. Dans ce cadre, il participe aussi à de nombreux voyages sur des lieux historiques comme les camps du Struthof en France et d’Auschwitz-Birkenau en Pologne. À son contact, des milliers d’élèves (notamment de Nanterre), des élus, des enseignants, des familles de déportés peuvent appréhender les différentes dimensions de la Déportation.

En 1996, il est co-fondateur de l’association Mémoire Vive des convois des 45000 et des 31000 d’Auschwitz-Birkenau, qu’il préside pendant plusieurs années.

Lucien Ducastel décède le 16 février 2012.

Le 26 juin suivant, le Conseil municipal de Nanterre donne son nom à une rue créée dans le nouvel éco-quartier Hoche. Le 1er décembre, la plaque de rue est solennellement découverte en présence de Patrick Jarry, Maire de Nanterre, et d’Yves Jégouzo, co-président de Mémoire Vive.

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Nanterre, le 1er décembre 2012. Yvette Ducastel et Patrick Jarry
viennent de dévoiler la plaque de rue au nom de Lucien Ducastel.
Photo Mémoire Vive.

Sources :

- Témoignage de Lucien Ducastel : questionnaires, enregistrement du 20 janvier 1988.
- Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, sous la direction de Jean Maitron, tome 26, p. 73 (arch. Ph. Rohieux).
- Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen.
- Liste des transferts conservée par Johan Beckman (45218).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 7-12-2012)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Seine-Maritime : département dénommé “Seine-Inférieure” jusqu’en janvier 1955.

[2] Le “brûlot de Rouen” et la rafle d’octobre 1941 : L’arrestation massive de plusieurs dizaines (*) de militants politiques et syndicaux – ou soupçonnés tels – dans un large périmètre autour de Rouen a suivi de peu le déraillement d’un train de matériel militaire allemand sur la ligne Rouen-Le Havre, dans le tunnel de Pavilly, à 1500 m de la gare de Malaunay, le 19 octobre 1941 ; ce sabotage étant l’un des objectifs visés par le “brûlot” de Rouen (groupe mobile de la résistance communiste).

Néanmoins, les fiches d’otages des “45000” appréhendés dans cette période mentionnent que ces arrestations mettaient en application un ordre du Commandant de la région militaire “A”, daté du 14 octobre 1941. Ainsi, entre le 17 et le 25 octobre, il y eut le même type de rafles de “communistes” dans sept autres départements de la zone occupée. Il est probable que ces arrestations aient été ordonnées pour assurer la saisie de communistes destinés à être placés sur les listes d’otages de cette région militaire. Tous les hommes appréhendés furent, en effet, remis aux allemands qui les transférèrent à Compiègne entre le 19 et le 30 octobre 1941.

44 des otages arrêtés ces jours-là dans le secteur de Rouen furent déportés dans le convoi du 6 juillet 1942. Beaucoup furent fusillés au titre de représailles dans les semaines qui suivirent.

(*) 150 selon “30 ans de luttes“, brochure éditée en 1964 par la fédération du Parti Communiste de Seine-Maritime.

[3] Sous contrôle militaire allemand, le camp de Royallieu a d’abord été un camp de prisonniers de guerre (Frontstalag 122), puis, après l’invasion de l’URSS, un « camp de concentration permanent pour éléments ennemis actifs ». À partir de septembre 1941, on y prélève – comme dans les autres camps et prisons de zone occupée – des otages à fusiller. À partir du 12 décembre 1941, un secteur du sous-camp “C” est réservé aux Juifs destinés à être déportés à titre de représailles. Le camp des Juifs est supprimé le 6 juillet 1942, après le départ de la plupart de ses internés dans le convoi transportant les otages communistes vers Auschwitz. Les derniers détenus juifs sont transférés au camp de Drancy (Seine-Saint-Denis – 93).

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Droits réservés.

Lucien Ducastel naît le 28 août 1920 à Darnétal (Seine-Maritime [1] – 76).

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Darnétal, la mairie dans les années 1900.
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Il habite au Petit-Quevilly, à l’ouest de Rouen, dans la boucle de la Seine (76), rue Émile Zola et travaille dans les travaux Publics. Il est célibataire (il a 21 ans au moment de son arrestation…).

Membre des Jeunesses Communistes, Lucien Ducastel diffuse leur journal, L’Avant-Garde. À partir de 1936, il est inscrit au Parti communiste.

Sous l’occupation, il participe à des actions patriotiques : distribution de tracts anti-allemands, manifestations. Il hisse un drapeau tricolore sur le toit de la caserne Tallandier, à Petit-Quevilly. Il s’agit d’une usine de filature transformée en caserne après la faillite des propriétaires.

Le 21 octobre 1941 à 1 heure du matin, à la suite d’une distribution de tracts, il est arrêté à son domicile lors de la grande rafle de Rouen et de sa banlieue pour laquelle les polices française et allemande ont collaboré [2]

Parmi les dizaines de patriotes arrêtés, Lucien Ducastel connait déjà six autres militants de Grand ou de Petit-Quevilly qui partiront avec lui dans le convoi du 6 juillet 1942 : André Bréançon, Robert Gaillard, Charles Le Gac, Adrien Gentil, Louis Jouvin, Adrien Fontaine, Hilaire Castelli.

Lucien Ducastel est incarcéré à la caserne Hatry de Rouen, le temps des interrogatoires, soit environ une semaine.

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Rouen. La caserne Hatry dans les années 1920.
Collection Mémoire Vive. Droits réservés

Le 28 ou le 30 octobre 1941, avec ces mêmes compagnons, il est transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne [3] (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande, en application d’un ordre de Hitler.

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Lucien Ducastel est enregistré à Auschwitz sous le numéro 45491 (ce matricule sera tatoué sur son bras gauche quelques mois plus tard).

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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz.
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

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Portail du sous-camp de Birkenau, secteur B-Ia, semblable
à celui du secteur B-Ib par lequel sont passés tous les “45000”.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Lucien Ducastel est dans la moitié du convoi qui reste dans ce camp en construction choisi pour mettre en œuvre la “solution finale”. Le contexte y est plus meurtrier). Il est affecté dans les Kommandos les plus difficiles (terrasse-canal),

Le 17 ou 18 mars 1943, il fait partie des dix-sept “45000” rescapés de Birkenau conduits à Auschwitz-I (en tout, 24 sur 600 !). Les conditions de survie étaient si difficiles à Birkenau que la vie à Auschwitz-I, pourtant cruelle, leur semble beaucoup plus supportable.

En juillet 1943, la plupart des détenus “politiques” français d’Auschwitz, essentiellement des “45000”, reçoivent l’autorisation d’écrire – en allemand et sous la censure – à leur famille et d’annoncer qu’ils peuvent recevoir des colis (à vérifier le concernant…).

À la mi-août 1943, Lucien Ducastel est parmi les “politiques” français rassemblés (entre 120 et 140) et mis en “quarantaine” au premier étage du Block 11. Ceux-ci sont exemptés de travail et d’appel extérieur, mais témoins des exécutions massives de résistants, d’otages et de détenus dans la cour mitoyenne.

Pendant ce passage au Block 11, Lucien Ducastel subit l’une des sanctions les plus dures : il est condamné à dix jours de Stehen Bunker (ou Stehbunker ou Stehzelle) et dix jours de Kommando de discipline parce que « porteur d’un couteau sabre ». Il s’agissait en réalité d’une lame de zinc de 5 centimètres, servant, dans les meilleurs jours, à étaler la margarine sur la demi-portion de pain. Situé au sous-sol du Block 11, le Stehe Bunker est une étroite cellule (environ 1 m2) dans laquelle quatre à cinq prisonniers sont entassés. Ils doivent- se baisser sous les coups pour y pénétrer, puis restent debout toute la durée de leur enfermement car il leur est impossible de s’asseoir.

Le 12 décembre 1943, à la suite de la visite d’inspection du nouveau commandant du camp, Arthur Liebehenschel, – qui découvre leur présence – et après quatre mois de quarantaine qui a permis à ce groupe de 45000 de retrouver quelques forces, ils sont pour la plupart renvoyés dans leurs Blocks et Kommandos d’origine. Lucien Ducastel est affecté au Kommando “Service des Civils”.

Le 3 août 1944, il est parmi les trois-quarts des “45000” présents à Auschwitz qui sont de nouveau placés en “quarantaine” en préalable à un transfert.

Le 7 septembre 1944 , il est dans le petit groupe de trente “45000” transféré – dans des wagons de voyageurs ! – au KL Gross-Rosen, dans la région de Wroclaw ; il y est immatriculé sous le n° 40992.

Début avril 1945, après un passage au camp de Dora, il est dirigé sur Ravensbrück, au cours d’une marche meurtrière, avec Raymond Boudou, un “45000” de l’Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne – 94).

Libéré le 2 mai 1945 par l’armée soviétique, Lucien Ducastel est de retour le 28 mai à Paris à l’Hôtel Lutétia.

JPEG - 125.4 ko
L’hôtel Lutetia, à Paris 6e. Siège de l’Abwehr (service de renseignements de l’état-major allemand) sous l’occupation.
Centre d’accueil des déportés au printemps-été 1945.
Carte postale, années 1940-1950. Collection Mémoire Vive.

Après une longue convalescence, Lucien Ducastel recommence à travailler. Il se marie- avec Yvette. Ils auront une fille : Claudine.

Lucien Ducastel reprend ses activités au sein de la Jeunesse communiste, puis du Parti communiste français et à la CGT. En 1948, il est membre du secrétariat de la Fédération communiste de Seine-Maritime. Il est- premier adjoint au maire du Petit-Quevilly.

Il est déclaré “Déporté politique” en 1954, l’homologation comme “Déporté résistant” lui ayant été refusée.

Avec Robert Gaillard et Louis Jouvin, et Germaine Pican, Lucien Ducastel, a organisé, le 26 juin 1960, la première rencontre des 45000 et des 31000 survivants qu’ils avaient pu retrouver. Celle-ci a eu lieu au Petit-Quevilly.

En 1965, Lucien Ducastel et sa famille arrivent à Nanterre. Y poursuivant son engagement pour la justice sociale et la lutte contre les exclusions, il continue à être un militant politique très actif. Il y développera ensuite la CNL (Confédération nationale du logement), pour défendre les droits des locataires et le droit au logement pour tous. À ce titre, il est administrateur de l’office d’HLM de la ville.

Parallèlement, avec ses amis de la FNDIRP et de l’ANACR de Nanterre, il engage un travail de Mémoire, se rendant inlassablement, et jusqu’à la fin de sa vie, dans les établissements scolaires pour témoigner de ce que fut le nazisme et pour faire comprendre aux jeunes générations les mécanismes qui peuvent, aujourd’hui encore, conduire aux pires crimes. Dans ce cadre, il participe aussi à de nombreux voyages sur des lieux historiques comme les camps du Struthof en France et d’Auschwitz-Birkenau en Pologne. À son contact, des milliers d’élèves (notamment de Nanterre), des élus, des enseignants, des familles de déportés peuvent appréhender les différentes dimensions de la Déportation.

En 1996, il est co-fondateur de l’association Mémoire Vive des convois des 45000 et des 31000 d’Auschwitz-Birkenau, qu’il préside pendant plusieurs années.

Lucien Ducastel décède le 16 février 2012.

Le 26 juin suivant, le Conseil municipal de Nanterre donne son nom à une rue créée dans le nouvel éco-quartier Hoche. Le 1er décembre, la plaque de rue est solennellement découverte en présence de Patrick Jarry, Maire de Nanterre, et d’Yves Jégouzo, co-président de Mémoire Vive.

JPEG - 194.4 ko
Nanterre, le 1er décembre 2012. Yvette Ducastel et Patrick Jarry
viennent de dévoiler la plaque de rue au nom de Lucien Ducastel.
Photo Mémoire Vive.

Sources :

- Témoignage de Lucien Ducastel : questionnaires, enregistrement du 20 janvier 1988.
- Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, sous la direction de Jean Maitron, tome 26, p. 73 (arch. Ph. Rohieux).
- Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen.
- Liste des transferts conservée par Johan Beckman (45218).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 7-12-2012)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Seine-Maritime : département dénommé “Seine-Inférieure” jusqu’en janvier 1955.

[2] Le “brûlot de Rouen” et la rafle d’octobre 1941 : L’arrestation massive de plusieurs dizaines (*) de militants politiques et syndicaux – ou soupçonnés tels – dans un large périmètre autour de Rouen a suivi de peu le déraillement d’un train de matériel militaire allemand sur la ligne Rouen-Le Havre, dans le tunnel de Pavilly, à 1500 m de la gare de Malaunay, le 19 octobre 1941 ; ce sabotage étant l’un des objectifs visés par le “brûlot” de Rouen (groupe mobile de la résistance communiste).

Néanmoins, les fiches d’otages des “45000” appréhendés dans cette période mentionnent que ces arrestations mettaient en application un ordre du Commandant de la région militaire “A”, daté du 14 octobre 1941. Ainsi, entre le 17 et le 25 octobre, il y eut le même type de rafles de “communistes” dans sept autres départements de la zone occupée. Il est probable que ces arrestations aient été ordonnées pour assurer la saisie de communistes destinés à être placés sur les listes d’otages de cette région militaire. Tous les hommes appréhendés furent, en effet, remis aux allemands qui les transférèrent à Compiègne entre le 19 et le 30 octobre 1941.

44 des otages arrêtés ces jours-là dans le secteur de Rouen furent déportés dans le convoi du 6 juillet 1942. Beaucoup furent fusillés au titre de représailles dans les semaines qui suivirent.

(*) 150 selon “30 ans de luttes“, brochure éditée en 1964 par la fédération du Parti Communiste de Seine-Maritime.

[3] Sous contrôle militaire allemand, le camp de Royallieu a d’abord été un camp de prisonniers de guerre (Frontstalag 122), puis, après l’invasion de l’URSS, un « camp de concentration permanent pour éléments ennemis actifs ». À partir de septembre 1941, on y prélève – comme dans les autres camps et prisons de zone occupée – des otages à fusiller. À partir du 12 décembre 1941, un secteur du sous-camp “C” est réservé aux Juifs destinés à être déportés à titre de représailles. Le camp des Juifs est supprimé le 6 juillet 1942, après le départ de la plupart de ses internés dans le convoi transportant les otages communistes vers Auschwitz. Les derniers détenus juifs sont transférés au camp de Drancy (Seine-Saint-Denis – 93).