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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Jean, Frédéric, Edmond, Moniotte naît le 31 décembre 1921 à Creil (Oise – 60), fils de de Léon, Joseph, Moniotte et de Blanche, Eugénie, Collin (née le 16-02-1889).

Au moment de son arrestation, Jean Moniotte est domicilié chez ses parents au 35, boulevard Voltaire à Asnières [1] (Hauts-de-Seine – 92).

Célibataire, il est métallurgiste, ajusteur.

Selon la police, « le milieu dans lequel il vit [n’est pas] empreint de l’esprit soviétique ».

Le 10 novembre 1941, sur le quai de Clichy, à l’angle du pont d’Asnières, il est arrêté par des agents du commissariat de Clichy en possession de 4000 tracts appelant à la résistance : « Jeunes, tous à l’Étoile le 11 novembre ».

Au cours de son interrogatoire, Jean Moniotte, 19 ans, refuse « d’indiquer la provenance des écrits subversifs et toutes indications utiles sur l’individu qui lui aurait remis les tracts », et, en dépit des recherches menées par la brigade spéciale jusqu’au 25 novembre, la ou les personnes avec qui il était en relation au sein de l’organisation clandestine et qui, notamment, lui fournissaient le matériel de propagande ne peuvent être identifiées.

Ce flagrant délit d’infraction au décret du 26 septembre 1942 donne lieu à une instruction judiciaire, mais il entre également dans le cadre de la loi du 14 août 1941 créant les Sections spéciales. Le 9 décembre, un juge d’instruction du tribunal de première instance de la Seine prononce un non lieu. Jean Moniotte n’est pas libéré pour autant et on peut supposer qu’il passe sous une autre autorité, probablement avec le statut d’interné administratif (à vérifier…).

Le 3 janvier 1942, Jean Moniotte fait partie d’un groupe de 38 internés politiques (parmi eux, 16 futurs “45000”) et 12 “indésirables” (droit commun) extraits du du dépôt et transférés au “centre de séjour surveillé” (CSS) de Rouillé (Vienne – 86). Ils sont conduits en car, sous escorte, jusqu’à la gare d’Austerlitz où les attend un wagon de voyageurs réservé (10 compartiments ; départ 7h55 – arrivée 18h51).

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Le camp de Rouillé, “centre de séjour surveillé”, 
vu du haut d’un mirador. Date inconnue. 
Au fond – de l’autre côté de la voie ferrée -, le village. 
Musée de la Résistance nationale (Champigny-sur-Marne), 
Fonds Amicale Voves-Rouillé-Châteaubriant. Droits réservés.

Le 22 mai, Jean Moniotte fait partie d’un groupe de 156 internés – dont 125 seront déportés avec lui – remis aux autorités d’occupation à la demande de celles-ci et conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

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Le camp vu depuis le mirador central. 
Les “politiques français” étaient dans le secteur constitué 
par la ligne de bâtiments de gauche (“camp communiste”) 
Photo Hutin, Compiègne, carte postale. Droits réservés.

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30. Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

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Le 8 juillet 1942, Jean Moniotte est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I), peut-être sous le numéro 45886, selon les listes reconstituées (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Jean Moniotte.

On ignore la date exacte de sa mort à Auschwitz, avant la mi-mars 1943 [2].

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 19-02-1997).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 380 et 414. 
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” des Hauts-de-Seine Nord (2005), citant : Archives municipales d’Asnières ; acte de décès (4/10/1947) ; la demande d’inscription de la mention “Mort pour la France” (16/10/1947) indique les circonstances de son arrestation. 
- Archives de Paris, archives du tribunal correctionnel de la Seine, rôle du greffe du 3 septembre au 16 décembre 1941, cote D1u6-5858. 
- Musée de la Résistance nationale (MRN) Champigny-sur-Marne (94), carton “Association nationale des familles de fusillés et massacrés”, fichier des victimes (4095). 
- Archives de la préfecture de police, Paris, site du Pré-Saint-Gervais ; cartons “Occupation allemande”, (BA 2374) camps d’internement… ; dossiers de la BS1 (GB 61), n° 472, « C.R. c/ Moniotte », 28-03-1941. 
- Archives du Centre de Documentation Juive Contemporaine (CDJC) ; liste XLI-42, n° 134. 
- Archives départementales de la Vienne, cote 109W75 (camp de Rouillé).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 17-12-2014)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Asnières : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] La date de décès inscrite sur les actes d’état civil : Dans les années qui ont suivi la guerre, devant l’impossibilité d’obtenir des dates précises de décès des déportés, mais soucieux d’établir les documentsadministratifs nécessaires pour le versement des pensions aux familles, les services français d’état civil – dont un représentant officiait au ministère des Anciens combattants en se fondant sur diverses sources, parmi lesquelles le témoignage approximatif des rescapés – ont très souvent fixé des dates fictives : le 1er, le 15, le 30, le 31 du mois, voire le jour (et le lieu !) du départ.

Concernant Jean Moniotte, c’est le mois de septembre 1942 qui a été retenu pour certifier son décès. Leur publication à l’état civil rendant ces dates officielles, certaines ont quelquefois été gravées sur les monuments aux morts.