Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz lors de l’évacuation du camp en janvier 1945. Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz
lors de l’évacuation du camp en janvier 1945.
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Jean, Frédéric, Edmond, Moniotte naît le 31 décembre 1921 à Creil (Oise), fils de de Léon, Joseph, Moniotte et de Blanche, Eugénie, Collin (née le 16-02-1889).

Du 15 novembre 1936 au 15 juin 1937, Jean Moniotte, âgé de seize ans, est employé dans la boulangerie-pâtisserie de Raymond Devynck, sise au 18, rue de l’Exploitation, à Paris 7e.

Au cours de l’année 1937, la famille vient habiter au 35, boulevard Voltaire à Asnières-sur-Seine [1] (Seine / Hauts-de-Seine – 92).

De juin 1938 à juin 1939, Jean Moniotte est employé chez un commerçant de Colombes (92), au 52 avenue d’Argenteuil.

Du 13 juillet 1939 au 1er novembre 1940, il travaille comme affuteur aux Constructions mécaniques d’Asnières (société Houvet-Roveda), sise au 4, rue du Potager à Asnières. Par la suite, il travaille peut-être aux Établissements Hotchkiss à Levallois-Perret (92).

Au moment de son arrestation, Jean Moniotte est domicilié chez ses parents. Il est célibataire. Selon la police, « « le milieu dans lequel il vit [n’est pas] empreint de l’esprit soviétique ».

Du 24 mars au 13 septembre 1941, sous l’Occupation, Jean Moniotte part travailler en Allemagne avec son père. Revenu en France lors d’une permission, il doit y retourner le 22 octobre, mais, sa mère étant gravement malade, il ajourne son départ. Dans cette période, il adhère au Parti communiste clandestin, commençant à distribuer des tracts. Un rapport ultérieur de police indiquera que, selon « son entourage », il doit « à l’insu de ses parents, avoir de mauvaises relations ».

Le 10 novembre 1941, sur le quai de Clichy, à l’angle du pont d’Asnières, il est arrêté par des agents du commissariat de Clichy en possession de 4000 tracts appelant à la résistance  – “Jeunes, tous à l’Étoile le 11 novembre” – « destinés à être diffusés n’importe où et à n’importe qui », dans la perspective de rééditer la manifestation des étudiants ayant eu lieu un an auparavant.

Au cours de son interrogatoire, Jean Moniotte, 19 ans, refuse « d’indiquer la provenance des écrits subversifs et toutes indications utiles sur l’individu qui lui aurait remis les tracts », et, en dépit des recherches menées par la brigade spéciale jusqu’au 25 novembre, la ou les personnes avec qui il était en relation au sein de l’organisation clandestine et qui, notamment, lui fournissaient le matériel de propagande ne peuvent être identifiées.

Ce flagrant délit d’infraction au décret du 26 septembre 1942 donne lieu à une instruction judiciaire, mais il entre également dans le cadre de la loi du 14 août 1941 créant les Sections spéciales. Par la suite, Jean Moniotte revient sur ses aveux et, le 9 décembre, un juge d’instruction du tribunal de première instance de la Seine prononce un non lieu.  Cependant, l’ex-inculpé n’est pas libéré : le lendemain, 10 décembre, le préfet de police signe l’arrêté ordonnant son internement administratif. Le jeune homme est conduit au dépôt de la préfecture en attendant son transfèrement dans un centre d’internement.

Le 16 décembre, la préfecture de police transmet son arrêté d’internement, accompagné d’une notice biographique, au commandement militaire allemand de la Seine (Gross-Paris), Pol.

Le 29 décembre, Léon Moniotte écrit au préfet de police afin de solliciter la libération de son fils, « jeune homme assez timide, [qui] ne s’est jamais, à aucun moment, occupé de politique », comme en attesterait neufs certificats signés d’anciens employeurs, d’amis de la famille et de commerçants du voisinage ; attribuant sa détention « à une enquête erronée et trop sommaire ».

Le 3 janvier 1942, Jean Moniotte fait partie d’un groupe de 38 internés politiques (parmi eux, 16 futurs “45000”) et 12 “indésirables” (droit commun) extraits du dépôt et transférés au “centre de séjour surveillé” (CSS) de Rouillé (Vienne). Ils sont conduits en car, sous escorte, jusqu’à la gare d’Austerlitz où les attend un wagon de voyageurs réservé (10 compartiments ; départ 7h55 – arrivée 18h51).

Le camp de Rouillé, “centre de séjour surveillé”, vu du haut d’un mirador. Date inconnue. Au fond - de l’autre côté de la voie ferrée -, le village. Musée de la Résistance nationale (Champigny-sur-Marne), Fonds Amicale Voves-Rouillé-Châteaubriant. Droits réservés.

Le camp de Rouillé, “centre de séjour surveillé”, vu du haut d’un mirador. Date inconnue.
Au fond – de l’autre côté de la voie ferrée -, le village.
Musée de la Résistance nationale (Champigny-sur-Marne), Fonds Amicale Voves-Rouillé-Châteaubriant. Droits réservés.

Le 19 janvier, la préfecture de police demande au commissaire de la circonscription d’Asnières de faire connaître à Léon Moniotte que la demande de libération de son fils « ne peut être favorablement accueillie, dans les circonstances actuelles ». Trois jours plus tard, le père appose sa signature sur ce courrier afin d’indiquer qu’il en a « reçu communication ». Il semble qu’il sollicite une nouvelle demande de libération en mars…

Le 22 mai, Jean Moniotte fait partie d’un groupe de 156 internés – dont 125 seront déportés avec lui – remis aux autorités d’occupation à la demande de celles-ci et conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Le camp vu depuis le mirador central.  Les “politiques français” étaient dans le secteur constitué par la ligne de bâtiments de gauche (“camp communiste”)  Photo Hutin, Compiègne, carte postale. Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Le camp vu depuis le mirador central.
Les “politiques français” étaient dans le secteur constitué par la ligne de bâtiments de gauche (“camp communiste”)
Photo Hutin, Compiègne, carte postale. Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne, sur la commune de Margny, et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30. Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

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Le 8 juillet 1942, Jean Moniotte est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I), peut-être sous le numéro 45886, selon les listes reconstituées (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).

Après les premières procédures (tonte, désinfection, attribution d’un uniforme rayé et photo), les 1170 arrivants sont entassés pour la plupart dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau. Alors choisi pour mettre en œuvre la « solution finale » – le génocide des Juifs européens -, ce site en construction présente un contexte plus meurtrier pour tous les concentrationnaires. À leur arrivée, les “45000” sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général, ils subissent un bref interrogatoire d’identité qui parachève leur enregistrement et au cours duquel ils déclarent une profession (celle qu’ils exerçaient en dernier lieu ou une autre, supposée être plus “protectrice” dans le contexte du camp). Puis ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos. L’ensemble des “45000” passent ainsi cinq jours à Birkenau.

Le 13 juillet, après l’appel du soir, une moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I), auprès duquel fonctionnent des ateliers où sont affectés certains ouvriers qualifiés. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a alors été affecté Jean Moniotte.

On ignore la date exacte de sa mort à Auschwitz, avant la mi-mars 1943 [2]. Il a 21 ans.

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 19-02-1997).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 380 et 414.
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” des Hauts-de-Seine Nord (2005), citant : Archives municipales d’Asnières ; acte de décès (4/10/1947) ; la demande d’inscription de la mention “Mort pour la France” (16/10/1947) indique les circonstances de son arrestation.
- Archives de Paris, archives du tribunal correctionnel de la Seine, rôle du greffe du 3 septembre au 16 décembre 1941 (D1u6-5858).
- Musée de la Résistance nationale (MRN) Champigny-sur-Marne (94) ; carton “Association nationale des familles de fusillés et massacrés”, fichier des victimes (4095).
- Archives de la préfecture de police (Seine / Paris), site du Pré-Saint-Gervais ; cartons “Occupation allemande”, camps d’internement… (BA 2374) ; dossiers de la BS1 (GB 61), n° 472, « C.R. c/ Moniotte », 28-03-1941 ; cabinet du préfet, dossier individuel (1 W 617-23126).
- Archives du Centre de Documentation Juive Contemporaine (CDJC) ; liste XLI-42, n° 134.
- Archives départementales de la Vienne, cote 109W75 (camp de Rouillé).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, 3-12-2017)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Asnières : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] La date de décès inscrite sur les actes d’état civil : Dans les années qui ont suivi la guerre, devant l’impossibilité d’obtenir des dates précises de décès des déportés, mais soucieux d’établir les documents administratifs nécessaires pour le versement des pensions aux familles, les services français d’état civil – dont un représentant officiait au ministère des Anciens combattants en se fondant sur diverses sources, parmi lesquelles le témoignage approximatif des rescapés – ont très souvent fixé des dates fictives : le 1er, le 15, le 30, le 31 du mois, voire le jour (et le lieu !) du départ.

Concernant Jean Moniotte, c’est le mois de septembre 1942 qui a été retenu pour certifier son décès. Leur publication à l’état civil rendant ces dates officielles, certaines ont quelquefois été gravées sur les monuments aux morts.