JPEG - 79.1 ko
IDENTIFICATION INCERTAINE…
Auschwitz-I, le 8 juillet 1942.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau,
Oświęcim, Pologne.
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

Henri, Jean, Jouffin naît le 3 octobre 1916 à Saignes (Cantal), fils d’Henri Jouffin, 34 ans, jardinier, alors mobilisé, et de d’Anna (Coullon ?), 27 ans, son épouse, jardinière.

Le 11 août 1914, son père, rappelé à l’activité militaire par le décret de mobilisation générale du 1er août, a rejoint le 95e régiment d’infanterie, 10e compagnie. Le 20 décembre 1914, il a été évacué pour oreillons et dirigé sur des « hôpitaux inconnus » jusqu’au 1er février 1915 (époque de la conception de son fils ?).

Le samedi 23 octobre 1915, dans le secteur de la tranche Tête-à-Vache, en forêt d’Apremont (Meuse), Henri Jouffin père est blessé par un éclat de bombe à la cuisse droite, à l’avant-bras droit avec fracture du cubitus, et lésion à l’œil droit par éclat d’obus (ce jour-là, le régiment compte trois tués et trois blessés). Il est évacué aux hôpitaux de Commercy et de Neufchâteau. Puis, jusqu’au 13 décembre, il est à l’hôpital 103 de Nîmes. Après onze jours de convalescence, il rejoint le dépôt.
Le 1er juin 1916, il passe au 416e R.I.
Le 18 janvier 1917, les pieds gelés, il est évacué vers une ambulance, puis, le 22 janvier, vers l’hôpital canadien de Troyes. Le 6 mars, il part en convalescence et revient aux armées le 28 mars. Le 25 avril 1918, lors de l’offensive allemande sur le mont Kemmel (Flandre occidentale, Belgique), Henri Jouffin père est atteint par balle aux testicules, puis fait prisonnier de guerre (le régiment a été à peu près anéanti). Rapatrié le 5 janvier 1919, Henri Jouffin passe au 139e R.I. Le 3 septembre suivant – pour sa dernière blessure – il est réformé n° 1 avec une invalidité permanente par décision de la commission de réforme de Clermont-Ferrand.

Le 1er avril 1921, la famille habite au lieu-dit Layre à Saignes.

En 1931, la famille habite au lieu dit “Givry” à Foëcy, commune limitrophe de Vierzon à l’est (Cher). Henri Jouffin père héberge la mère de son épouse, Anna (elle aussi), épouse Coullon, 63 ans. Pendant un temps, Henri Jean Jouffin suit une formation à l’école nationale professionnelle Henri-Brisson de Vierzon.

En 1936 et jusqu’au moment de son arrestation, Henri Jean Jouffin habite toujours chez ses parents. Il est resté célibataire.

Cette même année 1936, il est déclaré comme ajusteur à (la Compagnie des chemins de fer de) l’État ; à vérifier…

C’est un militant communiste.

À des dates et pour un motif restant à préciser, Henri Jean Jouffin est arrêté puis finalement interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Le camp militaire de Royallieu en 1956. Au premier plan, en partant de la droite, les huit bâtiments du secteur A : « le camp des communistes ». En arrière-plan, la ville de Compiègne. Carte postale, coll. Mémoire Vive.

Le camp militaire de Royallieu en 1956.
Au premier plan, en partant de la droite, les huit bâtiments
du secteur A : « le camp des communistes ».
En arrière-plan, la ville de Compiègne. Carte postale, coll. Mémoire Vive.

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne, sur la commune de Margny, et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

TransportAquarelle

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Henri Jouffin est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) ; peut-être sous le numéro 45693 selon les listes reconstituées (la photo du détenu portant ce matricule a été retrouvée, mais n’a pu être identifiée à ce jour).

Après les premières procédures (tonte, désinfection, attribution d’un uniforme rayé et photographie anthropométrique), les 1170 arrivants sont entassés pour la plupart dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

© Mémoire Vive 2017.

© Mémoire Vive 2017.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau ; alors choisi pour mettre en œuvre la « solution finale » – le génocide des Juifs européens -, ce site en construction présente un contexte plus meurtrier pour tous les concentrationnaires. À leur arrivée, les “45000” sont répartis dans les Blocks 19 et 20 du secteur B-Ib, le premier créé.

Le 10 juillet, après l’appel général, ils subissent un bref interrogatoire d’identité qui parachève leur enregistrement et au cours duquel ils déclarent une profession (celle qu’ils exerçaient en dernier lieu ou une autre, supposée être plus “protectrice” dans le contexte du camp). Puis ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos. L’ensemble des “45000” passent ainsi cinq jours à Birkenau.

Le 13 juillet, après l’appel du soir, une moitié des déportés du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I), auprès duquel fonctionnent des ateliers où sont affectés des ouvriers ayant des qualifications utiles au camp. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a alors été affecté Henri Jean Jouffin.

Il meurt à Auschwitz le 16 octobre 1942, d’après l’acte de décès établi par l’administration SS du camp (Sterbebücher) [1].

Son nom (avec son deuxième prénom “Jean”) est inscrit parmi les déportés sur le monument aux morts de Foëcy, ainsi que sur la plaque commémorative apposée à l’intérieur du lycée technologique Henri Brisson de Vierzon, en hommage « Aux anciens élèves de l’École Nationale Professionnelle ».

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 21-10-1994).

Notes :

[1] Différence de date de décès avec celle inscrite sur les actes d’état civil en France : Dans les années qui ont suivi la guerre, devant l’impossibilité d’obtenir des dates précises de décès des déportés, mais soucieux d’établir les documents administratifs nécessaires pour le versement des pensions aux familles, les services français d’état civil – dont un représentant officiait au ministère des Anciens combattants en se fondant sur diverses sources, parmi lesquelles le témoignage approximatif des rescapés – ont très souvent fixé des dates fictives : le 1er, le 15, le 30, le 31 du mois, voire le jour (et le lieu !) du départ. Concernant Henri Jouffin, c’est le 1er septembre 1942 qui a été retenu pour certifier son décès. Leur inscription sur les registres d’état civil rendant ces dates officielles, certaines ont quelquefois été gravées sur les monuments aux morts.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 127 et 128, 362 et 408.
- Association des amis du musée de la Résistance et de la Déportation de Bourges, article dans La Nouvelle République du 31 janvier 2005.
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 520 (36170/1942).
- Site Mémorial GenWeb : relevés de Guillaume Roelly (n° 28156), 01-2006) et Jérôme Charraud (n° 43134), 11-2008.

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 12-10-2020)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous dispose (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.