Louis Castel naît le 8 février 1902 à Lézignan-Corbières (Aude).

En 1925, lorsqu’il arrive dans la région parisienne, il est embauché à l’usine Citroën de Clichy-la-Garenne [1] (Seine / Hauts-de-Seine – 92). Il devient chef de l’équipe d’entretien, mais est licencié en 1926, après une grève. Il exerce alors diverses fonctions d’employé municipal à Clichy (fossoyeur en 1928, puis jardinier), commune qu’il quitte pour Gennevilliers (92) en 1934.

Au moment de son arrestation, Louis Castel est domicilié au 5, rue du Pressoir à Gennevilliers. Il est marié, sans enfant.

Membre du Parti communiste dès 1922, il a des responsabilités à la Section de Gennevilliers et dans l’ancienne « Région de la banlieue-Ouest ».

Lors des élections de municipales de novembre 1934, il est élu sur la liste du Parti communiste, et devient maire-adjoint auprès de Jean Grandel. Il est réélu en 1935.

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Gennevilliers. L’ancienne mairie. Carte postale oblitérée en 1935.
Collection Mémoire Vive.
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Partie de boules à Granville (Manche) en 1937.
De gauche à droite : Jean Grandel, alors maire de Gennevilliers,
et Louis Castel, Conseiller Municipal.
© Mairie de Gennevilliers.

En 1936, Louis Castel est l’un des dirigeants des grèves qui mobilisent 25 000 ouvriers de Gennevilliers.

Le 9 février 1940, le Conseil de Préfecture le déchoit de son mandat municipal « pour appartenance au Parti communiste ».

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Le Populaire, quotidien édité par la SFIO,
édition du 17 février 1940.
Archives de la préfecture de police, Paris.

Il reprend ses activités militantes dès sa démobilisation, en septembre 1940. Il dirige des groupes de l’O.S. [2] dans la banlieue ouest (secteur Colombes, Courbevoie, Nanterre, Rueil).

Le 3 décembre 1940, c’est à Malakoff, au domicile de sa compagne, que Louis Castel est arrêté par la police française, « à la suite de l’arrestation de plusieurs responsables syndicaux », selon le dictionnaire Maitron s’appuyant sur des attestations d’après guerre. Lors de son arrestation, il est « trouvé porteur de deux tracts “L’Humanité”, de cinq livres d’adresses dont plusieurs correspondaient à d’anciens sympathisants communistes, d’une lettre relative à l’organisation du parti communiste et de plusieurstickets de métro portant des indications de rendez-vous qu’il [essaie] de dissimuler ». Il déclare aux policiers qu’il était chargé de remettre en place une propagande uniquement syndicale après la démobilisation de l’été précédent.

Le 6 décembre, Louis Castel est inculpé d’« infraction aux décrets du 26 septembre 1939 », puis écroué à la Maison d’arrêt de la Santé (Paris 14e).

Le 11 février 1941, la 12e chambre du Tribunal correctionnel de la Seine le condamne à 18 mois d’emprisonnement. Il est transféré à la Maison d’arrêt de Fresnes (94). Le 8 avril, la 10e chambre de la Cour d’appel de Paris confirme la sentence. Louis Castel est transféré à la Maison centrale de Melun (Seine-et-Marne).

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Melun. La maison centrale à la pointe amont
de l’île Saint-Étienne, sur la Seine.
Carte postale non datée (années 1900).
Collection Mémoire Vive.

Il est libérable le 26 février 1942, mais, à l’expiration de sa peine, il est placé en internement administratif ; d’abord au dépôt de la préfecture de police de Paris (Conciergerie, sous-sol du Palais de Justice, île de la Cité).

Le 16 avril 1942, il est transféré au “centre de séjour surveillé” (CSS) de Voves (Eure-et-Loir) – matricule 111 – où il apprend l’espagnol, fait des mathématiques supérieures.

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Entrée du camp de Voves.
Date inconnue, probablement après mars 1943.

Le 10 mai, il est parmi les 81 détenus remis aux autorités d’occupation à la demande de celles-ci et transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager), où il est enregistré sous le matricule n°5721.

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Le camp vu depuis le mirador central.
Les “politiques français” étaient dans le secteur constitué
par la ligne de bâtiments de gauche (“camp communiste”)
Photo Hutin, Compiègne, carte postale. Droits réservés.

Entre fin avril et fin juin 1942, Louis Castel est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne, sur la commune de Margny, et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Les deux wagons à bestiaux
du Mémorial de Margny-les-Compiègne,
installés sur une voie de la gare de marchandise
d’où sont partis les convois de déportation. Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ».  « Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre »  Carte postale. Collection mémoire Vive. Photo : Stanislas Mucha.

Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ».
« Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre »
Carte postale. Collection mémoire Vive. Photo : Stanislas Mucha.

Le 8 juillet 1942, Louis Castel est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45339 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée et identifiée [3]).

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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau,
Oswiecim, Pologne.
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés pour la plupart dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire – au cours duquel Louis Castel se déclare sans religion (Glaubenslos) -, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Louis Castel.

Il meurt à Auschwitz le 11 août 1942, d’après les registres du camp [4] ; un mois après l’arrivée du convoi.

Les mentions « Mort pour la France » (3-06-1946) et « Mort en déportation » (5-10-1987) ont été portées sur les actes d’état civil. Louis Castel est homologué comme “Déporté politique”.

Il est considéré comme sergent dans la Résistance intérieure française au titre du Front national [5] (n° 15153).

Son nom est inscrit sur la plaque commémorative dédiée aux Conseillers municipaux morts pour la France (hall de la Mairie de Gennevilliers).

Après la guerre, la municipalité de Gennevilliers donne le nom de Louis Castel à l’ancienne rue G.-H.-Marsaud.

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Inauguration de la rue Louis Castel (© mairie de Gennevilliers).

La rue Louis Castel est inaugurée le 21 septembre 1947, par le Député-Maire et Conseiller Général de la Seine, Waldeck L’Huillier. Au cours des allocutions, il sera rappelé, concernant le déporté disparu « son intelligence et son extraordinaire capacité de travail. Très cultivé, c’est un administrateur exceptionnel. Doux, bon, calme et posé ».

Sources :

- Son nom et son matricule figurent sur la Liste officielle n°3 des décédés des camps de concentration d’après les archives de Pologne, éditée le 26 septembre 1946 par le ministère des anciens combattants et victimes de guerre, page 60.
- Patrice Castel, petit-neveu de Louis Castel.
- Jean Maitron et Claude Pennetier, notice dans le Dictionnaire biographique du Mouvement ouvrier français, sous la direction de J. Maitron, tome 21, page 285.
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 355, 382 et 398.
- Cl. Cardon-Hamet, notice réalisée pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” du nord des Hauts-de-Seine, citant : Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense (fichier national) – Archives municipales de Gennevilliers (liste des déportés, nom des rues, texte du discours d’inauguration de la rue).
- Archives nationales, correspondance de la Chancellerie sur des procès pour propagande et activité communistes, BB18 7043.
- Archives de Paris ; jugements du tribunal correctionnel de la Seine, 8 et 10 février 1941, cote D1u6 3710.
- Archives de la préfecture de police (Seine / Paris) ; carton PC 4, “Activités…”
- Archives départementales de Seine-et-Marne, Dammarie-les-Lys, cabinet du préfet ; situation des internés (M11403) ; prison de Melun (SC51236).
- Comité du souvenir du camp de Voves, liste établie à partir des registres du camp conservés aux Archives départementales d’Eure-et-Loir.
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 159 (19526/1942) ; son prénom est orthographié « Lois ».

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 20-01-2014)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

[1] Jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] O.S. : “organisation spéciale”, premiers groupes armés du PCF clandestin, chargés de protéger les distributeurs de tracts ou les militants prenant la parole en public. Ces résistants intégreront les Francs tireurs et partisans (FTP) à leur création.

[3] Sa photographie d’immatriculation à Auschwitz a été reconnue par des rescapés lors de la séance d’identification organisée à l’Amicale d’Auschwitz le 10 avril 1948 (bulletin Après Auschwitz, n°21 de mai-juin 1948).

[4] Différence de date de décès avec celle inscrite au Journal Officiel :

Dans les années qui ont suivi la guerre, devant l’impossibilité d’obtenir des dates précises de décès des déportés, mais soucieux d’établir les documents administratifs nécessaires pour le versement des pensions aux familles, les services français d’état civil – s’appuyant sur le ministère des Anciens combattants qui avait collecté le témoignage approximatif des rescapés – ont très souvent fixé des dates fictives : le 1er, le 15, le 30, le 31 du mois, voire le jour (et le lieu !) du départ.

S’agissant de Louis Castel, c’est le 15 septembre 1942 qui a été retenu pour certifier son décès. La parution au J.O. rendant ces dates officielles, certaines ont quelquefois été gravées sur les monuments aux morts.

[5] Front national de lutte pour la liberté et l’indépendance de la France : mouvement de Résistance constitué en mai 1941 à l’initiative du PCF clandestin (sans aucun lien avec l’organisation politique créée en 1972, dite “FN” et toujours existante).