Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz lors de l’évacuation du camp en janvier 1945. Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz
lors de l’évacuation du camp en janvier 1945.
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Jean Maurice naît le 8 septembre 1898 à Plouézoch (Plouezoc’h – Finistère), fils de Joachim Maurice, 31 ans, matelot des Douanes lui-même fils d’un matelot des Douanes, et d’Anne Marie Féat, 26 ans, couturière, son épouse. Sur la commune, le couple est domicilié au hameau du Dourduff-en-Mer, à la confluence de la rivière de Morlaix (le Dossen) et du Dourduff sur l’estuaire. Jean aura deux sœurs, Lydie, née en 1901, et Gabrielle, née en 1904. Au recensement de 1911, la mère est déclarée chef de famille et exerce le métier de débitante, le père n’apparaît pas sur le registre, de même que la plus jeune sœur (peut-être décédés prématurément).

Marin à dix-huit ans, Jean Maurice est inscrit au bureau maritime de Morlaix le 26 novembre 1916 (n° 8997).

Le 24 septembre 1917, il est mobilisé par anticipation comme matelot de 3e classe sans spécialité et affecté à terre, au 5e dépôt des équipages de la flotte, à Toulon. Le 1er janvier 1918, il part en mer. Le 25 avril suivant, il passe matelot de 2e classe timonier breveté. Il est en « campagne contre l’Allemagne », en mer, jusqu’au 23 octobre 1919. Le 1e juillet 1920, il passe matelot de 1ère classe timonier. Le 24 septembre suivant, il est renvoyé dans ses foyers, comme inscrit maritime réunissant trois ans de service à l’État, et se retire au Dourduff-en-Mer.

Le 27 juin 1921, nommé matelot des Douanes à Ouistreham (Calvados), il est rayé des matricules de l’inscription maritime.

Le 11 février 1922, dans sa commune natale, Jean Maurice se marie avec Marie Rolland, fille du village où elle est née le 29 septembre 1901. Ils auront deux enfants : Jean, né le 25 octobre 1927, et Lydie, née le 31 mai 1934.

En 1924, Jean Maurice adhère au Parti communiste, récemment créé. Il fonde la cellule des Douanes.

Le 1er octobre 1928, il passe en domicile dans la subdivision militaire de Rouen-Nord comme préposé des Douanes à Rouen (Seine-Maritime [1] – 76).

Il est membre du syndicat CGTU des douanes actives de Rouen.

En novembre 1930, il adhère au comité des « 22 » pour l’indépendance du syndicalisme, mais l’année suivante, rejoint les rangs de la majorité unitaire qui avait combattu cette initiative.

En 1931, il subit une sanction disciplinaire de la direction des Douanes – une mise à disposition – pour son action syndicale,.

En 1931, il cesse de militer au Parti communiste pour raison de santé, souffrant d’une infection pulmonaire, et fait un séjour en Auvergne. Le 2 mai 1932, la commission militaire de réforme de Clermont-Ferrand le classe réformé définitif n° 2.

En 1934, il démissionne des Douanes.

Il achète alors un café (à moins qu’il ne l’ait acheté plus tôt et que ce soit son épouse qui le tienne depuis lors), au 15 bis place Carnot – où il habite -, à Rouen, près d’un quai de Seine où accostent les péniches. Les militants communistes s’y réunissent.

En 1936, considérant son contact quotidien avec les mariniers, l’Union départementale CGT le charge de réorganiser avec Jean Jolly le syndicat de la Marine fluviale, dont il est élu trésorier général (appointé) l’année suivante. À partir de 1938, Jean Maurice cumule cette fonction avec celle de secrétaire adjoint de l’Union locale de Rouen.

En janvier 1937, il crée la cellule communiste des mariniers et siège au comité régional du PC l’année suivante.

Comme cafetier, il milite également au Comité de défense du petit commerce et de l’artisanat.

Le 7 octobre 1939, après l’interdiction de l’activité et de la propagande communiste, le commissaire spécial de Rouen écrit à tous les commissariat du département pour leur demander d’établir dès que possible une liste des principaux militants du Parti communiste qui faisaient partie des cellules de leur ville ou circonscription. Trois jours plus tard, le commissaire central de Rouen désigne Jean Maurice parmi les membres de la cellule de la marine fluviale, avec la mention « non mobilisé ».
Après l’interdiction du Parti communiste, Jean Maurice est « mis en résidence forcée ».

« Plusieurs perquisitions [sont] effectuées à son domicile par différents services de police, mais toutes[sont] négatives », comme le 12 mai 1941, à la suite d’une affaire Moreau pour activité communiste (à vérifier…).

Le 21 octobre 1941, vers 23 heures, Jean Maurice est arrêté à son domicile sur ordre des autorités d’occupation. Deux jours plus tard, il est transféré avec d’autres camarades au camp allemand de Royallieu à Compiègne [2] (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager) où il est enregistré sous le matricule n° 1911.

Le 8 décembre 1941, Jean Maurice figure sur une liste de 28 communistes à « transférer vers l’Est », établie par la Feldkommandantur de Rouen.Le 6 juin 1942, son épouse écrit au Maréchal Pétain pour lui demander d’intervenir en faveur de son mari. Le 23 juin, les services de la Délégation générale du gouvernement français dans les territoires occupés transmettent sa lettre au préfet de la Seine-Inférieure en demandant d’être informés sur la suite donnée. Six jours plus tard, le préfet écrit au commissaire central de Rouen en lui demandant tous renseignements sur l’activité politique passée de Jean Maurice et son « avis sur l’opportunité d’une démarche en sa faveur auprès des Autorités allemandes ». Le 4 juillet, le commissaire répond que Maurice semble avoir cessé toute activité politique depuis la dissolution du Parti communiste et se montre favorable à cette démarche. Le 10 juillet, le préfet écrit au commandant de la Feldkommandantur 517 à Rouen afin de lui « signaler la requête de [la femme de Jean Maurice] pour telle suite que vous jugerez utile d’y réserver »…

Entre temps, entre fin avril et fin juin 1942, Jean Maurice a été est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande, en application d’un ordre de Hitler.

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne, sur la commune de Margny, et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

JPEG - 128.9 ko

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Jean Maurice est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 46251 (aucune photo de détenu de ce convoi n’a été retrouvée après le matricule 46172).

Après les premières procédures (tonte, désinfection, attribution d’un uniforme rayé et photographie anthropométrique), les 1170 arrivants sont entassés pour la plupart dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau ; alors choisi pour mettre en œuvre la « solution finale » – le génocide des Juifs européens -, ce site en construction présente un contexte plus meurtrier pour tous les concentrationnaires. À leur arrivée, les “45000” sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général, ils subissent un bref interrogatoire d’identité qui parachève leur enregistrement et au cours duquel ils déclarent une profession (celle qu’ils exerçaient en dernier lieu ou une autre, supposée être plus “protectrice” dans le contexte du camp). Puis ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet, après l’appel du soir – l’ensemble des “45000” ayant passé cinq jours à Birkenau -, une moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I). Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a alors été affecté Jean Maurice.

Il meurt à Auschwitz le 22 février 1943, d’après l’acte de décès établi par l’administration SS du camp (Sterbebücher)..

Sources :

- Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, sous la direction de Jean Maitron, tome 36, p. 140.
- Marcel Boivin, Claude Pennetier, notice in Le Maitron en ligne, mouvement ouvrier, mouvement social.
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 377 et 413.
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de mémoire Vive sur les “45000” et les ”31000” de Bretagne, citant : Liste établie par Louis Eudier (45523), du Havre – Liste établie par la CGT.
- Arnaud Boulligny, extrait de la base du Mémorial de la déportation de répression élaborée pour la Fondation pour la mémoire de la déportation (FMD).
- Archives départementales du Finistère, site internet, archives en ligne ; registre matricules du recrutement militaire, bureau de Brest, classe 1908 (1 R 1600) n° 1 à 500, matricule 406 (vues 656-657/797).
- Archives départementales de Seine-Maritime, Rouen, site de l’Hôtel du Département, cabinet du préfet 1940-1946 ; individus arrêtés par les autorités de Vichy ou par les autorités d’occupation, dossiers individuels de Lh à Q (cote 51 W 419), recherches conduites avec Catherine Voranger, petite-fille de Louis jouvin (“45697”).
- Archives Nationales ; Commissariat spécial de Rouen (1920-1940), documents provenant des Archives restituées par la Russie/ex-URSS (20010223/2).
- Mémorial de la Shoah, Paris, site internet, Archives du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC) ; doc. XLIII-56.
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 3, page 791 (11475/1943).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 28-03-2018)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Seine-Maritime : département dénommé “Seine-Inférieure” jusqu’en janvier 1955.

[2] Sous contrôle militaire allemand, le camp de Royallieu a d’abord été un camp de prisonniers de guerre (Frontstalag 122), puis, après l’invasion de l’URSS, un « camp de concentration permanent pour éléments ennemis actifs ». À partir de septembre 1941, on y prélève – comme dans les autres camps et prisons de zone occupée – des otages à fusiller. À partir du 12 décembre 1941, un secteur du sous-camp “C” est réservé aux Juifs destinés à être déportés à titre de représailles. Le camp des Juifs est supprimé le 6 juillet 1942, après le départ de la plupart de ses internés dans le convoi transportant les otages communistes vers Auschwitz. Les derniers détenus juifs sont transférés au camp de Drancy (Seine-Saint-Denis – 93).