JPEG - 75.3 ko
Auschwitz-I, le 8 juillet 1942.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau,
Oświęcim, Pologne.
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Henri Gaget naît le 21 janvier 1912 dans le hameau de Bourgneuf sur la commune de Dadonville, village d’une centaine d’habitants près de Pithiviers (Loiret – 45). Ses parents, Paul Gaget et Thérèse, née Jury, son épouse, sont agriculteurs. Ils ont eu dix enfants, dont Cécile, née le 13 décembre 1908, Georges et François.

En août 1914, leur grand-père, maire et conseiller d’arrondissement, avait refusé d’afficher l’ordre de mobilisation générale, estimant qu’il existait des solutions plus pacifiques.

En 1931, leur père étant décédé, Henri Gaget, âgé de 19 ans mais aîné des trois frères, reprend la ferme familiale sous l’autorité de sa mère. Son frère Georges interrompt ses études à l’école supérieure de la rue Beaurieux à Pithiviers pour l’y aider.

Au moment de son arrestation, Henri Gaget est célibataire.

Membre d’un syndicat agricole, il est sympathisant du Parti communiste sans que l’on sache s’il y a adhéré. C’est néanmoins le motif enregistré pour justifier son arrestation.

En 1937, son frère Georges part accomplir son service militaire. Toujours sous les drapeaux fin août 1939, il est fait prisonnier de guerre en juin 1940, peut-être à Boulogne-sur-Mer.

En 1939, son frère François, qui a fait un apprentissage de pâtissier, est mobilisé à son tour. Blessé au cours de la Campagne de France, il est à l’hôpital (à Montluçon ?) au moment de la défaite, ce qui lui évite d’être fait prisonnier.

Henri Gaget a pour ami le jeune Pierre Roux, de Dadonville, 20 ans, boulanger à Pithiviers. Celui-ci est arrêté le 29 mars 1941 pour « distribution de tracts anti allemands » puis écroué à la Maison d’arrêt d’Orléans. Il s’y trouvera encore en septembre après avoir espéré être libéré en juillet, ayant écrit à Henri qu’il craignait d’être envoyé plus loin « dans un de ces camps réservés pour nous ».

Le 22 juin 1941, Henri Gaget est arrêté dans la ferme de sa mère, sous les yeux de son neveu Claude (4 ans). Les militaires (gendarmes, Feldgendarmes ?) sont entrés dans la ferme par la petite porte de l’habitation donnant sur la rue pour aller trouver Henri dans la cour où il charriait des ballots « avec un sac sur la tête » pour se protéger. Il a jeté le sac et ils l’ont emmené sans qu’il puisse aller dans sa chambre pour y chercher des effets, ni dire « enrevoir » à sa famille.

Il est rapidement interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 -Polizeihaftlager).

JPEG - 96.1 ko
Le quartier “A” de la caserne de Royallieu à Compiègne,
futur “camp des communistes” du Frontstalag 122 ;
à droite, sont visibles les bâtiments A4, A5, A6, A7 et A8.
Carte postale des années 1930. Collection Mémoire Vive.

Le 20 avril 1942, Henri est rejoint par son ami Pierre Roux qui arrive dans un transfert d’internés venant du camp français de Rouillé, où il a été très malade.

Entre fin avril et fin juin 1942, Henri Gaget est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

JPEG - 145.8 ko
Les deux wagons à bestiaux
du Mémorial de Margny-les-Compiègne,
installés sur une voie de la gare de marchandise
d’où sont partis les convois de déportation. Cliché M.V.

Henri Gaget jette depuis le convoi un message qui parviendra à sa famille et dans lequel il mentionne la présence de Pierre Roux, enfermé dans un autre wagon.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Henri Gaget est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45563 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartisdans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire – au cours duquel Henri Gaget se déclare sans religion (Glaubenslos) -, ils sont envoyés aux travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Henri Gaget est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir.

JPEG - 327.8 ko
Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ».
« Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre »
Carte postale. Collection mémoire Vive.

Là, il est assigné au Block 14.

Le 8 août, il est admis au Block n° 20 (maladies contagieuses) de l’hôpital d’Auschwitz qu’il quitte le 27 août.

Henri Gaget meurt à Auschwitz le 20 septembre 1942, d’après les registres du camp.

Sa sœur Cécile s’est mariée à Robert Painchault, né le 13 septembre 1910, et habite avec lui à Orléans (45) où elle est couturière. Le couple est actif dans la Résistance, rencontrant régulièrement des membres du groupe Chanzy et participant à certaines de leurs actions. Arrêtés, ils sont déportés tous les deux.

Robert le premier, dans un transport de quarante-cinq détenus “NN” parti de Paris, gare de l’Est, le 11 octobre 1943 et arrivé à Sarrebruck (camp de Neue Bremm) le lendemain. Deux jours plus tard, Robert Painchault est intégré à un transport dirigé vers le KL [1] Mauthausen où il arrive le 16 octobre. Immatriculé sous le numéro 37797, il est affecté au Kommando de Schwechat (crée le 30 août 1943 pour la construction d’avions et le montage de chasseurs de nuit au profit de la firme aéronautique Heinkel et fermé en juillet 1944). Robert Painchault est libéré au camp de Mauthausen le 4 mai 1945.

Cécile est déportée à son tour dans le transport de 959 femmes parti de Compiègne le 31 janvier 1944 et arrivé au KL Ravensbrück le 3 février 1944, où elle-même est enregistrée sous le matricule 27234. 74 % des femmes de ce convoi rentreront de déportation, mais pas Cécile : elle meurt à Ravensbrück le 1er mars 1945.

Le conseil municipal de Saran, commune limitrophe d’Orléans, a donné le nom de Cécile Painchault à une place de la commune.

Thérèse Gaget, la mère d’Henri et de Cécile, reçoit la Légion d’honneur après la guerre.

Le nom d’Henri Gaget est inscrit – avec celui de Pierre Roux – sur le monument aux morts de Dadonville.

Sources :

- Muriel Ugon, nièce d’Henri Gaget et de Cécile Painchault, et d’Aurélie Ugon, leur petite nièce (09-2009).
- Fabien Gaget, neveu d’Henri et fils de Georges (message 09-2015).
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 365 et 404.
- CDJC, Paris, doc. IV-198, site internet du Mémorial de la Shoah.
- Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne, Bureau d’information sur les anciens prisonniers (Biuro Informacji o Byłych Więźniach), archives : liste du Block n° 20, hôpital d’Auschwitz-I.
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 328 (31980/1942).
- Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne, Bureau d’information sur les anciens prisonniers (Biuro Informacji o Byłych Więźniach) ; registre du Block 20, page 296.
- À propos de Cécile et Robert Painchault, Fondation pour la Mémoire de la Déportation, Livre-Mémorial des déportés de France arrêtés par mesure de répression…, 1940-1945, éditions Tirésias, Paris 2004 ; tome 1, p. 197 ; tome 2, p. 1176 ; tome 3, p. 193.
- Site Mémorial GenWeb, 45-Dadonville, relevé de Éric Louis, informations de Claude Richard (2002).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 29-09-2015)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] KL  : abréviation de Konzentrationslager (camp de concentration). Certains historiens utilisent l’abréviation “KZ”.