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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oswiecim, Pologne. 
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

John, Gordon, Fletcher naît le 12 décembre 1892 à Dundee (Écosse).

Ancien combattant de 1914/1918, il avait le grade de sergent dans le Third Intelligence Corps.

En 1921, il est naturalisé Français. C’est probablement alors qu’il demande que son prénom John soit traduit par Jean.

Jean Fletcher est marié à une restauratrice, Lucia Fontaine, qui a un fils (le sien ? à vérifier…).

Au moment de son arrestation, il est domicilié au 12, avenue Georges-Clémenceau à Albert (Somme – 80), peut-être à l’adresse du bistrot tenu par son épouse.

Il est gardien aux usines d’aviation Henry Potez à Méaulte (près d’Albert), sur la route nationale 329, nationalisées et intégrées à la Société Nationale de Construction Aéronautique du Nord (SNCAN) sous le gouvernement de Front populaire. Dans l’entreprise, Jean Fletcher aurait pu rencontrer Maurice Desseinqui y a peut-être été charpentier.

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Meaulte, usine des avions Henry Potez, dans les années 1920. 
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Au début de l’occupation, les ateliers sont réquisitionnés par l’armée allemande pour la fabrication d’ailes d’avions Dornier 24. Le 7 juillet 1941, l’usine est bombardée par l’aviation alliée.

Le 20 mai 1942 à 12 heures, Jean Fletcher est arrêté sur son lieu de travail par la Feldgendarmerieattachée à la Kreiskommandantur d’Albert ; en même temps que les Pignet père et fils (Ernest et René). Le sous-préfet de l’arrondissement de Péronne ignore le motif de ces arrestations et tient ses renseignements de Madame Fletcher (courrier du 28 mai).

Après-guerre (1949-1950), quatre témoignages au moins indiquent que les Pignet père et fils auraient aidé des prisonniers de guerre à s’évader, notamment du camp d’Amiens (Frontstalag 204), en les hébergeant, puis en les adressant à une cousine habitant Moulins, sur la ligne de démarcation, dans la perspective de leur passage en zone libre (l’année 1941 est citée). Selon Marcel Tomeno, neveu de Madame Pignet, Jean Fletcher était impliqué dans la même affaire.

Les trois hommes restent enfermés à la prison de l’Hôtel de Ville d’Albert jusqu’au 22 mai à 9 heures, date à laquelle ils sont conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager). Le 23 mai, Jean Fletcher y est enregistré sous le matricule 5821.

Un rapport de police déclare qu’il n’est « ni Juif, ni Franc-maçon, ni politique » et s’interroge sur les raisons de sa déportation. Marie Tomeno, belle-sœur d’Ernest Pignet, se rappelle que Lucia, épouse de Jean Fletcher, recevait dans son débit de boisson des soldats allemands qu’elles faisait boire pour les faire parler et leur soutirer des renseignements ; cependant elle n’a pas été arrêtée.

Entre fin mai et fin juin 1942, Jean Fletcher est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Les deux wagons à bestiaux 
du Mémorial de Margny-les-Compiègne, 
installés sur une voie de la gare de marchandise 
d’où sont partis les convois de déportation. Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Jean Fletcher est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45544 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée).

Il meurt à Auschwitz le 29 juillet 1942, d’après les registres du camp. Le registre d’appel indique « Fr. Jude » (juif français) !?

La mention “Mort pour la France” est portée sur l’acte de décès.

Sources :

- Son nom (avec son prénom français « Jean ») et son matricule figurent sur la « Liste officielle n°3 des décédés des camps de concentration d’après les archives de Pologne » éditée le 26 septembre 1946 par le ministère des anciens combattants et victimes de guerre, page 60. 
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 65, 379 et 417. 
- Notice biographique envoyée par Cl. Cardon-Hamet à Françoise Toméno (30-01-2006), citant : Mairie d’Albert (14-05-1991) – Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen (dossier statut). – M. Lalou, ADIRP d’Amiens (lettre 26-04-1991). 
- Courriels de Françoise Toméno, cousine de René Pignet (janvier 2006, juillet 2009), document numérisé : lettre de Henri Peiffer à Madame Pignet du 3 juillet 1945. 
- Site Les anciens aéodromes
- Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne, Bureau d’information sur les anciens prisonniers (Biuro Informacji o Byłych Więźniach) ; registre de la morgue. 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 296 (17340/1942), avec son prénom français « Jean ».

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 6-08-2009)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.