IDENTIFICATION INCERTAINE… Auschwitz-I, le 8 juillet 1942.  Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau,  Oświęcim, Pologne.  Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

IDENTIFICATION INCERTAINE…
Auschwitz-I, le 8 juillet 1942.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau,
Oświęcim, Pologne.
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

Louis Gouélian naît le 4 mai 1903 à Paris 5e  ou 8e (75), fils de Gustave Gouélian et d’Augustine Bauget.

 partir de 1930, il vit  maritalement avec Germaine Ferrieu, née le 1er juin 1907 à Communay (Isère). Ensemble, ils ont deux enfants, reconnus par leur père.

À partir de 1935 et jusqu’au moment de son arrestation, il est domicilié au 2 bis, rue des Anglais, à Paris 5e, dans un logement d’une pièce située au sixième étage.

Louis Gouélian travaille comme cycliste. De 1925 à 1928, il est employé à l’agence Dorland, succursale d’une société publicitaire londonienne, sise 65, avenue des Champs-Élysées, puis, pendant neuf ans, à L’Information, grand quotidien économique, sis au 124, rue Réaumur (futur siège du Parisien Libéré). À partir de 1937, il est  employé par les Messageries Hachette et plus spécialement attaché à la diffusion du quotidien Le Soir, jusqu’à l’interdiction de celui-ci. Il devient délégué du personnel de la maison Hachette pour le Syndicat des Transport de la région parisienne.

Selon une source, il est secrétaire de la section communiste du 5e arrondissement avant guerre. La police le considère seulement comme « sympathisant des doctrines communiste », ajoutant qu’il fréquente « assidûment les réunions organisées par la 5e section des Jeunesses communistes » et qu’il est lié à André Parinaud, militant connu qui sera interné à la redoute de Bossuet en Algérie.

Sous l’Occupation, Louis Gouélian reste actif dans la clandestinité : selon la police, il se livre « à une intense propagande verbale en s’efforçant de regrouper les éléments communistes de la corporation des porteurs de journaux ».

Le 11 novembre 1941, il fait l’objet d’une dénonciation anonyme pour son activité communiste.

Un mois plus tard, le 13 décembre, Louis Gouélian est arrêté à son domicile par la police française et conduit au dépôt de la préfecture (la Conciergerie, sous le Palais de Justice de l’île de la Cité). Le même jour, le préfet de police signe l’arrêté ordonnant son internement administratif en application du décret du 18 novembre 1939.

Le 3 janvier 1942, Louis Gouélian fait partie d’un groupe de 50 détenus – 38 internés politiques et 12 “indésirables” (droit commun) – extraits du du dépôt et transférés “centre de séjour surveillé” (CSS) de Rouillé, au sud-ouest de Poitiers (Vienne – 86). Ils sont conduits en car, sous escorte, jusqu’à la gare d’Austerlitz où les attend un wagon de voyageurs réservé (10 compartiments ; départ 7h55 – arrivée 18h51).

En janvier, la compagne de Louis Gouélian écrit à une autorité française (le ministre de l’Intérieur ?) pour solliciter la libération de son compagnon en raison de sa situation nécessiteuse avec deux enfants en bas âge. Le 17 avril, le préfet de police émet un avis défavorable à cette demande.

Le 22 mai 1942, Louis Gouélian fait partie d’un groupe de 156 internés – dont 125 seront déportés avec lui – remis aux autorités d’occupation à la demande de celles-ci et conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Louis Gouélian réussit à jeter sur la voie un papier libellé au crayon faisant connaître qu’il est déporté en Allemagne et transmis à son épouse par un cheminot.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Louis Gouélian est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) ; peut-être sous le numéro 45619, selon les listes reconstituées (la photo du détenu portant ce matricule a été retrouvée, mais n’a pu être identifiée à ce jour).

Il meurt à Auschwitz le 24 septembre 1942, d’après l’acte de décès établi par l’administration SS du camp.

Louis Gouélian est déclaré “Mort pour la France”.

En 1955, Germaine Ferrieu, mère et tutrice de ses enfants sollicite l’attribution du titre de déporté résistant pour son compagnon. Celui-ci ne recevra que le titre de “Déporté politique”.

La mention “Mort en déportation” est apposée sur l’acte de décès de Louis Gouélian (J.O. 10-02-1994).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 371 et 395.
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” de Paris (2002), citant : Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen – Extrait de son acte de décès à la mairie du 5e arrondissement – Roger Pélissou pense l’avoir reconnu sur la photo d’immatriculation à Auschwitz du numéro 45619, ce qui correspond bien à l’ordre alphabétique dans la liste reconstituée par Claudine Cardon-Hamet.
- Archives de la préfecture de police (Seine / Paris), APPo, site du Pré-Saint-Gervais ; cartons “occupation allemande”, camps d’internement… (BA 2374) ; dossiers individuels du cabinet du préfet (1w0684), dossier de Louis Gouélian (22837).
- Mémorial de la Shoah, Paris, archives du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC) ; liste XLI-42, n° 91.
- Archives départementales de la Vienne ; camp de Rouillé (109W75).
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 380 (32649/1942).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 5-01-2016)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.