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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oświęcim, Pologne. 
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Jean, Pierre, Reich naît le 1er mai 1911 à Arcueil [1] (Val-de-Marne – 94), de Jean-Pierre Reich et de Madeleine Oswald.

Au moment de son arrestation, il est domicilié au 25, rue du Midi à Arcueil.

À une date restant à préciser, Jean Reich se marie avec à Annette Marle ; ils n’ont pas d’enfant.

Jean Reich est régleur (AM) aux établissements Renault.

Il est membre de la cellule du Parti communiste de l’usine et participe activement aux grèves de 1938. C’est peut-être parce qu’il en a été licencié qu’il est déclaré comme cimentier au moment de son arrestation.

Le 8 novembre 1941, Jean Reich est arrêté comme « Militant communiste actif. Impliqué dans une importante affaire de propagande (procédure d’urgence) ». Inculpé pour infraction au décret du 26-09-1939, il est certainement écroué en détention préventive avant son jugement.

Mis en liberté provisoire le 20 mars 1942, il est en fait interné administrativement dès le lendemain par arrêté du préfet de police de Paris, puis conduit au dépôt de la préfecture (Conciergerie, sous-sol duPalais de Justice, île de la Cité).

Le 16 avril, il est transféré au “centre de séjour surveillé” (CSS) de Voves (Eure-et-Loir – 28) avec plusieurs dizaines de détenus, dont une quarantaine qui seront plus tard déportés avec lui. Il a le matricule 76.

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Entrée du camp de Voves. 
Date inconnue, probablement après mars 1943.

Le 10 mai, il fait partie des 81 détenus remis aux autorités d’occupation à la demande de celles-ci et transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht(Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

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La caserne de Royallieu après-guerre. Les huit premiers 
bâtiments alignés à gauche sont ceux du quartier “A”, 
désigné pendant un temps comme le “camp des communistes”. 
À l’arrière plan, sur l’autre rive de l’Oise, 
l’usine qui fut la cible de plusieurs bombardements 
avec “dégâts collatéraux” sur le camp. 
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Entre fin avril et fin juin 1942, Jean Reich est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet, Jean Reich est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 46041 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied à Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire individualisé, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Jean Reich est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir.

Malade, il est admis au RevierLouis Eudier, du Havre, partage la même couchette que lui. Affamé, il énonce des menus extraordinaires. Pesant 40 kilos pour une taille d’1,85 m, Jean Reich est sélectionné pour la chambre à gaz [2] par un major SS. L’infirmier vient lui inscrire son numéro matricule sur la poitrine avec un crayon indélébile [3]. Très lucide, il dit au compagnon qui partage sa dernière nuit : « Je suis comme toi : j’ai joué la vie et j’ai perdu. »« Mon camarade, je te souhaite d’être sur la ligne d’arrivée de la Libération, pour expliquer toutes les tortures qu’ils nous ont faites. »

Jean-Pierre Reich meurt à Auschwitz le 14 février 1943, selon les registres du camp [4].

À Arcueil, son nom est inscrit sur la stèle des déportés parmi celles dressées en « hommage aux victimes de la seconde guerre mondiale (1939-1945) », place de la République, derrière le Centre Marius Sidobre (ancienne mairie).

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Photographies Mémoire Vive.
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REICH Jean est le quatrième nom en partant du bas de la stèle.

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 8-03-1997).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection Mémoires, 2005, pages 136, 387 et 418. 
- Louis Eudier (45523), “Notre combat de classe et de patriotes, 1934-1945”, imprimerie Duboc, Le Havre, sans date (1977 ?), pages 36 et 37. 
- Comité du souvenir du camp de Voves, liste établie à partir des archives départementales d’Eure-et-Loir. 
- Archives municipales d’Arcueil, recherches de Cécile Lizée. 
- Archives de la préfecture de police de Paris, cartons “Occupation allemande”. 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 3, page 992 (7673/1943).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 10-10-2011)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de laFédération Nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP) qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] Les chambres à gaz du centre de mise à mort situé à Birkenau fonctionnent principalement pour l’extermination des Juifs dans le cadre de la “Solution finale”, mais, jusqu’en mai 1943, elles servent également à éliminer des détenus, juifs ou non, considérés comme “inaptes au travail”. Les détenus d’Auschwitz-I sélectionnés montent dans des camions qui les conduisent à Birkenau. Quelquefois, ils attendent la mort au Block 7 de ce camp.

[3] Cela se passe avant que le tatouage systématique, ordonné le 22 février 1943 par la Kommandantur du camp, ait pu être appliqué à tous les détenus (Allemands et Autrichiens non-juifs en sont exemptés).

[4] L’officialisation de sa date de décès a été corrigée une première fois : J. O. n° 57 du 8 mars 1997, page 3684 : « … 01/07/1942 en Allemagne, et non le 26/06/1942 à Compiègne (Oise) ». Dans les années qui ont suivi la guerre – devant l’impossibilité d’obtenir des dates précises de décès des déportés, mais soucieux d’établir les documents administratifs nécessaires pour le versement des pensions aux familles – les services français d’état civil, par l’intermédiaire du Ministère des Anciens Combattants, ont très souvent fixé des dates fictives. La parution au J.O. rendant ces dates officielles, certaines ont même quelquefois été gravées sur les monuments aux morts.