JPEG - 77.1 ko
Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Henri Breton naît le 20 septembre 1896 à Saint-Sauveur-la-Pommeraye (Manche – 50).

De la classe 1916, il est mobilisé au cours de la guerre 1914-1918, au cours de laquelle il est blessé à trois reprises ; il est titulaire de la Croix de guerre (citation).

Le 10 avril 1919, il est embauché par une compagnie de chemin de fer qui fusionnera avec d’autres au sein de la SNCF début 1938 [1].

Au moment de son arrestation, il est domicilié au 75, rue Dumont (?) à Sotteville-lès-Rouen (Seine-Maritime [2] – 76). Il est marié, sans enfant à charge ; en 1945, sa famille habite au 21, rue J.-Lebac au Petit-Quevilly.

Henri Breton est alors chaudronnier en fer au dépôt SNCF de Sotteville. Il a reçu la Médaille du travail au titre de cette entreprise.

76 - Sotteville -les-Rouen

En 1933, il est membre du Conseil d’administration de la Maison du peuple de Sotteville. En 1934, il est trésorier de la 19e U.R.U., puis gérant du bar Renaissance, propriété de la Maison du peuple. En 1939, il partage avec Marcel Dumont le poste de receveur de la cellule communiste du dépôt. Il héberge chez lui Hubert Laubach, “apatride” natif d’Allemagne, ancien brigadiste en Espagne, qui assure la liaison entre les groupes communistes de Sotteville, de Saint-Étienne-de-Rouvray et d’Oissel. L’épouse d’Henri Breton est membre du Comité mondial des femmes contre le fascisme et la guerre.

JPEG - 309.8 ko
Carte syndicale CGT, Fédération des chemins de fer. 
Collection Mémoire Vive.

Après l’interdiction du Parti communiste, Henri Breton et Hubert Laubach restent actifs dans la clandestinité, selon la police, en contact – entre autres – avec Émile Billoquet.

Le 29 novembre 1941, Henri Breton est arrêté par la police française pour le compte de laFelkommandantur de Rouen, « soupçonné d’avoir participé à l’attentat contre la librairie allemande de Rouen [3] », de même que plusieurs cheminots de Sotteville-Octeville (François Pelletan, André Poirier, Marius Vallée…).

Le 15 janvier 1942, Henri Breton est transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne [4] (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande, en application d’un ordre de Hitler.

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sà pied ous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

JPEG - 128.9 ko

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Henri Breton est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I), peut-être sous le numéro 46224, selon les listes reconstituées (aucune photo de détenu de ce convoi n’a été retrouvée après le matricule 46172).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartisdans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différentsKommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Henri Breton.

Il meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942, d’après l’acte de décès établi par l’administration SS, alors qu’a lieu une grande sélection des “inaptes au travail” à l’intérieur du camp au cours de laquelle 146 des “45000” sont inscrits sur le registre des décès en deux jours, probablement gazés [5].

Après leur retour de déportation, les rescapés du convoi qui attestent de son décès sont Lucien Matté, de Paris 12e, et Étienne Pessot, de Cachan (94).

Le nom d’Henri Breton est inscrit sur le monument aux morts SNCF du dépôt de Sotteville-lès-Rouen et sur le monument aux morts de Petit-Quevilly.

JPEG - 209 ko
Stèle en hommage aux Déportés apposée sur le monument 
aux morts de Petit Quevilly situé dans le cimetière communal. 
Photo Mémoire Vive. D.R.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 62 (note), 150 et 153, 377 et 397. 
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et les “31000” de Haute-Normandie, Rouen 2000, citant : documents allemands du S.D. (Sichereitsdienst, service de renseignement de la SS), feuillet 55, Centre de documentation juive contemporaine (CDJC), Paris – Liste établie par Louis Jouvin (45697), du Grand-Quevilly. 
- Louis Eudier (45523), listes à la fin de son livre Notre combat de classe et de patriotes (1939-1945), imprimerie Duboc, Le Havre, sans date (2-1973 ?). 
- Archives départementales de Seine-Maritime, Rouen, site de l’hôtel du département, cabinet du préfet 1940-1946, individus arrêtés par les autorités de Vichy ou par les autorités d’occupation, dossiers individuels, cote 51 W 411 (de Bl à Bu), recherches conduites avec Catherine Voranger, petite-fille de Louis jouvin (“45697”). 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 132 (36325/1942). 
- Site du Groupe Archives Quatre-Mares (GAQM). 
- Base de données des archives historiques SNCF ; service central du personnel, agents déportés déclarés décédés en Allemagne, de A à Q (cote 0110LM0108).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 25-04-2014)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] La SNCF : Société nationale des chemins de fer français. À sa création, suite à une convention validée par le décret-loi du 31 août 1937, c’est une société anonyme d’économie mixte, créée pour une durée de 45 ans, dont l’État possède 51 % du capital.

[2] Seine-Maritime : département dénommé “Seine-Inférieure” jusqu’en janvier 1955.

[3] Selon Albert Ouzoulias : « Le 28 novembre (1941), Lefebvre (Marc), un jeune cheminot breton qui travaille à Sotteville, lance une bombe dans la vitrine de la librairie allemande de Rouen, rue Jeanne-d’Arc ; l’engin a été confectionné avec un bout de tube de chaudière de locomotive du dépôt de Sotteville. » in Les Bataillons de la Jeunesse, 1967, p. 200. … ce qui explique la désignation comme otages de militants arrêtés dans ce secteur (la date du 26 novembre est aussi donnée). L’engin n’a pas explosé.

[4] Sous contrôle militaire allemand, le camp de Royallieu a d’abord été un camp de prisonniers de guerre (Frontstalag 122), puis, après l’invasion de l’URSS, un « camp de concentration permanent pour éléments ennemis actifs ». À partir de septembre 1941, on y prélève – comme dans les autres camps et prisons de zone occupée – des otages à fusiller. À partir du 12 décembre 1941, un secteur du sous-camp “C” est réservé aux Juifs destinés à être déportés à titre de représailles. Le camp des Juifs est supprimé le 6 juillet 1942, après le départ de la plupart de ses internés dans le convoi transportant les otages communistes vers Auschwitz. Les derniers détenus juifs sont transférés au camp de Drancy (Seine-Saint-Denis – 93).

[5] Les chambres à gaz du centre de mise à mort situé à Birkenau fonctionnent principalement pour l’extermination des Juifs dans le cadre de la “Solution finale”, mais, jusqu’en mai 1943, elles servent également à éliminer des détenus, juifs ou non, considérés comme “inaptes au travail” (opération commencée en avril 1941, dans d’autres camps, sous le nom de code 14 f 13). Les détenus d’Auschwitz-I sélectionnés pour la chambre à gaz sont amenés en camions à Birkenau. Quelquefois, ils attendent la mort au Block 7 de ce camp.