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Jules, Eugène, Mettay naît le 28 décembre 1897 à Petit-Quevilly, à l’ouest de Rouen, dans la boucle de la Seine (Seine-Maritime [1] – 76), au domicile de ses parents, Édouard Mettay, 37 ans, employé de magasin, et Augustine Toutain, son épouse, 36 ans, demeurant au 15, boulevard Saint-Julien.

Jules Mettay commence à travailler comme tapissier.

Le 10 janvier 1916, il est incorporé comme soldat de 2e classe au 24e régiment d’infanterie.

Le 28 février 1918, son unité rejoint l’Armée d’Orient. Le 6 mars suivant, Jules Mettay passe au 5e régiment d’infanterie coloniale, puis, le 29 juillet, au 6e bataillon d’infanterie coloniale du Maroc. Le 15 octobre 1918, il est cité à l’ordre de la division : « s’est jeté sur l’adversaire à la tête d’un groupe de grenadiers qu’il entraînait par son exemple ; a livré un combat acharné qui a contribué largement à nous rendre maîtres d’une position que l’ennemi avait l’ordre de tenir à tout prix ». Cette action lui vaut la Croix de guerre. Une autre fois, il est cité à l’ordre du régiment : « Soldat d’une grande bravoure, se trouvant en tête d’une patrouille, a, malgré le tir de l’ennemi, continué à couper les fils de fer qui devaient livrer passage à sa patouille ». Le 29 septembre 1919, il est « renvoyé en congé illimité », titulaire d’un certificat de bonne conduite.

En avril 1923, il est domicilié au 6, place Rouville, à Lyon 1er (Rhône).

Le 21 janvier 1929, à Petit-Quevilly, il se marie avec Armandine Wairy. Ils auront quatre enfants, dont Julien, né le 8 aout 1924.

En août de la même année, il habite au 47, rue Saint-Jacques, à Dieppe (76)

Il est ouvrier dans une usine de produits chimiques de Dieppe (selon le Maitron) ; ouvrier huilier, selon la police ; probablement aux Établissements Robbe frères (usine).

Membre du Parti communiste, il est secrétaire du Syndicat des Produits Chimiques de Dieppe.

Le 2 septembre 1939, rappelé par le décret de mobilisation générale, il est d’abord maintenu dans son emploi (en novembre, il demeure au 43, rue Saint-Jacques, à Dieppe). Le 4 novembre, il est rayé de l’affectation spéciale et affecté au dépôt d’infanterie n° 32, parce que coupable d’infraction au décret du 26 décembre 1936 (avec circonstances atténuantes). Le 11 novembre, il est affecté au 21e R. Ral (régiment régional ?), 3e compagnie. Le 19 décembre, il est renvoyé dans ses foyers.

Dans la clandestinité, il appartient au réseau Libération Nord.

Le 21 octobre 1941, il est arrêté lors de la grande rafle de Rouen et de sa banlieue [2].

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Rouen. La caserne Hatry dans les années 1920.
Collection Mémoire Vive. Droits réservés

Il est interné à la caserne Hatry de Rouen, puis transféré le 30 octobre au camp allemand de Royallieu à Compiègne [3] (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, Jules Mettay est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande, en application d’un ordre de Hitler.

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne, sur la commune de Margny, et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

transportaquarelle

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Jules Mettay est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45873. Sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire – au cours duquel Jules Mettay se déclare sans religion (« Glaubenslos ») -, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Il entre au Revier [4] d’Auschwitz le 20 août 1942 et y meurt le 28, d’après les registres du camp.

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Stèle en hommage aux Déportés apposée sur le monument
aux morts de Petit Quevilly situé dans le cimetière communal.
Photo Mémoire Vive. D.R.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 376 et 413.
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” de Haute-Normandie réalisée à Rouen en 2000, citant : liste établie par Louis Jouvin (45697), du Grand-Quevilly – Liste établie par la CGT, p. 8 – Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen : avis de décès.
- Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, sous la direction de Jean Maitron, tome 36, p. 297.
- Louis Eudier (45523), listes à la fin de son livre Notre combat de classe et de patriotes (1939-1945), imprimerie Duboc, Le Havre, sans date (2-1973 ?).
- Archives départementales de la Seine-Maritime (AD 76), site internet du conseil général, archives en ligne, registre des naissances de Petit-Quevilly, année 1897 (4E 13785), acte n° 386 (vue 189/212) ; registre matricule du recrutement militaire, bureau de Rouen, classe 1917 (1 R 3442), matricule 1882.
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 3, page 802 (25596/1942).
- Marylin Mettay, sa petite-fille (message 10-2017).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 8-10-2017)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Seine-Maritime : département dénommé “Seine-Inférieure” jusqu’en janvier 1955.

[2] Le “brûlot de Rouen” et la rafle d’octobre 1941 : L’arrestation massive de plusieurs dizaines (*) de militants politiques et syndicaux – ou soupçonnés tels – dans un large périmètre autour de Rouen a suivi de peu le déraillement d’un train de matériel militaire allemand sur la ligne Rouen-Le Havre, dans le tunnel de Pavilly, à 1500 m de la gare de Malaunay, le 19 octobre 1941 ; ce sabotage étant l’un des objectifs visés par le “brûlot” de Rouen (groupe mobile de la résistance communiste). Néanmoins, les fiches d’otages des “45000” appréhendés dans cette période mentionnent que ces arrestations mettaient en application un ordre du Commandant de la région militaire A, daté du 14 octobre 1941. Ainsi, entre le 17 et le 25 octobre, il y eut le même type de rafles de “communistes” dans sept autres départements de la zone occupée. Il est probable que ces arrestations aient été ordonnées pour assurer la saisie de communistes destinés à être placés sur les listes d’otages de cette région militaire. Tous les hommes appréhendés furent, en effet, remis aux allemands qui les transférèrent à Compiègne entre le 19 et le 30 octobre 1941. 44 des otages arrêtés ces jours-là dans le secteur de Rouen furent déportés dans le convoi du 6 juillet 1942. Beaucoup furent fusillés au titre de représailles dans les semaines qui suivirent.

(*) 150 selon “30 ans de luttes”, brochure éditée en 1964 par la fédération du Parti Communiste de Seine-Maritime.

[3] Sous contrôle militaire allemand, le camp de Royallieu a d’abord été un camp de prisonniers de guerre (Frontstalag 122), puis, après l’invasion de l’URSS, un « camp de concentration permanent pour éléments ennemis actifs ». À partir de septembre 1941, on y prélève – comme dans les autres camps et prisons de zone occupée – des otages à fusiller. À partir du 12 décembre 1941, un secteur du sous-camp “C” est réservé aux Juifs destinés à être déportés à titre de représailles. Le camp des Juifs est supprimé le 6 juillet 1942, après le départ de la plupart de ses internés dans le convoi transportant les otages communistes vers Auschwitz. Les derniers détenus juifs sont transférés au camp de Drancy (Seine-Saint-Denis – 93).

[4] Revier , selon Charlotte Delbo : « abréviation de Krakenrevier, quartier des malades dans une enceinte militaire. Nous ne traduisons pas ce mot que les Français prononçaient révir, car ce n’est ni hôpital, ni ambulance, ni infirmerie. C’est un lieu infect où les malades pourrissaient sur trois étages. ». In Le convoi du 24 janvier, Les Éditions de Minuit, 1967, p. 24. Le terme officiel est pourtant “hôpital” ; en allemand Häftlingskrakenbau (HKB), hôpital des détenus ou Krakenbau (KB). Dans Si c’est un Homme, Primo Lévi utilise l’abréviation “KB”.