Julien Jurion naît le 25 mai 1895 à Renwez (Ardennes – 08), fils d’Émile Jurion et d’Odile Martin.

De la classe 1915, Julien Jurion n’est pas recensé « en temps utile par suite d’un cas de force majeure » (occupation du département par l’armée allemande ?). Le 16 mai 1919, il est incorporé au 72e régiment d’infanterie comme soldat de 2e classe afin d’accomplir son service militaire. Mais, dès le 24 août suivant, il est mis en congé illimité de démobilisation.

En août 1919, il habite au Bout de la Ville, à Renwez.

Renwez. La mairie, la halle et l’église. Carte postale. Coll. Mémoire Vive.

Au moment de son arrestation, il est domicilié à Renwez ; son adresse reste à préciser. En octobre 1923, il est père de trois enfants. Il en aura six en 1939.

Pendant un temps, il est scieur sur bois.

Le 24 septembre 1938, lors de la crise des Sudètes débouchant sur les accords de Munich livrant la Tchécoslovaquie à Hitler, Julien Jurion est rappelé à l’activité militaire et affecté au 24e régiment de travailleurs. Il est renvoyé dans ses foyers le 3 octobre.Il est alors secrétaire de la cellule communiste de Renwez.

Le 27 août 1939, il est de nouveau mobilisé et incorporé au 23e R.T. Mais il est renvoyé dans ses foyers le 30 octobre, sans affectation et dégagé de toutes obligations militaires, comme père de famille nombreuse.

Le 19 octobre 1941, il est arrêté par la Feldgendarmerie lors d’une vague d’arrestations contre des membres présumés du Parti communiste clandestin. Avec d’autres détenus, il est conduit à la prison de Charleville et enfermé dans une cellule individuelle.

JPEG - 102.3 ko
Charleville.
Le Palais de Justice et la Maison d’arrêt, place Carnot.
Carte postale oblitérée en 1913. Coll. Mémoire Vive

Le 22 octobre à l’aube, il est parmi les sept détenus – dont Ernest Tréseux, de Sedan – conduits à la gare pour monter dans un wagon réservé. Le jour-même à 12 heures, ils arrivent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, Julien Jurion est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

JPEG - 128.9 ko

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Julien Jurion est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) ; peut-être sous le numéro 45701 selon les listes reconstituées (la photo du détenu portant ce matricule n’a pas été retrouvée).

JPEG - 77.1 ko
Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz.
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage publié à ce jour ne permet de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Julien Jurion.

Il meurt à Auschwitz le 29 octobre 1942, d’après l’acte de décès établi par l’administration SS du camp [1].

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. n° 245 du 21-10-1994).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 127 et 128, 360 et 408.
- Archives départementales des Ardennes (AD 08), site internet du Conseil général, archives en ligne ; registre matricule du recrutement militaire, bureau de Mézières, classe 1915 (cote 1 R 286 – n° 999-1100), matricule 1035 (vues 67-68/182).
- Archives départementales de l’Aisne (AD 02), Laon, dossiers du commissariat régional aux Renseignements généraux, partis politiques des départements voisins : Ardennes, Somme et Oise (cote 970w58).
- P. Lecler, Le mémorial de Berthaucourt, martyrologe de la Résistance ardennaise, citant : une lettre de Jules Ruchot à Henri Manceau (11-01-1954) ; Archives départementales des Ardennes (« Cabinet du préfet, dossiers des personnes arrêtées par les autorités allemandes ») 1W42-55.
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 523 (38075/1942).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 18-03-2015)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous dispose (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Différence de date de décès avec celle inscrite sur les actes d’état civil : Dans les années qui ont suivi la guerre, devant l’impossibilité d’obtenir des dates précises de décès des déportés, mais soucieux d’établir les documents administratifs nécessaires pour le versement des pensions aux familles, les services français d’état civil – dont un représentant officiait au ministère des Anciens combattants en se fondant sur diverses sources, parmi lesquelles le témoignage approximatif des rescapés – ont très souvent fixé des dates fictives : le 1er, le 15, le 30, le 31 du mois, voire le jour (et le lieu !) du départ.

Concernant Julien Jurion, c’est effectivement le 6 juillet 1942 « en Allemagne » qui a été retenu pour certifier son décès.

Leur inscription sur les registres d’état civil rendant ces dates officielles, certaines ont quelquefois été gravées sur les monuments aux morts.