JPEG - 77.1 ko
Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Isaac Feitlowicz (pouvant être orthographié Feitlowiez ou Feiloviez) naît le 14 avril 1893 à Petrokow (Biélorussie), fils d’Emmanuel Feitlowicz, chef de chantier, décédé à Lodz (Pologne), et de Léa Biez.

Au cours de la guerre de 1914-1918, Isaac Feitlowicz est mobilisé comme soldat dans l’armée russe.

Le 17 mai 1922 à Berlin (Allemagne), il se marie avec Zina Liter, née à Odessa (Russie). Ils auront trois enfants, tous nés en France : Suzanne, le 26 décembre 1923, David, le 17 janvier 1925, et Charles, le 14 mai 1929.

Le 11 mai 1933, Isaac Feitlowicz obtient la nationalité française par décret de naturalisation. Cependant, selon le témoignage familial, le couple est naturalisé français en 1929, avant la naissance de leur troisième enfant.

Pendant un temps, ils habitent rue Frossard, à Paris 14e.

Au moment de l’arrestation du chef de famille, celle-ci est domiciliée au 26, rue de Paris, à Essonnes [1], près de Corbeil (Essonne – 91).

JPEG - 227.6 ko
Essonnes. La rue de Paris. 
Carte postale colorisée. Collection Mémoire Vive.

saac Feitlowicz a une formation de typographe. Mais, ayant des idées socialistes, il ne se gêne pas pour dire à ses employeurs que les salaires sont insuffisants, ce qui lui vaut d’être licencié.

Son épouse, Zina, ayant une formation de couturière, ils ouvrent ensemble une boutique d’artisan tailleur, lui-même n’ayant aucune connaissance du métier.

Le 30 août 1941, répondant à une « demande de renseignements concernant les israélites suspects », le commissaire de police de la circonscription de Corbeil écrit au commissaire principal, chef du 3e district à Montgeron, « Felloviez [sic] a une attitude suspecte au point de vue national, bien qu’il n’ait pas pris parti activement, il reste un adversaire du gouvernement. Il fait d’autre part l’objet d’une proposition de retrait de la qualité de français ». Le 2 septembre, après avoir, semble-t-il, obtenu l’aval du secrétaire général pour la police d’État de Seine-et-Oise, à Versailles, le commissaire principal ajoute à la main sur ce document : « Rien ne s’oppose à l’internement, par nos propres moyens, du juif Felloviez Isaac ».

Le 6 septembre, le commissaire de Corbeil rempli le formulaire de “Notice individuelle à établir au moment de l’arrestation”. Le résumé des motifs se contente de : « Israélite suspect au point de vue national ».

Le 10 septembre, le secrétaire général pour la police d’État transmet le dossier d’Isaac Feitlowicz (bien orthographié) au préfet de Seine-et-Oise en lui « proposant » de prendre un arrêté d’internement administratif. La décision est prise en application de la loi du 3 septembre 1940, « relative aux mesures à prendre, sur instruction du gouvernement, à l’égard des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Isaac Feitlowicz doit être « astreint à résider dans le centre de séjour surveillé d’Aincourt, où il sera immédiatement conduit ».

Mais, dès le 16 septembre, le préfet adresse un courrier au Conseiller supérieur d’administration de guerre à la Feldkommandantur de Saint-Cloud. Citant également Robert Rozenblat, juif polonais, militant communiste de Savigny-sur-Orge, le préfet écrit : « étant donné les origines de ces individus, et eu égard à l’intérêt qui s’attache à ce qu’ils soient mis dans l’impossibilité d’exercer leur activité subversive, je vous serais obligé de bien vouloir me faire connaître s’il ne serait pas possible d’obtenir des Autorités allemandes compétentes l’autorisation de les envoyer au Front Stalag 122 à Compiègne, où ont été conduits à la fin du mois de juin un certain nombre de ressortissants de l’U.R.S.S., de juifs russes, d’Espagnols ayant combattu dans les rangs de l’armée rouge, et de communistes français, le CSS d’Aincourt étant en principe réservé aux français ».

Isaac Feitlowicz n’a peut-être finalement pas transité par le camp d’Aincourt…

À une date restant à préciser, il est interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Après son arrestation – à une date restant à préciser -, son épouse et ses enfants parviennent à passer en « zone libre » et à rejoindre Marseille.

Entre fin avril et fin juin 1942, Isaac Feitlowicz est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler). Lui-même est alors désigné comme otage juif.

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

JPEG - 128.9 ko

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Isaac Feitlowicz est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 46273 (aucune photo de détenu de ce convoi n’a été retrouvée après le matricule 46172).

Quand les autorités SS connaissent mieux la composition du convoi, ils lui font certainement porter le signe distinctif des détenus juifs (jusqu’à la mi-1944) : une étoile à six branches composée de deux triangles inversés, un jaune et un rouge.

Isaac Feitlowicz meurt à Auschwitz le 17 août 1942, selon les registres du camp. Ce jour-là, 29 autres “45000” sont portés décédés ; probablement à la suite d’une séance de désinfection à Auschwitz-I (coups, manque de sommeil…).

Alors que sa famille est réfugiée à Marseille, son plus jeune fils, Charles, est pris en charge au sein d’un groupe d’enfants transporté par train en Suisse ; il y passera le reste de la guerre. Zina, Suzanne et David (qui se fera appeler René, puis Daniel) partiront pour Nice, puis pour Lyon où ils demeureront jusqu’à la fin de la guerre. Après la guerre (après la Libération ?), ils rentrent tous à Essonne, où Zina attendra le retour de son mari.

La mention “Mort en déportation” est apposée sur l’acte de décès d’Isaac Feitlowicz (J.O. du 28-11-1991).

Son nom est inscrit sur la plaque commémorative située dans le hall de l’ancien Hôtel de ville d’Essonnes (orthographié « Festlowiez I. »).

JPEG - 123.2 ko
Essonnes. L’hôtel de ville, après-guerre. 
Carte postale. Collection Mémoire Vive.
JPEG - 140.7 ko
Le Mémorial de la Shoah, au 17 rue Geoffroy-l’Asnier à Paris 4e. 
À gauche, panneau du Mur des noms pour les déportés 
de l’année 1942 avec les « noms modifiés et identifiés 
depuis l’achèvement du mur
 » (janvier 2005). 
De nombreux otages juifs du convoi du 6 juillet 1942 
y ont été ajoutés ensuite… Photo Mémoire Vive.
JPEG - 45.5 ko
Inscrit sur le Mur des noms…

Sources :

- Son nom (orthographié « FEITLOWEZ Icek ») et son matricule figurent sur la Liste officielle n°3 des décédés des camps de concentration d’après les archives de Pologne, éditée le 26 septembre 1946 par le ministère des anciens combattants et victimes de guerre, page 60. 
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 66, 380 et 403. 
- Archives départementales des Yvelines (AD 78), Montigny-le-Bretonneux, centre de séjour surveillé d’Aincourt ; cote 1W113 (dossier individuel). 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrit, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 279 (22091/1942). 
- Site Memorial GenWeb, Essonnes, relevé de Robert Dupays (12-2009).
- Catherine Stutzer, petite-fille d’Isaac Feitlowicz, fille de Suzanne (épouse Stutzer) (messages 11/12-2014).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 11-12-2014)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

[1] Essonnes : en 1946, le préfet de Seine-et-Oise demande aux maires des communes voisines de Corbeil et d’Essonnes de réfléchir à un rapprochement, qui se concrétise le 9 août 1951 avec la création officielle de Corbeil-Essonnes. Jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine-et-Oise (transfert administratif effectif en janvier 1968).