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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz.
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Joseph Tortora naît le 20 mars 1896 à La Calle, près de Constantine (Algérie, alors département français), fils de Luigi, Vincent, Tortora, 33 ans, natif de Gaeta (Italie), jardinier, et de Marie Farella, son épouse, 27 ans, native de Resina (Italie). Joseph a – au moins – une sœur plus âgée : Costanza, née le 16 février 1891.

Considérant son âge, Joseph Tortora devrait avoir été mobilisé au cours de la guerre 1914-1918 (à vérifier…).

En 1932, il est inscrit sur les listes électorales de Clichy-la-Garenne [1] (Hauts-de-Seine – 92), domicilié au 5 bis rue des Écoles en 1933. En 1934 et 1936 (liste électorale), il habite au 20, rue Villeneuve. En 1939 et jusqu’au moment de son arrestation, il est domicilié au 27, villa Émile. Il vit maritalement avec Lucie K.

Joseph Tortora est ouvrier du Bâtiment, charpentier-tôlier, charpentier-mécanicien chez Mareuil.

C’est un militant communiste.

Le 28 ou 30 novembre 1940, à Clichy, Joseph Tortora est arrêté en flagrant délit par la police française alors qu’il affiche des tracts « à tendance communiste, en compagnie d’un autre individu qui n’a pu être retrouvé ». Inculpé d’infraction au décret du 26 septembre 1939 (« reconstitution de ligue dissoute »,distribution de tracts), il est probablement écroué en détention préventive à la Maison d’arrêt de la Santé (Paris 14e).

dco 1975

Le 3 décembre 1940, il comparaît – seul – devant la 12e chambre duTribunal correctionnel de la Seine qui le condamne à six mois d’emprisonnement. Il est transféré à la Maison d’arrêt de Fresnes [1] (Val-de-Marne – 94).

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La maison d’arrêt de Fresnes après guerre.
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Probablement à la suite d’une décision de la Cour d’appel de Paris confirmant ou aggravant sa condamnation, Joseph Tortora est transféré à la Maison centrale de Poissy (Yvelines – 78).

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Au deuxième plan, la Maison centrale de Poissy vers 1916.
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

À l’expiration de sa peine, étant considéré par les Renseignements généraux comme un « meneur des plus actifs » il n’est pas libéré.

Le 16 mai, le préfet de Seine-et-Oise écrit au secrétaire général pour la police (police d’État) afin de l’avertir que six détenus de Poissy sont prochainement libérables, lui demandant d’« inviter [ses] services à assurer leur transfert à Aincourt le jour de leur sortie de la Maison Centrale, en leur notifiant la mesure qui les frappe. »

Le 23 mai 1941, jour de la libération de Joseph Tortora, le préfet de police (de Paris) signe l’arrêté ordonnant son internement administratif (renouvelé le 22 septembre ?). Joseph Tortora est conduit le jour-même au “centre de séjour surveillé” (CSS) d’Aincourt (Val-d’Oise – 95), créé au début du mois d’octobre 1940 dans les bâtiments réquisitionnés d’un sanatorium isolé en forêt.

Sanatorium d’Aincourt. Tel qu’il est photographié, le pavillon Adrien Bonnefoy Sibour ne laisse pas entrevoir la grande forêt qui l’entoure et l’isole de la campagne environnante

Sanatorium d’Aincourt. Tel qu’il est photographié, le pavillon Adrien Bonnefoy Sibour ne laisse pas entrevoir la grande forêt qui l’entoure et l’isole de la campagne environnante

Le 26 avril 1942, il fait partie d’un groupe de 93 détenus enregistrés au camp français (CSS) de Voves (Eure-et-Loir – 28), où il est inscrit sous le matricule n° 260.

Le 10 mai 1942, il est parmi les 81 internés (dont 70 futurs “45000”) « remis aux mains des autorités d’occupation » à la demande de celles-ci et transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager) ; matricule 5718.

Entre fin avril et fin juin 1942, Joseph Tortora est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Les deux wagons à bestiaux
du Mémorial de Margny-les-Compiègne,
installés sur une voie de la gare de marchandise
d’où sont partis les convois de déportation. Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Joseph Tortora est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 46151 (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).

Il meurt à Auschwitz le 20 novembre 1942, d’après les registres du camp.

Déclaré “Mort pour la France” (25-05-1948), il est homologué comme “Déporté politique” (30-06-1959). La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. n°2 du 3-01-2001).

Après la guerre, une cellule du PCF de Clichy a pris son nom, associé à celui de son frère Raymond.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 381 et 421.
- Cl. Cardon-Hamet, notice réalisée pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” du nord des Hauts-de-Seine, citant : témoignage de René Petitjean, de Clichy.
- Archives nationales d’Outre-mer, site internet, registre des naissances de La Calle, département de Constantine, année 1896, acte de naissance n° 32 du 21 mars.
- Archives nationales, correspondance de la Chancellerie sur des procès pour propagande et activité communistes, BB18 7035, cote 2BL 2062.
- Archives de la préfecture de police de Paris, cartons “Occupation allemande” : BA 2397 (liste des internés communistes, 1939-1941).
- Archives départementales des Yvelines (AD 78), Montigny-le-Bretonneux, centre de séjour surveillé d’Aincourt ; cotes 1W76, doc 1W80.
- Comité du souvenir du camp de Voves, liste établie à partir des registres du camp conservés aux Archives départementales d’Eure-et-Loir.
- Archives communales de Clichy, fiche de la section locale de la FNDIRP.

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 25-09-2012)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Clichy-la-Garenne et Fresnes : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, ces communes font partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).