Jules Huon naît le 20 janvier 1890 à Reims (Marne – 51), au domicile de ses parents, Paul Huon, 28 ans, tisseur, et Françoise Devise, son épouse, 26 ans, tisseuse, demeurant au 8, rue de Contrai ; un des deuxtémoins pour l’enregistrement à l’état-civil est Jules, Jean-Baptiste, Huon, 30 ans, matelassier.

De la classe 1910, il effectue deux ans et vingt-huit jours de service militaire.

Le 15 avril 1911 à Reims, Jules Huon épouse Marie, Gabrielle, Gary, née à Saint-Denis (Hauts-de-Seine) le 17 décembre 1891. Ils ont deux enfants, nés à Reims, Paulette, le 25 août 1910, et Renée, le 5 juin 1913.

Mobilisé dès le 1er août 1914, lors de la première guerre mondiale, Jules Huon combat notamment à Verdun et rentre dans ses foyers le 22 juillet 1919. Blessé à deux reprises, il est titulaire de la Croix de guerre, de la Médaille militaire, faisant l’objet de deux citations.

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Jules Huon vers 1919.

Entre les deux guerres, Jules Huon est marchand de fruits sur les marchés de la ville (« commerçant »).

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Reims, les “nouvelles halles”, halles centrales du Bouligrin, 
ouvertes au public en octobre 1929, fermées fin août 1988, 
classées Monument Historique le 9 janvier 1990. 
Carte postale (recadrée). Collection Mémoire Vive.

Jules Huon est militant de l’Association républicaine des anciens combattants (ARAC) et sympathisant communiste.

Il est domicilié au 17, route de Betheny au Petit-Bétheny, quartier nord de Reims.

En 1939, il est mobilisé pendant deux mois.

Le 4 décembre 1940, à la suite d’une distribution de tracts, la police française effectue une perquisition à son domicile au cours de laquelle sont saisis des tracts des Jeunesses communistes clandestines, « À bas les camps de travail », et des exemplaires de La Champagne ouvrière et paysanne, organe local du PC qui deviendra La Champagne en novembre 1941. Le 23 décembre, le tribunal correctionnel de Reims le condamne à huit mois d’emprisonnement pour infraction au décret du 26 septembre 1939 (« activité communiste »). Le 14 (ou le 18) janvier 1941, il est transféré à la Maison d’arrêt de la Santé (Paris 14e). Le 3 février, sa peine est ramenée à six mois par décision de la cour d’appel de Paris. Le 20 avril suivant, à l’expiration de sa peine, il est libéré.

C’est probablement alors que Jules Huon emménage avec son épouse au 11, rue du fossé Briotin à Reims.

Le 25 février 1942, une manifestation de ménagères réclamant du pain est organisée sur la place de l’Hôtel de ville de Reims et devant la sous-préfecture.

Le lendemain, 26 février, Jules Huon est arrêté par quatre Feldgendarmes, pris comme otage à la suite d’attentats commis contre les troupes d’occupation à Chalon-sur-Saône et Montceau-les-Mines. Appréhendé en même temps que Marcel Gauthier, René Manceau, Félix Reillon, Maurice Roussel, Henri Roy et Roland Soyeux – tous suspectés d’activité communiste clandestine et futurs compagnons de déportation -, Jules Huon est conduit à la Maison d’arrêt de Reims, boulevard Robespierre, où il reste quelques jours, puis à la prison de Châlons-sur-Marne.

Le 8 mars, il est transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), Frontstalag 122 -Polizeihaftlager.

Le 11 mars, le préfet de la Marne semble intervenir en sa faveur auprès des autorités d’occupation, mais se heurte à une fin de non-recevoir.

Le 5 avril 1942, Jules Huon écrit une lettre à sa famille dans laquelle il signale la présence à ses côtés de René Manceau.

Entre fin avril et fin juin 1942, Jules Huon est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30. Comme la plupart de ses camarades, Jules Huon jette depuis le convoi un message qui parviendra à ses proches par l’intermédiaire d’un cheminot qui l’a trouvé sur les voies : « Nous allons en Allemagne pour travailler – je crois en Silésie – nous ne savons pas dans quelles conditions […]. Sois courageuse […], je reviendrai. »

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Jules Huon est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45675 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée et identifiée [1]).

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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oswiecim, Pologne. 
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartisdans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différentsKommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Jules Huon. Néanmoins, André Montagne, rescapé du convoi, estime qu’il a disparu à Birkenau.

Jules Huon meurt à Auschwitz le 30 septembre 1942, d’après l’acte de décès établi par l’administration SSdu camp.

Le 29 mars 1943, son épouse écrit au maréchal Pétain, chef de l’État français, pour demander sa grâce : « Je suis moi-même malade et voudrais bien revoir mon pauvre cher mari avant de mourir… ».

À la suite d’une démarche de Renée Gravelet (lien de parenté ?), qui engage une demande d’information sur la situation de Jules Huon, celle-ci parvient à l’agence centrale des prisonniers de guerre du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), basé à Genève (Suisse). Le 21 mai 1943, l’organisation transmet cette demande sa “filiale” germanique. Le 7 octobre, la Croix-Rouge allemande s’adresse à son tour au Bureau central de sécurité du Reich (la « Gestapo ») à Berlin. Le 28 octobre, la police répond à la Croix-Rouge allemande en utilisant un formulaire sur lequel il suffit de rayer la mention inutile : « b) pour des raisons de police d’État, aucun renseignement ne peut être donné sur son lieu de séjour ni sur son état de santé. » On ne sait pas si cet avis a été transmis à Madame HGravelet ou à Marie Huon.

Le 26 avril 1946, La Marne ouvrière, organe de l’Union départementale CGT de la Marne, contient un article consacré à Jules Huon dans lequel il est écrit que celui-ci a été arrêté parce que les Allemands le soupçonnaient d’avoir organisé la manifestation des femmes du 25 février 1942.

Le 3 mai 1946, Guy Lecrux, Rémois rescapé du convoi, atteste de la disparition de Jules Huon à Auschwitz-Birkenau, qu’il estime avoir eu lieu avant le mois de novembre 1942. Le 14 mai, André Montagne, autre rescapé, signe une attestation dans laquelle il déclare : « Je puis me porter garant qu’il y est décédé, car, sans pouvoir préciser la date de sa mort, je puis affirmer que Huon Jules ne figurait pas le 13 août 1943 parmi les survivants de notre convoi [rassemblés en “quarantaine”]. Son décès est donc antérieur à cette date ».

En avril 1947, suite à une demande officielle déposée par Madame Huon, la mention « mort pour la France » est apposée en marge des actes d’état civil de Jules Huon.

Le 7 décembre 1949, Le secrétaire d’État aux forces armées, sur proposition de la Commission nationale d’homologation, prononce l’homologation de Jules Huon au grade de sergent au titre de la Résistance intérieure française (RIF).

Le 13 février 1962, Marie Huon signe un formulaire de demande d’attribution du titre de déporté résistant au nom de son mari. Le 25 septembre 1962, la Commission départementale des déportés et internés politiques émet un avis défavorable, « l’intéressé n’ayant pas été arrêté pour un motif qualifié de résistance, mais à la suite d’une manifestation », suivi par la commission nationale le 17 janvier… 1969. Le 6 mai suivant, la demande du titre de déporté résistant est rejetée par le ministère des Anciens combattants et Victimes de guerre et, le 14 décembre, le chef du bureau des fichiers et de l’état-civil déporté envoie une carte de déporté politique délivrée à « Madame Veuve Huon » (n° 1157.1019).

Une plaque commémorative a été apposée à l’emplacement de son domicile (11, rue du Fossé-Briotin ?) : « …Jules HUON, patriote, mort en déportation en Allemagne… ». Son nom est inscrit sur le monument aux martyrs de la résistance et de la déportation, situé sur les Hautes Promenades à Reims. La mention “Mort en déportation” est portée sur les actes de décès (arrêté 10-08-1992 – J.O. n° 226).

Sources :

- Jocelyne et Jean-Pierre Husson, site Scéren, Histoire et mémoires des deux guerres mondiales
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 14, 366 et 408. 
- Archives départementales de la Marne (AD 51), site internet, archives en ligne, registre des naissances de Reims, année 1890, cote 2 E 534/308, vue 47/409, acte n° 171. 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 480 (33716/1942). 
- Site internet Mémorial GenWeb, relevé de Claude Richard (2006). 
- Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen, dossier de Jules Huon (cote 21 p 466 637), recherches de Ginette Petiot (message 05-2013).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 29-05-2012)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Sa photographie d’immatriculation à Auschwitz a été reconnue par des rescapés lors de la séance d’identification organisée à l’Amicale d’Auschwitz le 10 avril 1948 (bulletin Après Auschwitz, n°21 de mai-juin 1948).