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Coll. Jean-Claude Faipeur. 
Droits réservés.

Jacques, Alexandre, Faipeur naît le 13 mars 1906 à Paris 20e (75). Il a deux frères : Auguste et Léon ; ce dernier marié à Renée (domiciliés plus tard à Montreuil et ayant pour fils Jacques, dit Jacky).

Jacques Faipeur effectue son service militaire en 1927.

Le 9 juin 1928, il épouse Marcelle Birard, coupeuse, son « Petit Loup ». Ils ont deux enfants : Jeannine, née vers 1932, et un garçon plus jeune, Jean-Claude (dit Poulot).

Au moment de son arrestation, la famille est domiciliée au 11, rue Louis à Antony [1]. Jacques Faipeur cultive des légumes dans un champ loué ou un jardin ouvrier (à vérifier…) ; il envisage d’acquérir une petite ferme pour les siens et sa belle-sœur Renée et de « vendre à Antony » (lettre du 19-08-1941).

Jacques Faipeur est miroitier de profession, mais, après une longue période de chômage et peu de temps avant son arrestation, il trouve du travail comme emballeur pour la messagerie de la librairie Hachette, 2 rue du Mail à Paris.

Membre du Parti communiste, il est probablement le représentant de celui-ci au Comité de coordination socialiste et communiste d’Antony en octobre 1935 (Front populaire).

En juin 1940, son frère Léon est prisonnier de guerre.

Jacques Faipeur reste actif dans la clandestinité.

Le 29 août 1939, le commissaire de Sceaux organise une perquisition à son domicile au cours de laquelle sont trouvés divers documents édités par le Parti communiste avant guerre et trois numéros de l’Aube nouvelle du 26 août.

Sous l’occupation, les Renseignements généraux le considèrent comme un « meneur communiste très actif ».

Le 27 (?) juin 1941 à l’aube, Jacques Faipeur est appréhendé par la police française à son domicile, au cours d’une vague d’arrestations visant des militants ouvriers, parmi lesquels d’autres militants d’Antony : Georges Heller [2] – ayant des attaches à Soissons et dont il semble particulièrement proche -, R. Bourdeaux et Georges Duchiron. Le préfet de police de Paris a signé l’arrêté ordonnant leur internement administratif, mais ces opérations sont menées en concertation avec l’occupant. En effet, pendant quelques jours, des militants de Paris et de la “petite couronne” arrêtés dans ces conditions sont conduits à l’hôtel Matignon, puis aussitôt livrés aux « autorités d’occupation » qui les rassemblent au Fort de Romainville (HL 122), sur la commune des Lilas (Seine-Saint-Denis).

Dans les jours qui suivent (le 27 juin, le 1er juillet…) ils sont conduits à la gare du Bourget où des trains les transportent à Compiègne (Oise – 60) [3]. Jacques Faipeur fait probablement partie de ces hommes transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht(Frontstalag 122 – Polizeihaftlager) [4]. Il y est enregistré sous le matricule 500 (bât A8, chambre 10) ; il fait partie des militants qui inaugurent ce camp de police.

Pendant l’année que dure son internement à Compiègne, Jacques Faipeur peut écrire une cinquantaine de lettres et cartes [5]. Il évoque peu les difficultés de l’internement et s’intéresse surtout aux cultures maraîchères de son épouse et à la scolarité de ses enfants. Comme tous les détenus, il parle des colis. Dans une lettre datée du 3 juillet, il pense que lui et ses co-internés ont un statut de « prisonniers de guerre ». Le 24 juillet, il mentionne près de lui L’Égoutier et Parouty, libérés en août après le passage d’une commission, et Léger, probablement hospitalisé à Compiègne au même moment.

Mi août 1941, Jacques Faipeur est affecté aux cuisines, précisant que celles-ci sont alors du « côté russe », le camp étant « séparé en deux » ; lui-même étant au bâtiment B3. Il précise : « Quant aux visites, il n’y en a pas pour nous. Il y en a eu, mais c’était pour les Russes. Tu penses, nous sommes avec de la haute[société] : il y en a un qui possède plus de 700 millions. » Le 4 septembre, il participe à un cours d’allemand qui vient de s’ouvrir. Le 10 octobre, il écrit : « J’ai appris par Georges que Ténine avait perdu son petit garçon. Quelle douleur pour eux ! Et lui, forcé de repartir : quel cafard il a dû avoir… » [le docteur Maurice Ténine, d’Antony, interné au camp de Choiseul à Châteaubriant est fusillé comme otage le 22 octobre 1941].

Vers le 11 novembre, Jacques Faipeur réintègre le camp A (bât. A5) et se retrouve dans une chambre à côté de celle du « grand-père » Georges Heller. Il partage ses colis avec lui au sein d’un groupe de six que Heller fait rire avec ses jeux de mots. Ils jouent ensemble à la belote. Début décembre, il intègre la chambre de son ami (ch. 4). Mais la santé de Jacques Faipeur se détériore. Dans une lettre du 20 mai 1942, il écrit : « Je souffre du ventre, de l’estomac, des reins », précisant qu’il est resté trois jours sans dormir. Il est si faible qu’après être retourné au travail dans une fonderie d’alu[minium] (?), il ne peut plus « se traîner » au bout de deux minutes.

À Royallieu, il confectionne des couvre-livres, des sous-mains, un cadre et des ronds de serviette en linoléum, ainsi que des bagues. Sa famille peut lui rendre au moins une visite.

Entre fin avril et fin juin 1942, Jacques Faipeur est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Sur le trajet en France, Jacques Faipeur jette un message (perdu depuis) adressé à la marraine de son épouse, disant à peu près : « Je pars pour la relève… Je ne reviendrai sûrement pas. Prends bien soin de Marcelle et des enfants… ». Sa famille n’en apprendra jamais davantage sur son sort… jusqu’à la découverte du site internet de Mémoire Vive.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Jacques Faipeur est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45525 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée).

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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oświęcim, Pologne. 
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

On ignore la date de sa mort à Auschwitz ; probablement avant la mi-mars 1943 [6].

Rapatrié D.U. (?) au cours du deuxième semestre 1942, son frère Lucien entame des démarches infructueuses pour connaître son sort auprès du Comité d’aide et de protection aux invalides prisonniers de guerre libérés des Autorités allemandes (la Maison du Prisonnier) ; une fiche est établie par les services de la Délégation générale (de Brinon).

Un acte de disparition est établi par le ministère des Anciens combattants et victimes de guerre le 26 octobre 1946.

Déclaré “Mort pour la France”, Jacques Faipeur est homologué comme “Déporté politique”. Il est homologué dans la Résistance intérieure française au titre du Front national, [7] avec le grade d’adjudant-chef.

Son nom est inscrit sur le Monument aux morts d’Antony.

Après la guerre, et jusque dans les années 1970, une cellule du PCF d’Antony porte son nom.

Son fils, Jean-Claude, sera fidèle à son engagement.

En 1957, Hans Speidel, ancien général hitlérien, chef d’état-major de von Stupnagel de juin 1940 au printemps 1942, puis de Rommel, est nommé à la tête des troupes terrestres de l’OTAN, ce qui suscite un vif émoi dans les milieux de la Résistance. Cent-cinquante jeunes – fils de déportés, fusillés et massacrés de la Résistance – décident de ne pas faire leur service militaire sous les ordres de ce général. Vingt-et-un sont emprisonnés, dont Jean-Claude Faipeur (quatre mois à Fresnes). Après une grande campagne nationale, ils sont libérés le 3 mai 1958 et envoyés accomplir leur service militaire en outre-mer, au sein de troupes n’étant pas sous l’autorité de Speidel : ils ont gagné.

Sources :

- Dictionnaire biographique du Mouvement ouvrier français, sous la direction de Jean Maitron (aujourd’hui Claude Pennetier), notice citant : arch. dép. Seine, listes électorales, et L’Aube Nouvelle, 26-10-1935. 
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 127 et 128, pages 380 et 403. 
- Jean-Claude Faipeur, son fils, message (15/5/2005), réponse à un questionnaire (23-10-2007), courrier envoyé par son père depuis le Frontstalag 122. 
- Archives de la préfecture de police de Paris, cartons “Parti communiste” : BA 2447 « dissolution du PCF », chemise 29 août 1939, perquisitions en banlieue parisienne : permanences du PC, associations ; Carton “occupation allemande” BA 2397 (liste des internés communistes). 
- Sachso, Amicale d’Orianenburg-Sachsenhausen, Au cœur du système concentrationnaire nazi, Collection Terre Humaine, Minuit/Plon, réédition Pocket, mai 2005, page 36 (sur les arrestations du 26 juin 1941). 
- Gérard Bouaziz, La France torturée, collection L’enfer nazi, édité par la FNDIRP, avril 1979, page 262 (sur les arrestations du 27 juin 1941). 
- Site Mémorial GenWeb, 92-Antony, relevé de Bernard Tisserand (09-2003). 
- Concernant Georges Heller : Fondation pour la Mémoire de la Déportation, Livre-Mémorial des déportés de France arrêtés par mesure de répression…, 1940-1945, éditions Tirésias, Paris 2004, I.74, t. 1, p. 620.

Jean-Claude Faipeur est l’auteur de Crime de fidélité. Speidel, l’affront à la France, éditions du Geai Bleu, paru en avril 2008.

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 12-10-2009)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Antony : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968). (Hauts-de-Seine – 92)

[2] Georges Heller, né à Paris le 9 décembre 1884 (58 ans !), est déporté de Compiègne le 24 janvier 1943 vers le KL Sachsenhausen, près de Berlin (matr. 58832). Transféré au KL Flossenbürg, il meurt auKommando de Leitmeritz le 28 décembre 1944.

[3] Arrestations de la fin juin 1941 dans le département de la Seine, trois témoignages :

Jean Lyraud (déporté au KL Sachsenhausen le 24 janvier 1943). Le 26 juin, à 5 heures du matin, il est réveillé par des policiers français : « Veuillez nous suivre au poste avec une couverture et deux jours de vivres. » Un autobus le prend bientôt avec trois autres personnes arrêtées. Le véhicule fait le tour des commissariats de Montreuil et du XIe arrondissement. Un crochet à l’hôtel Matignon, qui abrite alors la police de Pétain, puis c’est le transport jusqu’aux portes du Fort de Romainville où les prisonniers sont remis aux autorités allemandes. Avec ses compagnons, jean Lyraud passe la nuit dans les casemates transformées en cachots. « Le lendemain 27 juin dans l’après-midi, nous embarquons en gare du Bourget dans des wagons spéciaux pour Compiègne. Nos gardes ont le revolver au poing et le fusil chargé, prêts à faire feu. Dans la soirée nous arrivons au camp. Quelques jours après, d’autres contingents de la région parisienne nous rejoignent. »

Henri Pasdeloup (déporté à Sachsenhausen le 24 janvier 1943), cheminot de Saint-Mihiel (Meuse), est arrêté le 23 juin 1941 par la Gestapo qui le conduit à la prison de la ville. Le 27 juin, avec d’autres détenus emmenés à bord de deux cars Citroën, il arrive devant le camp de Royallieu vers 16 h 30 : « À l’arrivée face au camp, nos gardiens nous font descendre. Alignement sur la route, comptages et recomptages. En rangs par trois nous passons les barbelés… À 19 heures, environ 400 prisonniers en provenance de la région parisienne entrent en chantant L’Internationale… Le lendemain 28 juin, réveil à 7 heures : contrôle d’identité, toise, matricule. J’ai le numéro 556. Pour notre groupe de la Meuse, cela va de 542 à 564. Ceux de la région parisienne, bien qu’arrivés après nous, sont immatriculés avant… »

Henri Rollin : «  Le 27 juin 1941, vers 6 heures de matin, ma femme et moi nous sommes réveillés par un coup de sonnette. Trois inspecteurs de la police française viennent nous arrêter ; perquisition rapide sans résultat (nous avions la veille au soir distribué les derniers tracts que nous avions). Nous arrivons à l’hôtel Matignon où nous trouvons de nombreux cars et camions, résultat d’une rafle dans toute la région parisienne. Nous sommes remis par la police française aux autorités allemandes. Au moment de ma remise aux Allemands, j’ai aperçu qu’on leur donnait une petite fiche portant mon nom et la mention «  communiste  », soulignée à l’encre rouge. Nous subissons un court interrogatoire d’identité… Attente… Vers la fin de l’après-midi, départ en car. Arrivée au fort Romainville, fouille, identité. Départ de Romainville le 1er juillet, au matin, par train spécial et bondé au Bourget, arrivée l’après-midi à Compiègne. Le lendemain, même cérémonie, refouille et identité, ensuite la vie de camp… »

[4] L’ “ Aktion Theoderich ” : L’attaque de l’Union soviétique, le 22 juin 1941, se fait au nom de la lutte contre le “judéo-bolchevisme”. Dès mai 1941, une directive du Haut-commandement de la Wehrmacht pour la “conduite des troupes” sur le front de l’Est définit le bolchevisme comme « l’ennemi mortel de la nation national-socialiste allemande. C’est contre cette idéologie destructrice et contre ses adeptes que l’Allemagne engage la guerre. Ce combat exige des mesures énergiques et impitoyables contre les agitateurs bolcheviks, les francs-tireurs, les saboteurs et les Juifs, et l’élimination allemande de toute résistance active ou passive. » Hitler est résolu à écraser par la terreur – à l’Ouest comme à l’Est – toute opposition qui viendrait entraver son effort de guerre. Le jour même de l’attaque contre l’Union soviétique, des mesures préventives sont prises dans les pays occupés contre les militants communistes – perquisitions à leur domicile et arrestations – et des ordres sont donnés pour punir avec la plus extrême sévérité toute manifestation d’hostilité à la puissance occupante.

En France, dans la zone occupée, au cours d’une opération désignée sous le nom de code d’Aktion Theoderich,plus de mille communistes sont arrêtés par les forces allemandes et la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne, créé à cette occasion pour la détention des « ennemis actifs du Reich » sous l’administration de la Wehrmacht.

Au total, 1300 hommes y seront internés à la suite de cette action. Fin août, 200 d’entre eux font déjà partie de ceux qui seront déportés dans le convoi du 6 juillet 1942.

[5] Une carte envoyée depuis le camp de Royallieu porte un cachet avec la date du 24 juillet 1941.

[6] La date de décès inscrite sur les actes d’état civil : Dans les années qui ont suivi la guerre, devant l’impossibilité d’obtenir des dates précises de décès des déportés, mais soucieux d’établir les documents administratifs nécessaires pour le versement des pensions aux familles, les services français d’état civil – dont un représentant officiait au ministère des Anciens combattants en se fondant sur diverses sources, parmi lesquelles le témoignage approximatif des rescapés – ont très souvent fixé des dates fictives : le 1er, le 15, le 30, le 31 du mois, voire le jour (et le lieu !) du départ.

Concernant Jacques Faipeur, selon une règle administrative décidant un décalage de cinq jours, c’est « le 11 juillet à Auschwitz (Pologne) et non le 6 juillet 1942 à Compiègne (Oise) » qui a été retenu en 1989 pour certifier son décès. Leur inscription sur les registres d’état civil rendant ces dates officielles, certaines ont quelquefois été gravées sur les monuments aux morts.

[7] Front national de lutte pour la liberté et l’indépendance de la France : mouvement de Résistance constitué en mai 1941 à l’initiative du PCF clandestin (sans aucun lien avec l’organisation politique créée en 1972, dite “FN” et toujours existante)