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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Jean, Raymond (dit Raymond), Binard naît le 14 août 1922 à Amfréville-la-Mivoie (Seine-Maritime [1] – 76), au sud de Rouen, en face de Sotteville sur la rive droite de la Seine.

Au moment de son arrestation, il est domicilié au 3, rue André-Durand, à Amfréville-la-Mivoie, probablement chez sa mère, alors veuve.

Célibataire, il a 21 ans,

Jean Binard est ouvrier-peintre.

Il est adhérent des Jeunesses communistes de 1936 ou 1937 jusqu’au 30 novembre 1938, date à laquelle il perd son emploi, probablement pour participation au mouvement de grève organisé à cette date.

Sous l’occupation, il participe à des actions de résistance notamment des distributions de tracts.

Le 4 août 1941, répondant à une note du préfet de Seine-Inférieure datée du 22 juillet, le commissaireprincipal de police spéciale de Rouen transmet à celui-ci une liste nominative de 159 militants et militantes communistes de son secteur dont il préconise de prononcer l’internement administratif dans uncamp de séjour surveillé, tous anciens dirigeants ou militants convaincus ayant fait une propagande active et soupçonnés de poursuivre leur activité clandestinement et « par tous les moyens ». Parmi eux, Jean Binard…

Le 23 (ou 27) octobre 1941, celui-ci est arrêté à Rouen et emprisonné à la caserne Philippon [2] .

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La caserne Philippon à Rouen
Carte postale, années 1900. 
Collection Mémoire Vive.

Le SD [3] le connaît comme communiste. Le 8 décembre 1941, il figure sur une liste de 28 communistes à « transférer vers l’Est », établie par la Felkommandantur de Rouen.

À une date restant à préciser, il est transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), où il est enregistré sous le matricule n° 1917.

D’après une signature portée sur un menu du repas de Noël 1941, Jean Binard serait alors assigné au bâtiment A2, chambre 8, avec Émile Billoquet, Michel Bouchard, Honoré Brieu, Albert Champin, Émile Fromentin, Marcel Le Dret et Julien Villette. Fin avril 1942, il est assigné au bâtiment A3.

Il y complète son recueil de chansons : « Je commence ce recueil : 8 juin 1942 ». Il transcrit : “La chanson du camp” sur l’air d’“Allons au-devant de la vie” et “Le sommeil”.

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande, en application d’un ordre de Hitler.

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Jean Binard est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) ; peut-être sous le numéro 45250, selon les listes reconstituées (la photo du détenu portant ce matricule n’a pas été retrouvée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartisdans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différentsKommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Jean Binard.

Il meurt à Auschwitz à une date inconnue ; probablement avant mars 1943 [4]. Il a 20 ans.

Après la guerre, le Conseil municipal d’Amfreville-la-Mivoie a donné son nom à une rue de la commune ; la plaque est ainsi rédigée : « Rue Jean Binard, militant communiste, résistant, arrêté le 23 octobre 1941 ».

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. n° 184 du 8-08-2008).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 60, 127 et 128, 374 et 411. 
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et les “31000” de Seine-Maritime, Rouen 2000, citant : Documents allemands (SD), feuillet 56, doc. IV-198, Centre de documentation juive contemporaine (CDJC), Paris – Liste établie par Louis Eudier (45523), du Havre, 1973 – Avis du transport de Compiègne « vers un autre camp » du 15 juillet 1942 – Acte de “disparition” du 17 avril 1957. 
- Archives départementales de Seine-Maritime, Rouen, site de l’Hôtel du département, cabinet du préfet 1940-1946, individus arrêtés par les autorités de Vichy ou par les autorités d’occupation, dossiers individuels, cote 51w410 (de Aa à Bl), recherches conduites avec Catherine Voranger, petite-fille de Louis jouvin (“45697”).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 10-05-2014)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Seine-Maritime : département dénommé “Seine-Inférieure” jusqu’en janvier 1955.

[2] Le “brûlot de Rouen” et la rafle d’octobre 1941 : L’arrestation massive de plusieurs dizaines (*) de militants politiques et syndicaux – ou soupçonnés tels – a suivi de peu le déraillement d’un train de matériel militaire allemand sur la ligne Rouen-Le Havre, dans le tunnel de Pavilly, à 1500 m de la gare de Malaunay, le 19 octobre 1941 ; ce sabotage étant l’un des objectifs visés par le “brûlot” de Rouen (groupe mobile de la résistance communiste).

Néanmoins, les fiches d’otages des “45000” appréhendés dans cette période mentionnent que ces arrestations mettaient en application un ordre du Commandant de la région militaire A, daté du 14 octobre 1941. Ainsi, entre le 17 et le 25 octobre, il y eut le même type de rafles de “communistes” dans sept autres départements de la zone occupée. Il est probable que ces arrestations aient été ordonnées pour assurer la saisie de communistes destinés à être placés sur les listes d’otages de cette région militaire. En effet, tous les hommes appréhendés furent remis aux allemands qui les transférèrent à Compiègne entre le 19 et le 30 octobre 1941.

Quarante-quatre des otages arrêtés ces jours-là dans le secteur de Rouen furent déportés dans le convoi du 6 juillet 1942. Beaucoup furent fusillés au titre de représailles dans les semaines qui suivirent.

(*) Cent cinquante selon la brochure 30 ans de luttes, éditée en 1964 par la fédération du Parti Communiste de Seine-Maritime.

[3] SD : SichereitsDienst , service de renseignement de la SS, travaillant avec la Gestapo (police de sécurité).

[4] Différence de date de décès avec celle inscrite sur les actes d’état civil : Dans les années qui ont suivi la guerre, devant l’impossibilité d’obtenir des dates précises de décès des déportés, mais soucieux d’établir les documents administratifs nécessaires pour le versement des pensions aux familles, les services français d’état civil – dont un représentant officiait au ministère des Anciens combattants en se fondant sur diverses sources, parmi lesquelles le témoignage approximatif des rescapés – ont très souvent fixé des dates fictives : le 1er, le 15, le 30, le 31 du mois, voire le jour (et le lieu !) du départ. Concernant Jean Binard, c’est le mois de septembre 1942 qui a été retenu pour certifier son décès. Leur inscription sur les registres d’état civil rendant ces dates officielles, certaines ont quelquefois été gravées sur les monuments aux morts.