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Droits réservés.

Lucien, Louis, Blin naît le 24 mars 1898 au hameau des Douaires [1], sur la commune de Gaillon (Eure – 27), fils de Pierre Blin, 31 ans, surveillant, et de Marie Louise Jamault, son épouse, 30 ans.

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La “colonie” des Douaires. 
Cartes postales des années 1900. Collection Mémoire Vive.

Considérant son âge, Lucien Blin pourrait avoir été mobilisé à la fin de la guerre 1914-1918 (à vérifier…).

Le 29 octobre 1920 au Mans, Lucien Blin épouse Marie Lemonnier, mais celle-ci décède bientôt.

Le 20 octobre 1923 à Gaillon, il épouse Marguerite Raymondeaud. Ils auront trois enfants dont un fils, Claude, né en 1926 (les deux autres sont âgés de 26 et 16 ans en 1947).

En 1927, il adhère au Parti communiste à Mantes-la-Jolie (78).

Le 6 octobre 1927, il est embauché par une compagnie de chemin de fer qui fusionnera avec d’autres au sein de la SNCF début 1938 [2].

À partir de 1931, il est domicilié au 7, rue de l’Orne à Argentan (Orne – 61).

Il est alors tourneur sur métaux au dépôt du chemin de fer d’Argentan.

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La gare d’argentan (dans les années 1920 ?). 
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Il est membre du bureau, puis trésorier de la section CGT des cheminots d’Argentan.

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Carte syndicale CGT, Fédération des chemins de fer. 
Collection Mémoire Vive.

Secrétaire de la section du PCF d’Argentan, il est désigné comme candidat au Conseil d’arrondissement de la circonscription d’Argentan lors des cantonales d’octobre 1937. Il est membre du bureau fédéral du PCF de l’Orne en 1939.

Sous l’occupation, il crée des groupes armés communistes dans son département. En 1941, il récupère des explosifs. Il rédige des tracts appelant à la destruction des installations allemandes et à la résistance populaire.

Le 18 octobre 1941, Lucien Blin est arrêté à Argentan par des policiers français et allemands. Dès le lendemain, il est interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Lucien Blin est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45257 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée).

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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oswiecim, Pologne. 
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartisdans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés aux travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Lucien Blin est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Son nom figure sur une liste de détenus affecté au Block 4.

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Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ». 
« Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre » 
Carte postale. Collection mémoire Vive.

À une date restant à préciser, il est admis au Block 21a (chirurgie) de l’hôpital d‘Auschwitz.

Lucien Blin meurt à Auschwitz le 26 septembre 1942, selon les registres du camp.

Il est déclaré “Mort pour la France”. La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 10-09-1987).

Après la guerre, le Conseil municipal d’Argentan a donné son nom à une rue de la ville. Celui-ci est également inscrit sur le monument aux morts et sur la plaque dédiée aux agents de la SNCF tués par faits de guerre, apposée à la gare d’Argentan.

Sources :

- De Caen à Auschwitz, par le collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’associationMémoire Vive, éditions Cahiers du Temps, Cabourg (14390), juin 2001, notice par Claudine Cardon-Hamet page 131. 
- Cl. Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 396 et 422. 
- Message de Lucie Blin, sa petite fille (09-2008). 
- Archives départementales de l’Eure, site internet, archives en ligne, état civil de Gaillon, registre des naissances de l’année 1898, acte n°13 (cote 8 Mi 5591, vue 333/595). 
- Site Gallica, Bibliothèque Nationale de France, L’Humanité n° 14077 du mercredi 3 juillet 1937, page 6, “septième liste…”. 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 100 (33020/1942). 
- Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne, Bureau d’information sur les anciens prisonniers (Biuro Informacji o Byłych Więźniach) ; relevé dans les archives (01-2009) ; liste de la morgue (« Leihenshalle »). 
- Site Mémorial GenWeb, 61-Argentan, relevé de Laurent Corbin (2004-2006). 
- Base de données des archives historiques SNCF ; service central du personnel, agents déportés déclarés décédés en Allemagne (en 1947), de A à Q (cote 0110LM0108).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 1-08-2013)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.