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Henri Migdal naît le 26 novembre 1920 à Paris 14e (75), fils de Joseph Migdal et de Berthe Pester. La famille compte onze enfants, parmi lesquels Robert, né le 30 mai 1922, et André., né le 21 juin 1924, tous deux à Paris 14e.

Au moment de son arrestation, Henri Migdal est domicilié en hôtel au 95, rue Claude-Decaen (4e étage, chambre 27), alors que ses frères habitent encore chez leurs parents, au n° 72 de la même rue (escalier E, 1er étage, porte 105 – entrée, cuisine, salle à manger, deux chambres à coucher, WC).

Henri Migdal est célibataire et travaille comme magasinier aux usines Citroën, au 51, quai Michelet, à Levallois-Perret.

En juillet 1938, il adhère à la 12e section de Paris des Jeunesses communistes (JC).

Au début de l’occupation, Pierre Pannetrat, « ancien trésorier de la 12e section de Paris-Ville » constitue « un centre de diffusion de tracts où [les militants viennent] se ravitailler ». En septembre 1940, il demande à un voisin de la cité HBM Fécamp-Robert-Tourneux, ancien camarade de Parti, Ludovic G., 47 ans, veuf, qu’il considère comme moins exposé, d’entreposer dans son propre logement ce matériel de propagande clandestine, ainsi que des brochures. À la suite de quoi, des délégués de région du PC (restés anonymes) viennent à plusieurs reprises y effectuer des dépôts de tracts. Ludovic G. stocke également des exemplaires du journal des JC, L’Avant-Garde, diffusés par les jeunes militants du secteur, dont son fils, Raymond, 19 ans. Enfin, son appartement servant aussi de lieu de réunion pour un comité de chômeurs de l’arrondissement, Ludovic G. entrepose aussi des exemplaires de La Vie Ouvrière, organe de la CGT clandestine.

De son côté, Henri Midgal participe aux « réunions de propagande » des JC,  organisées par Jean Canard [2] sous la direction de Joseph Le Lagadec [3], 27 ans, et regroupant également son frère Robert, Raymond G., Roland Pannetrat, les frères Armand et Jean Feldmann. Certaines réunions se tiennent dans la rue, près de la grille d’entrée des immeubles située au 10, rue Tourneux, d’autres à la grille de la rue Édouard-Robert, enfin – peut-être un autre groupe ? -, occasionnellement, chez Robert Poing, dont le père – domicilié au 10, rue Tourneux – est souvent absent le soir. Ensuite, « à la faveur de l’obscurité », les membres du groupe diffusent leur journal et/ou des tracts, collent des papillons sur les murs du voisinage, ou y inscrivent à la craie des slogans comme « Thorez au pouvoir ».

En décembre 1940 et janvier 1941, la brigade spéciale des renseignements généraux constate « qu’une active propagande communiste [est] menée dans le 12e arrondissement » et surveille de très près un militant (Fernand Notin ?) qui reçoit « à son domicile, [19] rue de la Lancette, de nombreux individus ». Surveillances et filatures permettent en effet de repérer plusieurs militants. Le 25 janvier, deux inspecteurs se présentent au domicile de Ludovic G. (15, rue Édouard-Robert, premier étage gauche, deux pièces). La perquisition opérée amène la découverte dans un coffre à charbon de 15 000 tracts ronéotypés divers (« scellé n° 1 […] conduit à la fourrière en raison de son volume et de son poids ») et, sur une table dans la chambre, de diverses brochures, de 90 Avant-Garde, de 70 tickets de souscription pour les chômeurs, et de 530 papillons gommés. Père et fils sont conduits dans les locaux des renseignements généraux, à la préfecture de police, pour y être interrogés, Ils admettent rapidement leur propre implication et mettent en cause les membres de leur réseau qui leurs sont connus ; André Migdal parlera ultérieurement d’« un père et son fils qui ne résistèrent pas aux interrogatoires ». Ainsi, Raymond G. signe une liste nominative de tous leurs contacts (« Je certifie que les susnommés prennent part à la propagande clandestine est [sic] qui venaient chez mon père chercher les tracts »), parmi lesquels les trois frères Migdal et la famille Pannetrat. Tous sont appréhendés le lendemain, 26 janvier, à leurs domiciles respectifs. Arrêté chez ses parents, André Migdal est trouvé porteur d’un exemplaire de L’Humanité clandestine n° 6 de décembre 1940. Rien de compromettant n’est découvert lors de la perquisition de l’appartement familial. Résultat également négatif lors de la fouille de la chambre d’hôtel d’Henri.

Dix-sept autres personnes sont ainsi conduites dans les bureaux des RG pour y être interrogées à leur tour. Les inspecteurs de la BS 1 mentionnent que la carte d’identité présentée par Henri Migdal « ne porte pas l’indication “Juif ” bien que l’intéressé soit israélite » (il déclare avoir omis cette formalité par manque de temps). Il admet sa participation à l’activité de propagande clandestine depuis le début de l’occupation jusqu’à la fin du mois d’octobre, mais déclare y avoir mis fin depuis deux mois. Lors de sa confrontation avec le fils G., celui-ci désigne Henri Migdal comme un simple exécutant, mais présenté à lui par Joseph Le Lagadec comme un militant sûr.

Le 26 janvier, après les divers interrogatoires et au vu des rapports des inspecteurs, considérant que leur activité « avait pour but la diffusion des mots d’ordre de la IIIe Internationale communiste ou d’organismes s’y rattachant, par la distribution, la détention en vue de la distribution, l’apposition de tracts et de papillons d’inspiration communiste », le commissaire André Cougoule, chef de la brigade spéciale, officier de police judiciaire, inculpe seize personnes – dont les trois frères Migdal – d’infraction aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939 et les fait conduire au Dépôt, à disposition du procureur de la République (trois personnes étant laissées libres, aucun fait délictueux n’ayant été relevé à leur charge).

Henri Migdal est écroué à la Maison d’arrêt de la Santé (Paris 14e) jusqu’au jugement.

Les trois frères sont défendus par Michel Rolnikas, avocat du PC (arrêté le 23 juin et fusillé comme otage communiste le 20 septembre 1941).

Henri Migdal est écroué à la Maison d’arrêt de la Santé (Paris 14e) jusqu’au jugement.

Le 30 mai 1941, seize inculpés comparaissent devant la chambre des mineurs (15e) du Tribunal correctionnel de la Seine ; trois pères ont été convoqués à l’audience comme civilement responsables, dont celui des frères Migdal. Henri est condamné à six mois d’emprisonnement. Appel est fait, mais toutes les peines sont augmentées.

Henri Migdal exécute sa peine à la Maison d’arrêt de Fresnes (Val-de-Marne – 94).

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La maison d’arrêt de Fresnes après guerre. 
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Il doit être ensuite interné administrativement au camp Français de Choisel à Châteaubriant (Loire-Atlantique – 44) ; l’arrêté d’internement semble dater du lendemain de la décision de justice. Mais, avec la complicité d’un inspecteur de police, il est libéré comme « contagieux » (gale infectée).

Henri Migdal reprend ses activités de résistance et participe à l’attaque d’un dépôt d’essence boulevard Diderot.

Le 1er novembre 1941, jour des Morts, Henri Migdal est arrêté au cimetière du Père-Lachaise où il participe à une manifestation patriotique sur la tombe de Paul Vaillant-Couturier. Le jour-même, le préfet de police de Paris signe l’arrêté ordonnant son internement administratif.

Le 10 novembre, Henri Migdal fait partie d’un groupe de 58 militants communistes transférés au « centre de séjour surveillé » (CSS) de Rouillé, au sud-ouest de Poitiers (Vienne – 86).

Le 18 mars 1942, il est parmi les treize « jeunes » communistes « extraits par les autorités allemandes et transférés, pour des raisons qui n’ont pas été indiquées » au camp de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager) ; tous sont de futurs “45000” sauf André Giraudon, de Bourges, fusillé au Mont-Valérien le 9 mai 1942. Henri Migdal est enregistré à Royallieu sous le matricule n° 3797.

Le 5 juin, son frère Robert – 20 ans – est déporté dans le convoi d’otages juifs partant de la gare de Compiègne pour Auschwitz. Il y est enregistré sous le matricule n° 38789.

Entre fin avril et fin juin 1942, Henri Migdal est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Henri Migdal est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) ; peut-être sous le numéro 45880, selon les listes reconstituées (la photo du détenu portant ce matricule n’a pas été retrouvée).

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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Son frère Robert meurt à Auschwitz le 9 août.

On ignore la date exacte de la mort à Auschwitz d’Henri Migdal, à la fin du mois de novembre ou au début de décembre 1942 selon le témoignage des rescapés : il aurait été désigné comme inapte au travail lors d’une sélection. En partant pour la chambre en gaz [4], il « chantait La Marseillaise ».

Déclaré “mort pour la France”, Henri Migdal est homologué comme Déporté résistant.

Ses parents, Joseph et Sophie-Berthe Migdal, sont arrêtés comme juifs par la police française, avec tous les autres habitants de leur immeuble – 158 personnes -, livrés à l’armée allemande et déportés le 13 février 1943 vers Auschwitz dans un convoi du génocide (n° 48).

Son frère André, écroué à Fresnes, puis interné dans les camps français de Pithiviers (Loiret) et de Voves, déporté en mai 1944 au KL Neuengamme (matricule 30655), affecté aux Kommandos Bremen-Farge puis de la Kriegsmarine à Brême-Riespott, survit à la tragédie de Lübeck, le 3 mai 1945 : bombardement et mitraillage par l’aviation anglaise de bateaux civils allemands dans lesquels les SS ont entassés des déportés. Rapatrié en France, André Migdal accompagne d’abord un camarade à Lyon pour témoigner du sort des disparus auprès des familles, puis rentre seul à Paris en train le 25 juin.

En octobre 1947, le cercle du 12e arrondissement de l’Union de la Jeunesse Républicaine de France (UJRF) souhaite déposer une plaque commémorant le souvenir d’Henri et de Robert Migdal et des 46 familles de cet immeuble victimes de la barbarie nazie, mais le propriétaire – une société immobilière – s’y oppose.

Après la guerre, une cellule du PCF du 12e arrondissement porte le nom des deux frères.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 66, 150 et 153, 371 et 414. 
- Cl. Cardon-Hamet, Mille otages pour Auschwitz, Le convoi du 6 juillet 1942 dit des “45000”, (2002), citant : Témoignage d’Aimé Oboeuf, qui connaissait H. Migdal depuis le Congrès de Royan – Entretien avec André Migdal (3-12-1991) qui a rempli le questionnaire et fournit une substantielle documentation ; lui-même étant l’auteur d’articles et de poèmes. 
- André Migdal, Les plages de sable rouge, La tragédie de Lübeck – 3 mai 1945, NM7 Éditions, juin 2001, pages 78 à 82, entre autres. 
- Archives de Paris, archives du tribunal correctionnel de la Seine, rôle du greffe du 5 juin au 22 septembre 1941, cote D1u6-5857. 
- Archives nationales, correspondance de la Chancellerie, BB18 7047, 2B2 3260. 
- Archives de la préfecture de police de Paris, cartons “occupation allemande” : BA 2374 (camps d’internement…). 
- Archives départementales de la Vienne, cote 109W75 (camp de Rouillé). 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 3, page 811, Migdal Robert (19038/1942).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 16-07-2012)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] La cité Fécamp-Robert-Tourneux se situe dans le 12e arrondissement à proximité de la place Félix Eboué et du métro Daumesnil (quartier de Bel-Air sud). Il s’agit d’un ensemble HBM construit en 1920-1924 sur un dessin de l’architecte Alexandre Maistrasse, comptant 603 logements de taille réduite – ainsi que 2 loges de gardiens et 3 logements rattachés à des commerces – répartis dans 4 ensembles de bâtiments en briques à R+6 et R+7 aux angles des rues.
L’office public d’habitations à bon marché (HBM) a été créé en 1914 pour fournir un logement aux miséreux de la « zone », mais aussi un « cadre éducateur d’ordre et de propreté ». Ainsi les nouveaux logements sont-ils plus spacieux et confortables que les anciens bidonvilles (électricité, eau courante, W-C, douches, chauffage). Cependant, l’îlot refermé sur lui-même est au service de la discipline et de la surveillance sociale, comparable à celle des grandes usines. (source : parisbalades.com/arrond/12/12ereuilly.htm et belairsud.blogspirit.com/files/2013%20DLH%20338.pdf)

[2] Jean Canard, né le 3 avril 1919 à Paris 12e, employé de banque, domicilié au 16, rue Édouard-Robert, déporté le 12 mai 1944 (comme Pierre Pannetrat) dans le transport de 2073 hommes parti de Compiègne et arrivé deux jours plus tard au KL Buchenwald (matricule n° 51834), est transféré au Kommandos de Dora-Ellrich, puis Dora-Nordhausen. Rescapé, il est libéré dans ce camp le 11 avril 1945. (source : Claude Mercier, François Perrot, Livre-Mémorial de la Fondation pour la mémoire de la Déportation, convoi I.211, tome 3, pages 541-543, 559)

[3] Joseph Le Lagadec, né le 24 novembre 1913 à Paris, employé de bureau, domicilié au 43, rue de Fécamp, déporté le 6 avril 1944 dans le transport de 1489 hommes parti de Compiègne et arrivé deux jours plus tard au KL Mauthausen (matricule n° 62683), meurt au Kommando de Gusen le 10 mars 1945. (source : Claude Mercier, in Livre-Mémorial de la FMD, convoi I.199, tome 3, pages 354-355, 390)

[4] Les chambres à gaz du centre de mise à mort situé à Birkenau fonctionnent principalement pour l’extermination des Juifs dans le cadre de la “Solution finale”, mais, jusqu’en mai 1943, elles servent également à éliminer des détenus, juifs ou non, considérés comme « inaptes au travail » (opération commencée en avril 1941, dans d’autres camps, sous le nom de code 14 f 13). Les détenus d’Auschwitz-I sélectionnés pour la chambre à gaz sont amenés en camions à Birkenau. Quelquefois, ils attendent la mort au Block 7 de ce camp.