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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Léon, Adolphe, Fernand, Toussaint naît le 30 janvier 1896 à Houdelaucourt-sur-Othain [1] (Meuse – 55), fils de Pierre, Émile, Toussaint, 37 ans, employé de chemin de fer, et de Julie Aubry, son épouse, 37 ans.

Considérant son âge, il devrait avoir été mobilisé au cours de la guerre 1914-1918. Il effectue son service militaire (quatre ans et cinq mois !) au 147e régiment d’infanterie de Saint-Nazaire.

Le 9 octobre 1920 à Blagny (Ardennes – 08), Léon Toussaint se marie avec Yvonne Dujardin. Ils ont deux enfants.

Au moment de son arrestation, Léon Toussaint est domicilié au 4, rue de la République à Audun-le-Roman, près de Thionville (Meurthe-et-Moselle – 54).

Cheminot, il est agent d’exploitation ou chef de train à Audun-le-Roman.

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Audun-le-Roman. La gare. Carte postale des années 1900 
(recadrée). Collection Mémoire Vive.

De 1926 à 1939, Léon Toussaint est syndiqué CGT à la Fédération des cheminots, au sein de laquelle il est délégué pendant un temps. Selon une liste manuscrite de quarante-quatre internés établie ultérieurement par le chef du centre de séjour surveillé d’Écrouves, Léon Toussaint “démissionne” de son syndicat à une date qui reste à préciser.

La police le présente comme un fervent militant communiste. Lors d’élections dont la date reste à préciser, il est élu conseiller municipal de sa commune.

Peut-être Léon Toussaint est-il révoqué de la SNCF pour ses engagements, car il exerce la profession de manœuvre-terrassier au moment de son arrestation.

Dans la nuit du 4 au 5 février 1942, un groupe de résistance communiste mène une action de sabotage contre le transformateur électrique de l’usine sidérurgique d’Auboué qui alimente également dix-septmines de fer du Pays de Briey. Visant une des sources d’acier de l’industrie de guerre allemande (Hitler lui-même s’en préoccupe), l’opération déclenche dans le département plusieurs vagues d’arrestations pour enquête et représailles qui concerneront des dizaines de futurs “45000”.

Le 5 février 1942, Léon Toussaint est arrêté pour transport clandestin de fusils (et/ou de prisonniers de guerre évadés) dans son fourgon, ou comme otage à la suite du sabotage ; à vérifier…

Le 23 février, il fait partie des vingt-cinq otages transférés par la police allemande au centre de séjour surveillé d’Écrouves, près de Toul (54), en attente « d’être dirigés sur un autre camp sous contrôleallemand en France ou en Allemagne » ; ils y rejoignent quatorze autres otages arrivés la veille.

Et, effectivement, le 5 mars, Léon Toussaint est parmi les trente-neuf détenus transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), gardé et administré par la Wehrmacht (Frontstalag 122 -Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Les deux wagons à bestiaux 
du Mémorial de Margny-les-Compiègne, 
installés sur une voie de la gare de marchandise 
d’où sont partis les convois de déportation. Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Léon Toussaint est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) ; peut-être sous le numéro 46154, selon les listes reconstituées (la photo du détenu portant ce matricule n’a pas été retrouvée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartisdans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire – au cours duquel Léon Toussaint se déclare comme cheminot (Eisenbahner) -, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage publié à ce jour ne permet de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Léon Toussaint.

Il meurt à Auschwitz le 20 octobre 1942, selon l’acte de décès du camp, qui indique pour cause mensongère de sa mort « faiblesse cardiaque et circulatoire » (Herz und Kreislaufschwäche).

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 3-06-2001).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 367 et 421. 
- Archives départementales de la Meuse, site internet, archives en ligne, registre d’état civil d’Houdelaucourt, cote 2 E 257 (9), année 1896, acte n° 1 (vue 9/120). 
- Hervé Barthélémy, association Rail et Mémoire
- Archives Départementales de Meurthe-et-Moselle, Nancy, cote W1304/23 et WM 312 ; fiches du centre de séjour surveillé d’Écrouves (ordre 927 W) ; recherches de Daniel et Jean-Marie Dusselier. 
- Jean-Claude et Yves Magrinelli, Antifascisme et parti communiste en Meurthe-et-Moselle, 1920-1945, Jarville, avril 1985, pages 247, 346. 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 3, page 1253 (36706/1942). 
- Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne, Bureau d’information sur les anciens prisonniers (Biuro Informacji o Byłych Więźniach) ; copie de l’acte de décès du camp.

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 4-09-2013)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Houdelaucourt-sur-Othain : village situé dans le secteur de la bataille de Verdun. Depuis 1973, associé à quatre autres villages, il constitue la commune de Spincourt