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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau,
Oświęcim, Pologne.
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Henri Gaget naît le 21 janvier 1912 dans le hameau de Bourgneuf sur la commune de Dadonville, village d’une centaine d’habitants près de Pithiviers (Loiret – 45), fils de Paul, Georges, Euphémie, Gaget, 38 ans, et Clémence Marie Thérèse Giry, 30 ans, son épouse, tous deux agriculteurs. Une entrée de leur ferme se trouve au bout de la rue de la Croix-rouge, sur la gauche en allant vers Denainvilliers. Ils ont déjà eu quatre filles : Henriette et Françoise, jumelles nées le 24 janvier 1907, Cécile, née le 13 octobre 1908, Lucienne, née le 3 avril 1910 ; puis naitront Georgette, le 13 novembre 1915, Georges, le 1er octobre 1917, François, le 8 octobre 1919, Yvette, le 7 juin 1921 et Suzanne, le 24 mars 1923.

En août 1914, Augustin Giry (1836-?), père de Thérèse, cultivateur, maire et conseiller d’arrondissement – qui a probablement marié sa fille et inscrit ses premiers petits-enfants à l’état civil – refuse d’afficher l’ordre de mobilisation générale, estimant qu’il existe des solutions plus pacifiques. Son mandat s’achève en 1917…

Paul Gaget, le père de famille, âgé de 58 ans, décède le 22 juillet 1931. Henri, âgé de 19 ans mais aîné des trois frères, reprend la ferme familiale sous l’autorité de sa mère, Thérèse Gaget-Giry. Pour l’y aider, son frère Georges interrompt ses études à l’école supérieure de la rue Beaurieux à Pithiviers.

Henri Gaget est de la classe 1932, mais l’appel à accomplir son service militaire est ajourné pour cause de bronchite. Puis le Conseil de révision le déclare inapte à la cavalerie et aux armes motorisées. Mais, en 1933, il est déclaré bon pour le service. Le 26 avril 1934, Henri Gaget rejoint le 11e régiment de tirailleurs algériens ; il est affecté à Sétif, en Algérie. Le 25 septembre suivant, il est nommé caporal. Le 20 mars 1935, il est renvoyé dans ses foyers en congé de libérable, titulaire d’un certificat de bonne conduite.  En juillet 1937 (période de moisson), il sera appelé comme réserviste à accomplir une période d’exercices militaires à La Courtine (Creuse).

Au moment de son arrestation, Henri Gaget est célibataire.

Membre d’un syndicat agricole, il est sympathisant du Parti communiste sans que l’on sache s’il y a adhéré, bien que la Brigade mobile d’Orléans le désigne comme « chef de la cellule de Dadonville », motif qui “expliquera” son arrestation. À la ferme, on lit le journal La Terre, hebdomadaire à destination des agriculteurs fondé en janvier 1937 par le député communiste Waldeck Rochet. En 1938, depuis la Fête de L’Humanité, Henri Gaget envoie à son frère Georges une carte co-signée avec son beau-frère, Robert Painchault.

En 1937, Georges était parti accomplir son service militaire. Toujours sous les drapeaux fin août 1939, il est fait prisonnier de guerre le 3 juin 1940, peut-être à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) et envoyé aux Stalags VI-A, puis VI-C.

Le 2 septembre 1939, Henri Gaget est rappelé à l’activité militaire par l’ordre de mobilisation générale et affecté au 4e Régiment de Tirailleurs marocains à Bourges. Mais, le 1er mars 1940, il est réformé temporairement n° 2 pour « extra-systolie, cœur vibrant rapide, hypertension maxima… » ; il est renvoyé dans ses foyers le lendemain.En 1939, son frère François, qui a fait un apprentissage de pâtissier, est mobilisé à son tour. Blessé au cours de la Campagne de France, il est à l’hôpital (à Montluçon ?) au moment de la défaite, ce qui lui évite d’être fait prisonnier.

Le 27 septembre 1939, le commissaire de police et le capitaine de la garde mobile de Pithiviers effectuent une série de perquisitions aux domiciles respectifs des militants communistes de l’arrondissement, puis transmettent au Parquet d’Orléans tous les documents délictueux saisis ainsi que la liste complète des adhérents, sans doute déposée au Greffe d’Orléans. Mais, cette liste semble ensuite s’être égarée. Le nom de Henri Gaget y figurait-il ?

Le 24 décembre 1940, sa sœur aînée Françoise, épouse Ferrage, âgée de 33 ans, décède de maladie après la naissance de son deuxième enfant. Ses deux jeunes fils, Michel, 3 ans, et François, 1 an, sont pris en charge à la ferme familiale.

Henri Gaget a pour amis André Robillard [1], dessinateur pour le tramway Pithiviers-Toury, et le jeune Pierre Roux, 20 ans, de Dadonville, boulanger alors sans travail après avoir perdu un emploi en région parisienne. Celui-ci est arrêté à Pithiviers le 29 mars 1941 pour « distribution de tracts anti allemands », puis écroué à Orléans. Il s’y trouvera encore en septembre après avoir espéré être libéré en juillet, ayant écrit à Henri qu’il craignait d’être envoyé plus loin « dans un de ces camps réservés pour nous ».

Le 21 mai 1941, dans son rapport hebdomadaire sur le communisme en France, transmit à l’Office central de sécurité du Reich (Reichssicherheithauptamt – RSHA) à Berlin, le service (Amt) IV A 1 de la Gestapo de Paris rend compte : « Dans ce département [le Loiret], on note un regain de propagande communiste ; on a observé par exemple à Bourgneuf des réunions communistes secrètes plus fréquentes où on a noté la présence d’un certain Gaget et de son complice Perdigean. Une enquête sur cette affaire est actuellement menée par la police française. »

Début juin, des inspecteurs d’Orléans viennent effectuer des perquisitions aux domiciles de trois habitants de Bourgneuf, dont Henri Gaget.

Le 22 juin 1941, vers 17 heures, celui-ci est arrêté par des Feldgendarmes de Pithiviers dans la ferme de sa mère, sous les yeux de son neveu Michel, 3 ans, fils orphelin de Françoise. Les militaires allemands entrent dans la ferme par la petite porte de l’habitation donnant sur la rue pour aller trouver Henri dans la cour où il charriait des ballots « avec un sac sur la tête » pour se protéger. Il jette le sac et ils l’emmènent sans qu’il puisse aller dans sa chambre pour y chercher des effets, ni dire « enrevoir » à sa famille. Selon un rapport ultérieur du commissaire de police de Pithiviers, une perquisition du domicile aurait néanmoins été effectuée simultanément par les gendarmes allemands, sans donner de résultat.

Avec Gustave Nourry, de Châlette-sur-Loing, Henri Gaget semble être un des deux seuls futurs “45000” du Loiret arrêtés dans le cadre de l’Aktion Theoderich [2]. Il est détenu quelques jours à la « prison » d’Orléans ; soit à la Maison d’arrêt de la ville, rue Émile-Zola, soit à la prison militaire du quartier Chatillon, au 14 rue Eugène-Vignat, réquisitionnée par l’armée d’occupation (à vérifier…).

En haut à gauche, à côté de la gendarmerie, la maison d’arrêt. En bas à droite, en face de la caserne d’artillerie, la prison militaire. Ville d'Orléans. Plan général de la commune 1/2000e [en 14 feuilles], 1934, feuille n° 3 (1Fi154-5). Extrait.  © Orléans métropole, site internet, archives municipales et communautaires.

En haut à gauche, à côté de la gendarmerie, la maison d’arrêt. En bas à droite, en face de la caserne d’artillerie, la prison militaire.
Ville d’Orléans. Plan général de la commune 1/2000e [en 14 feuilles], 1934, feuille n° 3 (1Fi154-5). Extrait.
© Orléans métropole, site internet, archives municipales et communautaires.

Le 2 juillet, Henri Gaget, Gustave Nourry et Roger Clément font partie d’un groupe de 23 détenus d’Orléans transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

La caserne de Royallieu après-guerre. Les huit premiers bâtiments alignés à gauche sont ceux du quartier “A”, désigné pendant un temps comme le “camp des communistes”. À l’arrière plan à gauche, sur l’autre rive de l’Oise, l’usine de Venette qui fut la cible de plusieurs bombardements avec “dégâts collatéraux” sur le camp. Carte postale. Collection Mémoire Vive.

La caserne de Royallieu après-guerre. Les huit premiers bâtiments alignés à gauche sont ceux du quartier “A”,
désigné pendant un temps comme le “camp des communistes”.
À l’arrière plan à gauche, sur l’autre rive de l’Oise, l’usine de Venette qui fut la cible de plusieurs bombardements avec “dégâts collatéraux” sur le camp.
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Le 20 avril 1942, Henri est rejoint à Royallieu par son ami Pierre Roux qui arrive dans un transfert d’internés venant du camp français de Rouillé, où il a été très malade.

Entre fin avril et fin juin 1942, Henri Gaget est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler). Le 27 avril, la Feldkommandantur d’Orléans établit une courte liste de cinq « dirigeants communistes qui furent arrêtés le 22.6.41 et incarcérés à la prison d’Orléans ». Aux noms de Gaget et Nourry s’ajoutent ceux de Fernand Courtat (46 ans), de Gien, de Paul Rebeche (61 ans), d’Olivet, et de Roger Clément (28 ans), de Dhuizon, en Loir-et-Cher, qui sera déporté le 6 juillet 1942. Les indications concernant Henri Gaget reçoivent un complément : « Gaget, qui n’était pas mentionné sur les listes transmises, a été arrêté, vu qu’il s’agit d’un communiste très actif, qui est soupçonné d’avoir agi activement, même en ces derniers temps, et d’avoir tenu des réunions communistes. C’est pour ces raisons qu’il a été appréhendé et incarcéré avec les autres dirigeants communistes. »

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne, sur la commune de Margny, et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

Les deux wagons à bestiaux du Mémorial de Margny-les-Compiègne, installés sur une voie de la gare de marchandises d’où sont partis les convois de déportation. © Cliché M.V.

Les deux wagons à bestiaux du Mémorial de Margny-les-Compiègne,
installés sur une voie de la gare de marchandises
d’où sont partis les convois de déportation. © Cliché M.V.

Depuis le convoi, Henri Gaget jette un long message qui parviendra à sa mère et sa fratrie, avec pour objectif de les rassurer, mais qui relate également les évènements survenus dans les jours précédents le départ :

« Dans le train, le 6 juillet 1942

¤ Surtout ne vous en faites pas pour moi.
¤ J’espère que vous recevrez bien le colis que j’ai pu vous envoyer

Chère maman, chers frères et sœurs,
Ce n’est plus de Royallieu que je vous écris aujourd’hui, en espérant que cette lettre vous parvienne bien, mais d’un wagon ! (40 hommes, chevaux 8 en long) où nous sommes 45, qui nous emmène « autre part » nous a-t-on dit, officiellement travailler en Allemagne. Nous sommes 1200 dans ce train, avec 4 jours de vivres et d’autres réserves en plus dans le train. Pierre [ROUX] est de la partie naturellement, mais pas dans le même wagon. Je ne suis pas fâché, croyez-moi bien, de quitter Compiègne. Chacun ne sait naturellement pas ce qu’on va trouver, mais ça ne pourra de toute façon pas être pire. Si nous n’y étions pas maltraités, de temps en temps on venait chercher un camarade, pour en faire ce que vous pensez. Nous en avons vu partir pas mal aussi depuis un an, des fois une quinzaine. Tout laissait prévoir qu’il y aurait du changement dans le camp,
cette quinzaine a été mouvementée. Tout d’abord le 22 juin au matin, des gardiens s’aperçurent qu’il manquait 19 hommes à l’appel, dont COGNIOT, l’ancien doyen du camp, qu’ils venaient de remplacer. En cherchant bien, ils découvrirent le moyen de fuite : un souterrain d’une cinquantaine de mètres de long qu’ils avaient creusé, qui partait d’un baraquement, traversait la cour, un puisard, les barbelés, le chemin de ronde, le mur extérieur et aboutissait dans un champ de blé voisin. A la suite de cela, nous nous demandions ce qui allait nous arriver. Comme sanction, nous eûmes suppression de théâtre, des cours, des conférences, jeux, sports et plus de réchauds etc. Le courrier fut limité d’une lettre et de dix cartes par mois.
On nous fit à nouveau déménager du bâtiment A-6 et loger 52 par chambre, où en temps ordinaire il doit y avoir 16 soldats.
Dans la nuit du 23 au 24, nous fûmes réveillés en sursaut par une explosion formidable, après avoir entendu un avion. Celui-ci venait de lâcher 14 bombes sur le camp. Le lendemain matin, c’était beau : il n’y avait plus une vitre et les latrines étaient dans un drôle d’état, surtout le A-3 et le A-4. Une bombe à retardement avait explosé une heure et demie après le bombardement et enlevé les canalisations d’eau et le courant.
Dans notre camp, 13 bombes étaient tombées. Par une chance inespérée, il n’en est tombé qu’une sur le bâtiment A-3 et A-2, dont celle à retardement entre le A-3 et le A-4, les autres sur le terrain. Il n’y aurait eu que quelques blessés assez légers.
Ensuite il n’en fut pas de même pour le camp d’aviation voisin du nôtre où la seule bombe tombée tomba sur un bâtiment et explosa dans une chambre. Il y eut deux morts et des blessés, dont un mourant le lendemain.
Ce bombardement aurait pu être terrible, c’est même un miracle qu’il n’y ait pas eu plus de morts.
Enfin vous voyez que nous n’étions pas trop en sécurité dans ce camp et nous ne peinerons pas d’être aussi bien.
Vous voudrez bien prévenir chez Pierre [ROUX] et aussi chez les camarades dont les noms suivent, qui sont avec moi. CLEMENT Roger à sa femme, Madame Paulette CLEMENT à Dhuizon (Loir-et-Cher) ; Paul CHENEL à son frère, M. CHENEL Charles, 16 route de Blancelle à Dombasle-sur-Meurthe (Meurthe et Moselle) ; pour André LIORET à ses parents, M. et Mme LIORET, commerçants à Amilly, route de Viray (Loiret) ; pour NOURRY [Gustave] à sa femme, Mme NOURRY à Vésines – Chalette-sur-Loing (Loiret).
Inutile de vous dire que le moral est excellent, ainsi que la santé. Je suis en parfait état de santé, grâce à tous les colis que nous avons reçus. J’espère que nous pourrons nous écrire. J’ai reçu une carte de Georges. Je vous embrasse tous bien fort.
Henri »

Par la suite, les familles désignées formeront un réseau d’entraide et de partage d’information.

Le trajet dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Henri Gaget est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45563 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée).

Après les premières procédures (tonte, désinfection, attribution d’un uniforme rayé et photographie anthropométrique), les 1170 arrivants sont entassés pour la plupart dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau ; alors choisi pour mettre en œuvre la « solution finale » – le génocide des Juifs européens -, ce site en construction présente un contexte plus meurtrier pour tous les concentrationnaires. À leur arrivée, les “45000” sont répartis dans les Blocks 19 et 20 du secteur B-Ib, le premier créé.

Le 10 juillet, après l’appel général, ils subissent un bref interrogatoire d’identité qui parachève leur enregistrement et au cours duquel ils déclarent une profession (celle qu’ils exerçaient en dernier lieu ou une autre, supposée être plus “protectrice” dans le contexte du camp) : Henri Gaget se déclare également sans religion (Glaubenslos). Puis ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos. L’ensemble des “45000” passent ainsi cinq jours à Birkenau.

Le 13 juillet, après l’appel du soir, Henri Gaget est dans la moitié des déportés du convoi ramenée au camp principal (Auschwitz-I), auprès duquel fonctionnent des ateliers où sont affectés des ouvriers ayant des qualifications utiles au camp.

Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ».  « Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre »  Carte postale. Collection mémoire Vive. Photo : Stanislas Mucha.

Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ». « Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre »
Carte postale. Collection mémoire Vive. Photo : Stanislas Mucha.

Là, il est assigné au Block 14.

Le 8 août, il est admis au Block n° 20 (maladies contagieuses) de l’hôpital d’Auschwitz qu’il quitte le 27 août.

Henri Gaget meurt à Auschwitz le 20 septembre 1942, d’après l’acte de décès établi par l’administration SS du camp (Sterbebücher), qui indique pour cause mensongère de sa mort « insuffisance cardiaque et circulatoire » (Herz und Kreislaufschwäche), ce qui – si l’on considère le motif de sa réforme en 1940 – correspond peut-être à une réalité.

Sa sœur Cécile s’est mariée à Robert Painchault, né le 13 septembre 1910, et habite avec lui à Orléans (45) où elle est couturière. Le couple est actif dans la Résistance, rencontrant régulièrement des membres du groupe Chanzy et participant à certaines de leurs actions.  Pris  successivement, le 4 avril 1943 au soir et le 5 avril au matin, dans une “souricière” tendue chez des camarades de résistance, ils sont déportés tous les deux.

Robert le premier, dans un transport de quarante-cinq détenus “NN” parti de Paris, gare de l’Est, le 11 octobre 1943 et arrivé à Sarrebruck (camp de Neue Bremm) le lendemain. Deux jours plus tard, Robert Painchault est intégré à un transport dirigé vers le KL [3] Mauthausen où il arrive le 16 octobre. Immatriculé sous le numéro 37797, il est affecté au Kommando de Schwechat (crée le 30 août 1943 pour la construction d’avions et le montage de chasseurs de nuit au profit de la firme aéronautique Heinkel et fermé en juillet 1944). Robert Painchault est libéré au camp de Mauthausen le 4 mai 1945.

Cécile est déportée à son tour dans le transport de 959 femmes parti de Compiègne le 31 janvier 1944 et arrivé au KL Ravensbrück le 3 février, où elle-même est enregistrée sous le matricule 27234. 74 % des femmes de ce convoi rentreront de déportation, mais pas Cécile : elle meurt à Ravensbrück le 1er mars 1945.

Le 30 mai, à la recherche d’informations concernant son fils Henri, Thérèse Gaget écrit à la Croix-Rouge française, qui lui répond de s’adresser à un autre interlocuteur, à Paris.

Le 11 juillet, peu avant la libération, Madame veuve Gaget Giry écrit à la Délégation générale du gouvernement français dans les territoires occupés pour demander « s’il est possible de lui donner des nouvelles de son fils (…) interné à Compiègne d’où il est parti le 5 juillet 1942 ; restée sans nouvelle depuis cette date ». La 31 juillet suivant, Fernand (de) Brinon, ambassadeur de France, répond à la demandeuse : « La Délégation générale, qui s’intéresse tout particulièrement au sort de ces prisonniers civils, est intervenue à maintes reprises et de façon insistante en leur faveur auprès des Autorités de police allemandes. Celles-ci néanmoins ont, jusqu’à ce jour, opposé à ces démarches une fin de non-recevoir et se sont refusées à fournir la moindre indication sur le lieu de détention des intéressés. Je prends toutefois bonne note du cas de M. Gaget, au cas où j’aurais à nouveau la possibilité d’intervenir utilement en sa faveur… » Simultanément, (de) Brinon écrit au préfet du Loiret pour lui demander tous les renseignements en sa possession concernant cette affaire. « J’attacherais du prix à savoir si vous avez jugé opportun d’intervenir en faveur de l’intéressé et, dans l’affirmative, quelle suite a été réservée à votre démarche. »

Le 21 mai 1945, Yvonne Nourry, épouse de Gustave Nourry, de Chalette-sur-Loing, envoie à Thérèse Gaget une lettre montrant qu’à cette date le réseau des familles est encore sans nouvelles et ignore toujours la direction prise par le convoi du 6 juillet 1942.

Mais, le 7 juillet suivant, Madame Nourry écrit à Thérèse Gaget pour l’informer qu’elle vient d’apprendre de source sûre la mort de son mari. Deux jours plus tôt, 5 juillet, la secrétaire de l’Amicale d’Auschwitz, à Paris, avait écrit au maire de Chalette pour le prier d’avertir Yvonne Nourry du décès de son mari, ayant su que celui-ci « … est mort à Birkenau (près d’Auschwitz) en septembre 1942 » : la destination des Loirétains est ainsi désormais connue..

Après que le gouvernement d’Union nationale du général de Gaulle ait enfin donné le droit de vote aux femmes,Thérèse Gaget est première femme de Dadonville à se présenter comme candidate aux élections pour le Conseil municipal. Elle y est élue le 13 mai 1945.

Georges Gaget, son fils prisonnier de guerre, est rapatrié. Le neveu de celui-ci, Michel Ferrage, relate ainsi son retour : « En le voyant arriver, tout le monde a arrêté ce qu’il était en train de faire, tellement c’était un heureux évènement inattendu, pour aller à sa rencontre. Il faisait beau, c’était la fête, Georges était de retour… » Thérèse accueille et héberge son gendre pendant un an, lui permettant de se reconstruire.

En août, Clémentine Lioret, mère d’André Lioret, d’Amilly, fait savoir à Thérèse Gaget qu’elle vient de recevoir la visite d’un rescapé, « André Faudry, infirmier pointeur au camp », de Saint-Maur-des-Fossés (Seine / Val-de-Marne). Celui-ci lui a appris que le convoi du 6 juillet 1942 a été dirigé sur Auschwitz et que seuls 117 détenus en sont rescapés,  se portant ainsi témoin de la mort certaine de son fils.

Le 28 janvier 1946, Thérèse Gaget complète un formulaire du ministère des anciens Combattants et victimes de la guerre (ACVG) pour demander la « régularisation de l’état civil d’un “non-rentré” », à savoir, son fils.

Le 14 avril suivant, répondant à une demande de Thérèse Gaget, Lucien Matté, de Noisy-le-Grand (Seine / Seine-Saint-Denis), explique : « … maintenant, il n’y a plus d’espoir. Pour tout ceux de notre transport du 6 juillet 1942 qui n’ont pas été rapatriés avant la fin de l’année 1945, c’est qu’ils n’étaient plus du monde des vivants. […] Pour votre fils, hélas, c’est comme tous nos malheureux camarades, ils sont morts, soit de la dysenterie, soit du typhus, dont le tout est dû aux privations dont nous avons subies, sinon les brimades de toutes sortes. Veuillez agréer, Madame, avec mes sentiments respectueux, le regret de ne pouvoir [donner] plus de détails. »

Le 15 septembre de cette année, la commune de Dadonville organise une cérémonie commémorative pour honorer les quatre jeunes du village disparus dans les camps de concentration : Henri Gaget, Cécile Painchault, née Gaget, Pierre Roux et André Robillard. Simultanément, une plaque commémorative est apposée à l’entrée de la ferme familiale aux noms d’Henri et de Cécile, deux autres étant posées sur les domiciles respectifs de leurs amis. Plus tard (?), une place de Dadonville sera dénommée place des Déportés.

© Dany Percheron.

© Dany Percheron.

© Dany Percheron.

© Dany Percheron.

Le 3 octobre 1946, l’officier de l’état civil en fonction au ministère des ACVG dresse l’acte de décès officiel d’Henri Gaget, « sur la base des éléments d’information figurant au dossier du de cujus, qui nous a été présenté ce même jour ». Quatre jours plus tard, cet acte est transcrit sur les registres d’état civil de la Mairie de Dadonville. Aussitôt, ce 8 octobre, Thérèse Gaget écrit au ministère : « … l’acte de décès mentionne bien que mon fils est décédé à Auschwitz le 20 septembre 1942 à 19 h 23. Je vous ferais remarquer que je n’ai pu obtenir aucune nouvelle de lui depuis son départ de Compiègne le 6 juillet 42. Aussi, je vous serais bien reconnaissante si vous pouviez m’indiquer comment vous avez pu obtenir ces renseignements, voulant être fixée sur les circonstances de sa mort, soit que vous me donniez une adresse de personnes qui ont pu le connaître et vous en prévenir. » Le chef du bureau de l’état civil Déportés du ministère lui répond que « … le décès de votre fils a été relevé sur les registres d’état civil de la mairie (sic) d’Auschwitz, établissant que, d’après le rapport du médecin, votre fils est décédé à l’hôpital de cette ville le 25 décembre 1942 à 19 heures 25, par affaiblissement du cœur et de la circulation », traduisant littéralement le contenu de la page du Sterbebücher, dont les autorités polonaises avaient envoyé une copie en France.

Le 22 juin 1947, Thérèse Gaget complète un formulaire du ministère des ACVG de demande d’inscription de la mention « Mort pour la France » sur l’acte de décès de son fils, déporté politique. À la rubrique « Motif et circonstances de l’arrestation », elle écrit « présumé communiste ». Le 1er avril 1948, la mention est ajoutée sur les registres d’état civil de Dadonville.

La mère d’Henri et de Cécile reçoit la Légion d’honneur ; diplôme délivré le 20 octobre 1947, pour une prise de rang fixée l’année précédente, le 28 août 1946.

Le 6 novembre 1951, Maurice Gentil, ex-commandant FTPF du Loiret, homologué capitaine FFI au sein de la Résistance intérieure française (RIF), certifie par une « attestation sur l’honneur » qu’Henri Gaget était « effectivement membre FTPF », ce qui lui a « valu l’arrestation et la déportation ».

Les noms d’Henri Gaget, Cécile Painchault, Pierre Roux et André Robillard sont inscrits sur le monument aux morts de Dadonville.

Leurs noms sont également inscrits sur la stèle aux Déportés de la ville de Pithiviers ; Cécile y étant désignée par son nom de jeune fille.

À une date restant à préciser, le conseil municipal de Saran, commune limitrophe d’Orléans, donne le nom de Cécile Painchault à une place de la commune.

Le 22 novembre 1950, Thérèse Gaget complète un formulaire du ministère des ACVG de demande d’attribution du titre de Déporté Résistant à son fils, à titre posthume. À la rubrique « Renseignements relatifs à l’acte qualifié de résistance à l’ennemi qui a été la cause déterminante de l’exécution de l’internement ou de la déportation », elle inscrit de manière non détaillée : « Édition et diffusion de tracts. Arrêté sur dénonciation. »

Le 31 décembre 1953, le ministère des ACVG décide de refuser l’attribution du titre de Déporté Résistant à Henri Gaget (« Il résulte du dossier que l’intéressé ne remplit pas les conditions exigées par les dispositions combinées des articles R.286 & R.287 du Code des pensions »). Le 15 janvier 1954, il envoie la carte de Déporté politique n° 1110-08528 à Thérèse Gaget-Giry, en qualité d’ascendant.

Celle-ci décède à Dadonville le 7 novembre 1964.

Conformément à l’arrêté du 6 février 1993, la mention « Mort en déportation » est inscrite en marge de la transcription de l’acte de décès d’Henri Gaget sur les registres d’état civil de Dadonville (effectivement ajoutée le 24 mai suivant).

Le 1er octobre 1999, le maire d’Orléans, Jean Pierre Sueur, dévoile une plaque commémorative apposée sur l’ancienne maison de  Robert et Cécile Painchault au 5, rue Saint-Euverte.

© Photo Dany Percheron.

© Photo Dany Percheron.

Le 7 décembre 2010 – le Conseil municipal ayant décidé à l’unanimité d’honorer la mémoire de Thérèse Gaget-Giry en donnant son nom à une nouvelle rue pénétrant dans la zone d’activités de la Guinette -, la plaque en est dévoilée par quatre de ses arrière-petits-enfants après une allocution de Marc Pététin, adjoint au Maire.

Notes :

[1] André Robillard, né le 10 septembre 1916 à Dadonville (45), est employé de la régie départementale du tramway de Pithiviers à Toury (TPT), dont la ligne de 30 km a été ouverte par les établissements Decauville & Ainé en 1893 (« le Décau »). Le 16 juin 1943, le jeune homme est arrêté sur son lieu de travail – les bureaux du TPT à Pithiviers – pour distribution de tracts, et placé en détention à Orléans. Le 3 septembre suivant, il est déporté depuis Compiègne dans un transport de 943 hommes (dont 415 – soit 44 % – rentreront de déportation) arrivé le lendemain au KL Buchenwald. Enregistré sous le matricule n° 20489, André Robillard succombe dans ce camp un mois plus tard, le 9 novembre 1943 (source : Fondation pour la Mémoire de la Déportation, Livre-Mémorial des déportés de France arrêtés par mesure de répression…, 1940-1945, éditions Tirésias, Paris 2004, convoi I.131, pages 1056-1057, et 1093).

[2] L’ “Aktion Theoderich : Le 22 juin 1941, l’attaque de l’Union soviétique se fait au nom de la lutte contre le “judéo-bolchevisme”. Dès mai 1941, une directive du Haut-commandement de la Wehrmacht pour la “conduite des troupes” sur le front de l’Est définit le bolchevisme comme « l’ennemi mortel de la nation national-socialiste allemande. C’est contre cette idéologie destructrice et contre ses adeptes que l’Allemagne engage la guerre. Ce combat exige des mesures énergiques et impitoyables contre les agitateurs bolcheviks, les francs-tireurs, les saboteurs et les Juifs, et l’élimination allemande de toute résistance active ou passive. » Hitler est résolu à écraser par la terreur – à l’Ouest comme à l’Est – toute opposition qui viendrait entraver son effort de guerre. Le jour même de l’attaque contre l’Union soviétique, des mesures préventives sont prises dans les pays occupés contre les militants communistes – perquisitions à leur domicile et arrestations – et des ordres sont donnés pour punir avec la plus extrême sévérité toute manifestation d’hostilité à la puissance occupante.
En France, dans la zone occupée, au cours d’une opération désignée sous le nom de code d’Aktion Theoderich, plus de mille communistes sont arrêtés en zone occupée par les forces allemandes et la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne, créé à cette occasion pour la détention des « ennemis actifs du Reich » sous l’administration de la Wehrmacht.
Au total, 1300 hommes y seront internés à la suite de cette action. Les autorités d’Occupation opéreront un tri et certains seront libérés. Mais, fin août, deux cents d’entre eux font déjà partie de ceux qui seront déportés dans le convoi du 6 juillet 1942.

[3] KL : abréviation de Konzentrationslager (camp de concentration). Certains historiens utilisent l’abréviation “KZ”.

Sources :

- Muriel Ugon, nièce d’Henri Gaget et de Cécile Painchault, et Aurélie Ugon, leur petite nièce (09-2009, 09-2010 et 03-2020).
- Fabien Gaget, neveu d’Henri et fils de Georges (message 09-2015).
- Dany Percheron : transcription des lettres de Pierre Roux, conservées par Pierrette Jean, sa nièce (fille de Charlotte Roux), 72 pages ; transcription du message jeté du train par Henri Gaget ; relecture et compléments d‘information ; photographies et fichiers image (messages 03-2020).
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 365 et 404.
- La Gestapo contre le Parti communiste, rapport sur l’activité du PCF, décembre 1940-juin 1941, messidor-éditions sociales, collection problèmes-histoire, Paris, novembre 1984, p. 181.
- Archives départementales du Loiret, Centre des archives modernes et contemporaines, cité administrative Coligny, Orléans : registre matricule du recrutement militaire, microfiche, matricule n° 908 ; civils condamnés par les autorités d’occupation, 1941-1944, de A à L (109 W-20807) ; internements administratifs, listes, dossiers individuels et collectifs, correspondance, 1940-1945 (138 W-25856).
- CDJC, Paris, doc. IV-198, site internet du Mémorial de la Shoah.
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 328 (31980/1942).
- Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne, Bureau d’information sur les anciens prisonniers (Biuro Informacji o Byłych Więźniach) ; registre du Block 20, page 296.
- André Chêne, Ceux du groupe Chanzy, Librairie Nouvelle, Orléans 1964 : liste des « Membres des fédérations du Loiret du Parti Communiste Français et des Jeunesses Communistes tombés pour que vive la France », pages 143 à 145.
- À propos de Cécile et Robert Painchault, Fondation pour la Mémoire de la Déportation, Livre-Mémorial des déportés de France arrêtés par mesure de répression…, 1940-1945, éditions Tirésias, Paris 2004 ; tome 1, p. 197 ; tome 2, p. 1176 ; tome 3, p. 193.
- Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), ministère de la Défense, direction des patrimoines de la mémoire et des archives (DPMA), Caen : dossier individuel (21 P 452 904).
- Site Mémorial GenWeb, 45-Dadonville, relevé de Éric Louis, informations de Claude Richard (2002).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 14-04-2020)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.