JPEG - 71.5 ko
Droits réservés.

Louis Daens naît le 25 février 1892 à Lens (Pas-de-Calais – 62), fils de Louis, Philippe Daens et de Blanche – dite Jeanne – Laurent, son épouse.

Dans sa jeunesse, il a est mineur de fond en France et au Canada.

Mobilisé lors de la guerre 1914/1918, il est blessé aux jambes et à la tête. Il reçoit la Médaille militaire, la Croix de Guerre et la Médaille de Verdun.

À une date restant à préciser, Louis Daens épouse Marie Lampin. Ils ont cinq enfants dont Lucienne, Pierre-Jean, Marie-Jeanne, Benoît…

Au moment de son arrestation, il est domicilié au 60, rue de la République à Bolbec (Seine-Maritime [1] – 76), 20 km à l’est du Havre. Communiste depuis 1928, il est à la tête du Syndicat des Produits chimiquesde 1936 à 1939.

Ouvrier chimiste à la raffinerie Standard Oil [2] de Port-Jérôme (site industriel en bord de Seine sur la commune de Notre-Dame-de-Gravenchon), il est licencié « à cause de ses idées » après la grève du 30 novembre 1938.

Il travaille ensuite comme terrassier aux Ponts-et-Chaussées, en particulier aux premiers travaux préparant la réalisation du Pont de Tancarville, probablement sur les voies d’accès, car l’ouvrage est lancé au travers de la Seine après la guerre, 1958-1959.

Sous l’occupation, militant clandestin du Front national [3], il confectionne et diffuse des tracts anti-allemands.

Le 29 ou le 31 juillet 1941, deux Feldgendarmes et plusieurs gendarmes de la brigade de Bolbec l’arrêtent à son domicile « sur dénonciation d’un commerçant voisin ». Détenu une dizaine de jours à la gendarmerie de Bolbec, Louis Daens est pris en charge par la Kommandantur transféré au Havre le 5 août 1941, puis à Rouen le 28 août.

Il passe en jugement en septembre 1941 : condamné à deux ans d’emprisonnement, il est finalement remis aux autorités d’occupation et transféré le 23 octobre au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), où il est enregistré sous le matricule n° 1924, affecté au bâtiment A2, chambre 14, puis bât. A5, ch. 8. Dès le 8 décembre 1941, Louis Daens figure sur une liste de 28 communistes à « transférer vers l’Est », établie par la Felkommandantur de Rouen.

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande, en application d’un ordre de Hitler.

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

JPEG - 128.9 ko

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Louis Daens est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45418.

JPEG - 77.1 ko
Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée. Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartisdans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire – au cours duquel Louis Daens se déclare sans religion (Glaubenslos) -, ils sont envoyés au travail dans différentsKommandos.

Le 13 juillet – après les cinq premiers jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Louis Daens est dans la moitié des membres du convoi qui reste dans ce camp en construction choisi pour mettre en œuvre la “solution finale”. Le contexte y est plus meurtrier.

Entre le 1er et le 5 janvier 1943, il est signalé au Revier de Birkenau, où il meurt le 9 février.

Reconnu “Mort pour la France” (27/08/1947), il est homologué comme “Déporté politique” (10/04/1963) ; le titre de “Déporté résistant” lui ayant été refusé. La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 30-08-2007).

Son nom figure, parmi ceux d’autres déportés, sur le local CGT de Notre-Dame-de-Gravenchon, sous la formule suivante : « En hommage aux militants de la CGT, victimes du nazisme, morts pour leur engagement dans le combat pour la liberté – 1939/1945 ».

Son nom figure également sur le Monument “Souviens-toi”, rue des Martyrs de la Résistance à Bolbec, et une cellule du Parti communiste de cette ville porte son nom.

L’un de ses fils a été FFI, un autre fut emprisonné comme communiste. Après la Libération, sa fille fut conseillère municipale et adjointe au Maire de Bolbec pendant douze ans.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 128, 375 et 400. 
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” de Seine-Maritime (2000), citant : témoignage de Robert Gaillard (45565) du Petit-Quevilly – Thèse de Stéphane Courtois – Attestations de Louis Eudier (45523), du Havre, et de Jules Le Troadec (45766) – Madame Piednoel, sa fille, a fourni de nombreux documents : lettres de son père (celle du 4 juillet 1942 annonce son départ de Compiègne) – Acte de décès – Questionnaire détaillé 
- Article du journal L’Avenir du Havre, 29 juin 1945. 
- Dictionnaire biographique du Mouvement ouvrier français, sous la direction de Jean Maitron, tome 24, p. 13 
- Louis Eudier (45523), listes à la fin de son livre Notre combat de classe et de patriotes (1939-1945), imprimerie Duboc, Le Havre, sans date (2-1973 ?). 
- Archives départementales de Seine-Maritime, Rouen, site de l’Hôtel du Département, cabinet du préfet 1940-1946 (cote 51 W …), recherches conduites avec Catherine Voranger, petite-fille de Louis jouvin (“45697”). 
- Mémorial de la Shoah, Paris, site internet, archives du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC) ; doc. XLIII-56. 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 3, page 203 (6195/1943).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 9-05-2014)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Seine-Maritime : département dénommé “Seine-Inférieure” jusqu’en janvier 1955.

[2] La Standard Oil Company de John D. Rockfeller (aujourd’hui fusionnée dans ExxonMobil Corporation) créera la marque Esso à partir de la prononciation phonétique de ses initiales (« S. O. »).

[3] Front national de lutte pour la liberté et l’indépendance de la France : mouvement de Résistance constitué en mai 1941 à l’initiative du PCF clandestin (sans aucun lien avec l’organisation politique créée en 1972, dite “FN” et toujours existante).