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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau,
Oświęcim, Pologne.
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

Louis, Clément, Gouffé naît le 11 ou le 13 novembre 1901 à Romainville [1] (Seine / Seine-Saint-Denis – 93), fils d’Eugène Gouffé et de Victorine Brun, son épouse.

Pendant un temps, il est domicilié chez ses parents au 1, rue Saint-Germain et travaille comme électricien.

Le 1er avril 1921, il est mobilisé au 160e régiment d’infanterie, rejoignant son unité une semaine plus tard. Le 14 mai, il obtient le CPSM (?). Le 10 septembre, il est nommé caporal. Le 10 avril 1923, il passe au 25e régiment de tirailleurs algériens. Maintenu provisoirement sous les drapeaux (art. 33 de la loi du 21 mars 1905), il est renvoyé dans ses foyers le 15 mai suivant et de retire au 25, rue des Rigons (?), à Montreuil-sous-Bois (93), titulaire d’un certificat de bonne conduite.

En février 1924, il habite au 214, rue de Paris aux Lilas (93) ; en février 1929, au 84, rue du Moulin-à-Vent, à Montreuil ; en septembre de la même année, au 9, boulevard Émile Genevoix à Romainville, et, en juillet 1930, au 55, rue Girardet, à Bagnolet (93).

À partir de 1933 et jusqu’au moment de son arrestation, il est domicilié au 5, rue Vassou à Romainville.

Le 13 août 1920, à Montreuil-sous-Bois (93), il se marie avec Charlotte Ponthier, née le 15 juin 1904 à Paris 20e. Ils auront quatre enfants : Lucien, né le 7 novembre 1921 à Montreuil, Solange, née le 19 avril 1924, Odette, née le 14 juin 1926 à Romainville, et Madeleine, née le 15 mars 1933 à Paris 12e.

Louis Gouffé est plombier de formation, travaillant comme manœuvre dans différentes usines de la région parisienne.

Il est syndicaliste et militant du Parti communiste. Il est un lecteur assidu de L’Humanité et reçoit à son domicile « diverses revues d’inspiration marxiste ».

Pendant un temps, il est secrétaire du Comité de chômeurs de Romainville (secteur Est) et membre de la commission paritaire de chômage de la commune.

Le 11 juillet 1938, il entre comme employé communal à la Ville de Romainville en qualité de cantonnier (titularisé en 1939). Il serait l’instigateur d’un ou plusieurs mouvements de grève au sein du personnel communal.

Le 22 août 1939, il est rappelé sous les drapeaux par l’ordre de mobilisation générale et affecté à la 22e section d’infirmiers, en garnison à la caserne Mortier. Mais il est démobilisé pour charge de famille le 31 octobre suivant.

Le 20 mai 1940, à la suite d’une distribution de tracts du Parti communiste clandestin, la police perquisitionne son domicile sans y trouver de document ou d’objet compromettant.

Lors de l’invasion allemande et de la débâcle, il reste à son poste à la mairie de Romainville. Le 29 juin 1940, le président de la délégation spéciale lui adresse « l’expression de sa bien vive satisfaction pour l’effort qu’il a fourni dans l’accomplissement de sa tâche et l’en remercie », et lui transmet une lettre de remerciement du préfet de la Seine.

Sous l’occupation, la police française le considère comme un « meneur très actif ».Le 9 novembre 1940, le préfet de police de Paris signe l’arrêté ordonnant son internement administratif, en application du décret du 18 novembre 1940, en même temps que celui d’Auguste Joseph qui habite à la même adresse, parmi 66 suspects d’activité communiste de la Seine. Le jour même, Louis Gouffé est arrêté par des agents du commissariat des Lilas puis conduit au “centre de séjour surveillé” (CSS) d’Aincourt (Val-d’Oise), créé en octobre dans les bâtiments réquisitionnés d’un sanatorium isolé en forêt afin d’y enfermer des hommes connus de la police pour avoir été militants communistes ou syndicalistes avant-guerre. Pendant un temps, Louis Gouffé est assigné à la chambre n° 41.

Entrée du centre de séjour surveillé d’Aincourt Tel qu’il est photographié, le pavillon Adrien Bonnefoy Sibour ne laisse pas entrevoir la grande forêt qui l’entoure et l’isole de la campagne environnante. Droits réservés.

Entrée du centre de séjour surveillé d’Aincourt Tel qu’il est photographié, le pavillon Adrien Bonnefoy Sibour ne laisse pas entrevoir la grande forêt
qui l’entoure et l’isole de la campagne environnante. Droits réservés.

Conçus à l’origine pour 150 malades, les locaux sont rapidement surpeuplés : en décembre 1940, on compte 524 présents, 600 en janvier 1941, et jusqu’à 667 au début de juin.

Le 26 décembre 1940, Charlotte Gouffé écrit au préfet de la Seine en s’étonnant que les visites soient interdites aux familles des internés domiciliés dans ce département, alors que le préfet de Seine-et-Oise les a autorisées pour les internés de son département. Elle sollicite la libération de son mari afin que cet « honnête travailleur » puisse subvenir aux besoins de leurs quatre enfants.

Le 11 février 1941, en réponse à une directive du chef de camp concernant la révision du dossier de certains internés de la Seine, Louis Gouffé expose sa situation : « Actuellement ignorant les motifs de mon arrestation, mais supposant que c’est d’avoir appartenu au parti communiste, j’ai cessé toute activité politique depuis sa dissolution.  » Il sollicite sa mise en liberté afin de subvenir aux besoins de sa famille.

Le 21 février, son épouse écrit de nouveau au préfet de la Seine pour solliciter un droit de visite avec ses enfants. Trois jours plus tard, elle écrit au préfet de Seine-et-Oise pour solliciter la même autorisation.

Le 24 février également, le commissaire divisionnaire en poste au camp de Saint-Paul-d’Eyjeaux écrit à l’inspecteur général chargé des services de police criminelle à Vichy pour attirer son attention sur Louis gouffé, qui était « le chef à Romainville d’une cellule de onze membres […] mon informateur ignore si ce militant a été interné ou non… ». Le 7 mars, ce courrier est transmis au préfet de police.

Le 25 février, sur le formulaire de « Révision trimestrielle du dossier » de Louis Gouffé, à la rubrique « Avis sur l’éventualité d’une mesure de libération », le commissaire spécial, directeur du camp, émet un avis défavorable en s’appuyant sur le constat que cet interné « suit les directives du parti communiste », tout en lui reconnaissant une « attitude correcte ».

Le 6 septembre 1941, Louis Gouffé fait partie d’un groupe de 150 détenus d’Aincourt (dont 106 de la Seine) transférés au camp français (CSS) de Rouillé, au sud-ouest de Poitiers (Vienne), pour l’ouverture de celui-ci.

Le camp de Rouillé, “centre de séjour surveillé”, vu du haut d’un mirador. Date inconnue. Au fond - de l’autre côté de la voie ferrée -, le village. Musée de la Résistance nationale (Champigny-sur-Marne), Fonds Amicale Voves-Rouillé-Châteaubriant. Droits réservés.

Le camp de Rouillé, “centre de séjour surveillé”, vu du haut d’un mirador. Date inconnue.
Au fond – de l’autre côté de la voie ferrée -, le village.
Musée de la Résistance nationale (Champigny-sur-Marne), Fonds Amicale Voves-Rouillé-Châteaubriant. Droits réservés.

Le 9 février 1942, il est parmi les 52 « communistes » (dont 36 seront déportés avec lui) remis aux autorités d’occupation à la demande de celles-ci et conduits par des Feldgendarmes à la gare de Poitiers. Enfermés dans deux wagons à bestiaux, ils sont transférés – via Paris – au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

La caserne de Royallieu après-guerre. Les huit premiers bâtiments alignés à gauche sont ceux du quartier “A”, désigné pendant un temps comme le “camp des communistes”. À l’arrière plan à gauche, sur l’autre rive de l’Oise, l’usine de Venette qui fut la cible de plusieurs bombardements avec “dégâts collatéraux” sur le camp. Carte postale. Collection Mémoire Vive.

La caserne de Royallieu après-guerre. Les huit premiers bâtiments alignés à gauche sont ceux du quartier “A”,
désigné pendant un temps comme le “camp des communistes”.
À l’arrière plan à gauche, sur l’autre rive de l’Oise, l’usine de Venette qui fut la cible de plusieurs bombardements avec “dégâts collatéraux” sur le camp.
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Le 10 février, son épouse écrit de nouveau au préfet de la Seine pour solliciter la libération de son mari : « …je suis encore plus certaine que maintenant il a encore mieux compris, étant père de quatre enfants… ». Le 19 mars, c’est au préfet de police qu’elle soumet à nouveau la même demande. Le 10 avril suivant, elle la renouvelle auprès de celui-ci, en citant à l’appui les remerciements de la délégation spéciale et du préfet de la Seine adressés à son mari pour être resté à son poste lors de la débâcle.

Le 7 mai, le chef du premier bureau du cabinet du préfet écrit au commissaire de police de la circonscription des Lilas pour lui demander de faire connaître à Madame Gouffé que « son mari étant à la disposition des autorités allemandes, il n’appartient pas au services de la préfecture de police de prendre une décision quant à la libération de ce dernier ». Le 9 mai, Madame Gouffé est probablement convoquée au commissariat où elle émarge cette lettre à côté de la mention « reçu communication ».

Entre fin avril et fin juin 1942, Louis Gouffé est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont à pied conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne, sur la commune de Margny, et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet, Louis Gouffé est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45620 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée et identifiée [2]).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés pour la plupart dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Louis Gouffé est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir.

Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ».  « Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre »  Carte postale. Collection mémoire Vive. Photo : Stanislas Mucha.

Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche » : « Arbeit macht frei » (« Le travail rend libre »).
Carte postale. Collection mémoire Vive. Photo : Stanislas Mucha.

À une date restant à préciser, il est admis au Block 28 (médecine interne) de l’hôpital d’Auschwitz, chambrée (Stube) 7 [3].

Louis Gouffé meurt à Auschwitz le 19 novembre 1942, d’après deux registres du camp.

Le 26 avril 1946, son acte de décès est transcrit à la mairie de Romainville, avec la mention « mort pour la France » ; la date enregistrée est le 13 novembre 1942.

En juin 1946, sa veuve, alors domiciliée au 2 rue Carnot à Romainville, dépose une demande de pension de victime civile auprès de la direction départementale des anciens combattants et victimes de guerre siégeant à la préfecture de la Seine. En octobre 1947, sa mère, alors veuve et domiciliée au 2 rue Saint-Germain, dépose la même demande.

Le nom de Louis Gouffé est inscrit sur une des plaques commémoratives (« mort dans la résistance ») apposées dans le hall de la mairie de Romainville.La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 10-02-1994).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 386 et 406.
- Archives de Paris ; registre des matricules militaires, classe 1921, 1er bureau de recrutement de la Seine, volume 4001-4500 (D4R1 1559), n° 4405.
- Archives de la préfecture de police (Seine / Paris) ; cartons “occupation allemande”, camps d’internement… (BA 2374),  liste des internés communistes, 1939-1941, chemise 4e trim. 1940 (BA 2397) ; cabinet du préfet, dossier individuel (1 W 0509-13435).
- Archives départementales des Yvelines (AD 78), Montigny-le-Bretonneux ; centre de séjour surveillé d’Aincourt, révision trimestrielle (1w74), 1w76, dossier individuel (1w119).
- Archives départementales de la Vienne ; camp de Rouillé (109W75).
- Site internet du Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau à Oświęcim ; www.auschwitz.org
- Site Mémorial GenWeb, 93-Romainville, relevé de Christiane Level-Debray (06-2004).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 27-02-2017)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Romainville : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] Sa photographie d’immatriculation à Auschwitz a été reconnue par des rescapés lors de la séance d’identification organisée à l’Amicale d’Auschwitz le 10 avril 1948 (bulletin “Après Auschwitz”, n°21 de mai-juin 1948).

[3] L’hôpital d’Auschwitz : en allemand Krakenbau (KB) ou Häftlingskrakenbau (HKB), hôpital des détenus. Dans Si c’est un Homme, Primo Lévi utilise l’abréviation “KB”.
Mais les « 31000 » et Charlotte Delbo – qui ont connu l’hôpital de Birkenau – ont utilisé le terme « Revier » : « abréviation de Krakenrevier, quartier des malades dans une enceinte militaire. Nous ne traduisons pas ce mot que les Français prononçaient révir, car ce n’est ni hôpital, ni ambulance, ni infirmerie. C’est un lieu infect où les malades pourrissaient sur trois étages. », Le convoi du 24 janvier, Les Éditions de Minuit, 1967, p. 24.