Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz lors de l’évacuation du camp en janvier 1945. Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz
lors de l’évacuation du camp en janvier 1945.
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Julien, François, Marie, Massé naît le 10 août 1921 au Kremlin-Bicêtre [1] (Seine / Val-de-Marne – 94), de parents venus du Finistère : François Massé, 25 ans, employé à la Compagnie de l’Air (ou Compagnie des Eaux ?) à Arcueil, et Marie Vaillant, 27 ans. Julien Massé a deux frères et une sœur plus jeunes : Charlemagne, né en 1927, Simone, née en 1928, et François, né en 1930.

Le 8 avril 1915, son père son père a été mobilisé dans un régiment d’infanterie, avant de passer à l’infanterie coloniale au Maroc en février 1918 ; il sera membre de l’Association républicaine des anciens combattants (ARAC). Démobilisé le 24 septembre 1919, il est venu très rapidement en région parisienne : le 6 décembre suivant, il résidait en hôtel au 156, avenue de Fontainebleau au Kremlin-Bicêtre (94).

En mars 1922, la famille habite au 70, rue de la Pompe à Villejuif (94). En juillet 1927, elle est installée au 17, voie Boieldieu à Vitry-sur-Seine [1] (94), dans un petit pavillon dont les parents sont propriétaires

Au moment de son arrestation, Julien Massé habite toujours chez eux.

Célibataire, il est manœuvre, employé chez Morin (?), au 128, rue d’Alésia à Paris 14e.

En 1935, il adhère aux Jeunesses communistes (JC), militant dans le groupe du coteau des Malassis.

En 1938, il est adhérent à l’aéroclub des Aiglons d’Ivry, dont le siège est au 40, rue Marat à Ivry-sur-Seine. Son père est alors cantonnier dans cette commune.

De septembre 1939 à fin avril 1941, Julien Massé travaillerait dans une usine de tréfilerie de la banlieue sud.

Après l’interdiction des organisations communistes et sous l’occupation, il reste actif au sein des JC clandestines. En mars et avril 1941, il participe à la distribution de tracts et au collage de papillons à Vitry.

Le 1er mai 1941, il est interpellé par des agents du commissariat de la circonscription d’Ivry-sur-Seine, comme Jean Hernando, à la suite de l’arrestation de Maurice Coulin fils (17 ans) et de deux camarades pris la nuit précédente en train de peindre des « inscriptions sur les murs des immeubles de la localité » : « Thorez au pouvoir, Vive l’URSS, À bas Laval, etc. », afin de marquer la journée revendicative. Julien Massé y a participé « en traçant au goudron des inscriptions communistes sur les murs de clôture du stade municipal » (un registre de Voves n’évoque qu’un « flagrant délit de collage de papillons » ). Inculpés d’infraction au décret-loi du 26-9-1939, onze jeunes sont conduits au Dépôt et déférés au Parquet de la Seine. Le 3 mai, Julien Massé est écroué à la Maison d’arrêt de la Santé (Paris 14e).

Tous les mardis, il y pris en charge par un visiteur de prison, conseiller honoraire à la Cour d’Appel, âgé de 80 ans, qui se donne pour mission de le convaincre qu’il « devrait expier la faute affreuse qu’il avait commise par inexpérience et que, en brave garçon, il devait reconnaître ses torts et redevenir un bon français ».

Le 23 janvier 1942, la Section spéciale de la Cour d’appel de Paris le condamne à treize mois de prison et cent francs d’amende. Il est transféré à l’établissement pénitentiaire de Fresnes (94), où un autre visiteur de prison prend le relais. Le 25 février, à l’expiration de sa peine, largement accomplie en détention préventive, il n’est pas libéré, étant « consigné PP pour AA », c’est-à-dire interné dans la grande salle du dépôt de la préfecture de police, la Conciergerie, sous le Palais de Justice, à la disposition des autorités allemandes, en exécution de la note allemande du 15 septembre 1941 du général Schaumburg, commandant des forces militaires en France.

Le 26 mars, le préfet de police de Paris signe l’arrêté ordonnant son internement administratif en application du décret du 18 novembre 1939, en même temps que celui de Jean Hernando.

Le même jour, son premier visiteur de prison écrit au directeur du Dépôt pour demander que son protégé ne soit pas transféré : « Je demande qu’on écrase pas cette mèche qui a encore une étincelle et peut revenir à la Lumière. Qu’on le surveille, soit, mais qu’on ne le désespère pas ! »

Le 16 avril, Julien Massé et Jean Hernando sont transférés au “centre de séjour surveillé” de Voves, à vingt kilomètres au sud-est de Chartres (Eure-et-Loir) ; Julien Massé y est enregistré sous le matricule 83.

Le 10 mai, il fait partie des 81 détenus remis aux autorités d’occupation à la demande de celles-ci et transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin, Julien Massé est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet, Julien Massé est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) ; peut-être sous le numéro 45857, selon les listes reconstituées (la photo du détenu portant ce matricule n’a pas été retrouvée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit. Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Julien Massé.

Il meurt à Auschwitz le 3 octobre 1942, selon l’acte de décès établi par l’administration SS du camp (Sterbebücher) ; il a 21 ans.

(aucun des treize “45000” de Vitry n’est revenu).

En novembre 1945, François Massé est convoqué comme témoin dans la procédure d’épuration visant un des inspecteurs ayant arrêté son fils.

Le 18 novembre 1949, le décès de Julien Massé est transcrit sur les registres d’état civil de la mairie de Vitry, avec la mention “Mort pour la France”.

La mention “mort en déportation” est portée sur ses actes de décès (J.O. du 11-01-1995).

Son nom est inscrit sur le monument « À la mémoire de Vitriotes et des Vitriots exterminés dans les camps nazis » situé place des Martyrs de la Déportation à Vitry ; deuxième nom de la colonne de droite.

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Une plaque dédiée aux “45000” vitriots a été apposée
au dos du monument. Elle est parfois masquée par la végétation.
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La plaque apposée pour le 50e anniversaire de la libération
des camps (avril 1995).

Sources :

- 1939-1945, La Résistance à Vitry, Ville de Vitry-sur-Seine, 1992, page 19.
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 390 et 413.
- Archives communales de Vitry-sur-Seine : listes de recensement de 1936.
- Musée de la Résistance Nationale, Champigny-sur-Marne : fiche de police de Julien Massé au commissariat de circonscription d’Ivry-sur-Seine.
- Archives de la préfecture de police (Seine / Paris), site du Pré-Saint-Gervais : dossier individuel des renseignements généraux (77 W 1649-78624).
- Comité du souvenir du camp de Voves : liste établie à partir des registres du camp conservés aux Archives départementales d’Eure-et-Loir.
- Archives départementales du Val-de-Marne, Créteil : Maison d’arrêt de Fresnes, détenus libérés du 21 au 31 janvier 1942 (511w 30).
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 3, page 787 (34416/1942).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 25-05-2018)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP (Fédération Nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes) qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).