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Auschwitz, le 8 juillet 1942. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oswiecim, Pologne. 
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Jean (dit « Jeannot » ?), Louis, Tarnus, né le 7 mai 1914 à Bouligny, 35 km au nord-est de Verdun (Meuse – 55).

Au moment de son arrestation, il est domicilié au Café du Peuple, rue d’Éton, à Dommary-Baroncourt (55), à trois kilomètres de son lieu de naissance, à l’ouest du bassin minier (fer) de Landres qui se prolonge en Meurthe-et-Moselle. Jean Tarnus est marié et a plusieurs enfants.

Il est mineur de fer.

C’est un militant communiste.

Jean Tarnus est arrêté entre le 22 et le 24 juin 1941, dans le cadre de l’Aktion Theoderic [1], parmi 34 militants communistes de la Meuse dont neuf futurs “45000”, et interné dans les jours suivants au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), Frontstalag 122 – Polizeihaftlager (il s’y trouve le 31 décembre 1941).

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Le quartier “A” de la caserne de Royallieu à Compiègne, 
futur “camp des communistes” du Frontstalag 122 ; 
à droite, sont visibles les bâtiments A4, A5, A6, A7 et A8. 
Carte postale des années 1930. Collection Mémoire Vive.

Il fait partie des militants que Georges Cogniot, doyen du camp pour l’administration du camp – et dirigeant de l’organisation communiste clandestine -, fait affecter aux cuisines pour garantir une distribution équitable de la nourriture ; il est dans l’équipe chargée de convoyer le pain, la margarine et la viande.

En juin 1942, quand s’organise l’évasion collective par le tunnel [2], Louis Eudier, chargé de la sécurité du projet, demande à Jean Tarnus de différer l’évasion individuelle à laquelle celui-ci se prépare. Selon les témoignages, il est un des mineurs de fer qui participe au creusement du tunnel.

Entre fin avril et fin juin 1942, Jean Tarnus est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Jean Tarnus est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 46129 (ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés aux travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Jean Tarnus est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir.

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Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ». 
« Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre » 
Carte postale. Collection mémoire Vive.

Affecté au grand Kommando de la serrurerie (Schlosserei), dans les ateliers du camp – comme un certain nombre de “45000”, dont Raymond Montégut, Robert Lambotte, Auguste Taillade, Lucien Penner… – Jean Tarnus a la chance d’être bien vu de son chef d’atelier (Vorarbeiter).

Plus tard, il est affecté à la buanderie avec Roger Demerseman, ce qui leur permet d’organiser une solidarité “vestimentaire”, notamment avec les femmes “31000”.

En juillet 1943, la plupart des détenus “politiques” français d’Auschwitz (essentiellement des “45000”) reçoivent l’autorisation d’écrire – en allemand et sous la censure – à leur famille et d’annoncer qu’ils peuvent recevoir des colis (à vérifier concernant Jean Tarnus…).

À la mi-août 1943, celui-ci est parmi les “politiques” français rassemblés (entre 120 et 140) au premier étage du Block 11 – la prison du camp – pour une “quarantaine”. Exemptés de travail et d’appel extérieur, les “45000” sont témoins indirects des exécutions massives de résistants, d’otages polonais et tchèques et de détenus du camp au fond de la cour fermée séparant les Blocks 10 et 11.

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Auschwitz-I. La cour séparant le Block 10 – où se pratiquaient 
les expérimentations “médicales” sur les femmes détenues – 
et le Block 11, à droite, la prison du camp, avec le 1er étage 
de la “quarantaine”. Au fond, le mur des fusillés. 
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Le 12 décembre 1943, à la suite de la visite d’inspection du nouveau commandant du camp, le SS-Obersturmbannführer Arthur Liebehenschel, – qui découvre leur présence – et après quatre mois de ce régime qui leur a permis de retrouver quelques forces, ils sont pour la plupart renvoyés dans leurs Blockset Kommandos d’origine.

Le 3 août 1944, Jean Tarnus est parmi les trois-quarts des “45000” présents à Auschwitz qui sont de nouveau placés en “quarantaine” en préalable à un transfert.

Le 28 août 1944, il est dans le petit groupe de trente-et-un détenus dont vingt-neuf “45000” transférés auKL [3] Flossenbürg (Haut-Palatinat bavarois, proche de la frontière tchèque) et enregistrés dans ce camp le 31 août (matr. 19881).

On ignore le trajet suivi ensuite par Jean Tarnus, mais il est libéré et rapatrié.

Fernand Devaux le retrouve régulièrement à la Fête de L’Humanité.

Après sa retraite (à vérifier…), Jean Tarnus s’installe en Ardèche.

Il décède le 14 août 1981.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 182, 214, 346 à 348, 359, 369 et 421. 
- Archives départementales de la Côte-d’Or, Dijon (cote 1630, article 252). 
- Louis Eudier (45523), Notre combat de classe et de patriotes, 1934-1945, imprimerie Duboc, Le Havre, sans date, pages 84 et 85, 90. 
- Mémorial de la Shoah, Paris, site internet, archives du CDJC ; doc. IV-198.

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 26-02-2011)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous dispose (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] L’ “Aktion Theoderich :

L’attaque de l’Union soviétique, le 22 juin 1941, se fait au nom de la lutte contre le “judéo-bolchevisme”. Dès mai 1941, une directive du Haut-commandement de la Wehrmacht pour la “conduite des troupes” sur le front de l’Est défini le bolchevisme comme « l’ennemi mortel de la nation national-socialiste allemande. C’est contre cette idéologie destructrice et contre ses adeptes que l’Allemagne engage la guerre. Ce combat exige des mesures énergiques et impitoyables contre les agitateurs bolcheviks, les francs-tireurs, les saboteurs et les Juifs, et l’élimination allemande de toute résistance active ou passive. » Hitler est résolu à écraser par la terreur – à l’Ouest comme à l’Est – toute opposition qui viendrait entraver son effort de guerre.

Le jour même de l’attaque contre l’Union soviétique, des mesures préventives sont prises dans les pays occupés contre les militants communistes – perquisitions à leur domicile et arrestations – et des ordres sont donnés pour punir avec la plus extrême sévérité toute manifestation d’hostilité à la puissance occupante. En France, dans la zone occupée, au cours d’une opération désignée sous le nom de code d’Aktion Theoderich, plus de mille communistes sont arrêtés par les forces allemandes et la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne, créé à cette occasion pour la détention des « ennemis actifs du Reich » sous l’administration de la Wehrmacht.

Au total, 1300 hommes y seront internés à la suite de cette action. 131 d’entre eux, arrêtés entre le 21 et le 30 juin, font partie de ceux qui seront déportés dans le convoi du 6 juillet 1942.

[2] Ce tunnel a permis l’évasion de 19 militants syndicalistes (dont Georges Cogniot et André Tollet) dans la nuit du 21 au 22 juin 1942, peu avant le départ du convoi d’otages du 6 juillet.

[3] KL  : abréviation de Konzentrationslager (camp de concentration). Certains historiens utilisent l’abréviation “KZ”.