Clémence, Léona, Bouillard, née Ravaux le 26 avril 1885 à Éteignères (Ardennes), domiciliée à Tremblois-lès-Rocroi (Ardennes), morte à Auschwitz, au sous-camp de femmes de Birkenau, le 13 février 1943.

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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz avant 
l’évacuation du camp en janvier 1945. Réalisé le 3 février 1943, 
le portrait d’immatriculation de cette détenue a disparu.

Clémence, Léona, Ravaux naît le 26 avril 1885 à Éteignères (Ardennes), chez son grand-père, Pierre-Victor Ravaux, 53 ans, manouvrier, fille de Marie, Félicité, Ravaux, 27 ans, couturière.

Le 11 septembre 1902 à Servion [1] (Ardennes), Léona Ravaux se marie avec Louis, Marie, Bouillard, né le 24 août 1878 à La Ferté-sous-Jouarre (Seine-et-Marne), nommé Coquerelle avant d’être “reconnu” en 1914 (à 36 ans !), petit entrepreneur. Ils habitent Mon idée, un écart de Tremblois-lès-Rocroi (Ardennes).

En octobre 1937, le Parti communiste présente un nommé Louis Bouillard(contremaître) comme candidat aux élections cantonales dans la circonscription de Signy-le-Petit.

Le 19 mai 1942, ils sont arrêtés tous les deux, par la Gestapo. « Vous avez été dénoncés parce que vous distribuez des tracts », leur dit l’interprète. Des tracts du Front national [2].

Léona Bouillard est enfermée à la prison de Charleville, puis à celle de Rethel, enfin à Nancy d’où elle a été transférée au fort de Romainville le 21 novembre 1942.

Une petite grand-mère serviable, qui s’est tout de suite fait des amies parmi les jeunes. Ses camarades l’appellent « Mémé Bouillard ».

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L’unique entrée du Fort de Romainville (Haftlager 122), 
surplombée par un mirador. 
© Musée de la résistance nationale (MRN), 
Champigny-sur-Marne (94).

Le 22 janvier 1943, Léona Bouillard fait partie des cent premières femmes otages transférées en camions au camp de Royallieu à Compiègne (leurs fiches individuelles du Fort de Romainville indiquent « 22.1 Nach Compiègne uberstellt » : « transférée à Compiègne le 21.1 »). Le lendemain, un deuxième groupe de cent-vingt-deux détenues du Fort les y rejoint, auquel s’ajoutent huit prisonnières extraites d’autres lieux de détention (sept de la maison d’arrêt de Fresnes et une du dépôt de la préfecture de police de Paris).

Toutes passent la nuit du 23 janvier à Royallieu, probablement dans un bâtiment du secteur C du camp.

Le lendemain matin, 24 janvier, les deux-cent-trente femmes sont conduites à la gare de marchandises de Compiègne et montent dans les quatre derniers wagons (à bestiaux) d’un convoi dans lequel plus de 1450 détenus hommes ont été entassés la veille.

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Comme les autres déportés, la plupart d’entre elles jettent sur les voies des messages à destination de leurs proches, rédigés la veille ou à la hâte, dans l’entassement du wagon et les secousses des boggies (ces mots ne sont pas toujours parvenus à leur destinataire).

En gare de Halle (Allemagne), le train se divise et les wagons des hommes sont dirigés sur le KL Sachsenhausen, tandis que les femmes arrivent en gare d’Auschwitz le 26 janvier au soir. Le train y stationne toute la nuit.

Le lendemain matin, après avoir été descendues et alignées sur un quai de débarquement de la gare de marchandises, elles sont conduites à pied au camp de femmes de Birkenau (B-Ia) où elles entrent en chantant La Marseillaise.

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Portail du secteur B-Ia du sous-camp de Birkenau (Auschwitz-II) 
par lequel sont passés les “31000” 
(accès depuis la rampe de la gare de marchandises 
et le “camp-souche” d’Auschwitz-I…). 
© Gilbert Lazaroo, février 2005.

Léona Bouillard y est enregistrée sous un matricule non connu avec certitude (peut-être le 31815, en correspondance avec son enregistrement au Fort de Romainville). Le numéro de chacune est immédiatement tatoué sur son avant-bras gauche.

Pendant deux semaines, elles sont en quarantaine au Block n° 14, sans contact avec les autres détenues, donc provisoirement exemptées de travail.

Le 3 février, la plupart des “31000” sont amenées à pied, par rangs de cinq, à Auschwitz-I, le camp-souche où se trouve l’administration, pour y être photographiées selon les principes de l’anthropométrie : vues de trois-quart, de face et de profil (la photo d’immatriculation de Léona Bouillard n’a pas été retrouvée).

Le 12 février, les “31000” sont assignées au Block 26, entassées à mille détenues avec des Polonaises. Les “soupiraux” de leur bâtiment de briques donnent sur la cour du Block 25, le “mouroir” du camp des femmes où se trouvent des compagnes prises à la “course” du 10 février. Les “31000” commencent à partir dans les Kommandos de travail.

Léona Bouillard meurt au camp de femmes de Birkenau le 13 février 1943, selon l’acte de décès du camp.

D’après les rescapées, elle succombe un matin à l’appel et quatre de ses camarades portent son cadavre au Block.

Le ministère des anciens combattants a noté la date du 15 février 1943 ; sans doute une rescapée a-t-elle indiqué cette date d’après ses souvenirs. Mais les dates sont rarement exactes dans les souvenirs. À Birkenau, le temps avait une autre durée, écrit Charlotte Delbo, qui situe sa mort dans les trois premiers jours.

La famille de Léona Bouillard n’apprend sa mort qu’en 1945.

Son mari, déporté par le même train, est mort au KL Sachsenhausen (matricule n° 59178) le 28 avril 1943, à soixante-six ans.

Léona et Louis Bouillard sont déclarés morts en déportation sur les actes d’état civil (JORF du 2 octobre 1987, page 11518).

 

Sources :


- Charlotte Delbo, Le convoi du 24 janvier, Les Éditions de Minuit, 1965 (réédition 1998), pages 49-50. 
- Archives départementales des Ardennes, site internet, archives en ligne, registre d’état civil d’Éteignières, cote 2MIEC 156R 1, année 1885, acte n° 12 (vue 475/571). 
- Archives départementales de Seine-et-Marne, site internet, archives en ligne, registre d’état civil de La Ferté-sous-Jouarre, cote 5MI8234, année 1878, acte n° 80 (vue 137/370). 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 123 (7667/1943). 
- Concernant Louis Bouillard : Fondation pour la Mémoire de la Déportation, Livre-Mémorial des déportés de France arrêtés par mesure de répression…, 1940-1945, éditions Tirésias, Paris 2004, I.74, t. 1, p. 601. 
- Site Gallica, Bibliothèque Nationale de France, L’Humanité 14139 du 4 septembre 1937, page 4.

MÉMOIRE VIVE

(dernière modification, le 25-07-2013)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec lesinformations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

Notes

[1] Servion est fusionnée avec la commune de Rouvroy-sur-Audry en 1967.

[2] Front national de lutte pour la liberté et l’indépendance de la France : mouvement de Résistance constitué en mai 1941 à l’initiative du PCF clandestin (sans aucun lien avec l’organisation politique créée en 1972, dite “FN” et toujours existante).