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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau,
Oswiecim, Pologne.
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Henri, René, Bockel naît le 2 novembre 1920 à Paris 12e, fils d’Eugène Bockel et de Marie Joséphine Duss.

Pendant un temps, il habite au 12, rue Marcel-Sembat à L’Haÿ-les-Roses (Seine / Val-de-Marne – 94) ; chez ses parents ? (à vérifier…).

Du 9 octobre 1935 au 22 janvier 1936, il travaille comme « petite main ajusteur » à la Société anonyme des Avions Hanriot, sise au 1, route d’Orléans à Arcueil (94). Il quitte l’entreprise pendant deux mois par manque de travail, puis est réembauché le 23 mars suivant.

En 1936, l’entreprise est nationalisée et absorbée par la Société nationale des Constructions aéronautiques du Centre (SNCAC), sise 167, rue de Silly à Boulogne-Billancourt. Henri Bockel y travaille comme ajusteur à partir du 17 janvier.

Le 24 août 1940, après les débuts de l’occupation allemande, l’usine CNCAC ferme.

Le 3 décembre suivant, alors âgé de 20 ans, Henri Bockel est arrêté à son domicile par des inspecteurs du commissariat de police de la circonscription de Gentilly dans la même affaire que Jean Paupy, 19 ans, et Roger Jardin, 17 ans, pour actes de propagande communiste et tentative de reconstitution de la cellule dissoute des Jeunesses communistes de L’Haÿ-les-Roses. Robert Prunier et Paul Watel, habitant la commune, sont également arrêtés pour diffusion de L’Humanité clandestine. La perquisition menée au domicile d’Henri Bockel amène la découverte de divers “papillons” et d’un lot important d’exemplaires de L’Humanité du 26 septembre 1940. Les cinq garçons sont conduits au dépôt de la préfecture de police.

Le 5 décembre, inculpés d’infraction au décret-loi du 26 septembre 1939, tous sont placés sous mandat de dépôt, puis écroués à la Maison d’arrêt de la Santé, à Paris 14e. Le 21 décembre, une information est ouverte contre Henri Bockel (probablement aussi contre ses camarades).

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Palais de Justice de Paris, île de la Cité, Paris 1er.
Tribunal correctionnel, un des porches du 1er étage.
(montage photographique)

Le samedi 25 janvier 1941, la chambre des mineurs (15e) du Tribunal correctionnel de la Seine condamne Henri Bockel à dix mois d’emprisonnement. Les cinq jeunes condamnés se voient accorder le sursis. À la différence de Paupy et Prunier, Henri Bockel ne semble pas faire l’objet d’un arrêté d’internement émis aussitôt par le préfet de police : il est libéré le lendemain. Le substitut du Parquet de Paris relève appel du jugement : la Cour d’appel a-t-elle statué ?

Le 8 novembre 1941, à Gentilly (94), Henri Bockel se marie avec Georgette Pauline Hochard, née le 10 mars 1920 à Thoméry (Seine-et-Marne), orthopédiste (comme son père), alors domiciliée rue des Champs-Élysées à Gentilly (94). C’est probablement à la suite de cette union que le jeune couple s’installe au 16, rue Blanche à Arcueil [1] (94).

Deux semaines plus tard, Henri Bockel trouve un emploi à la Société DF à Gentilly.

Le 9 avril 1942, il est embauché en qualité de perceur à l’usine de la Société des Moteurs Gnome et Rhône (SMGR) du boulevard Kellerman (Paris 13e). L’actionnaire majoritaire et patron de celle-ci, Paul-Louis Weiller, ayant été déchu de la nationalité française par décret du gouvernement de Vichy le 29 octobre 1940 et remplacé par un administrateur provisoire, l’usine est alors utilisée pour l’effort de guerre allemand en fabriquant des moteurs sous licence BMW, associée à cette entreprise d’outre-Rhin.

Le 28 avril 1942, Henri Bockel est arrêté à son domicile par des policiers français et des Feldgendarmes, comme otage, lors d’une grande vague d’arrestations (397 personnes) organisée par « les autorités d’occupation » dans le département de la Seine et visant majoritairement des militants du Parti communiste clandestin ayant fait l’objet d’une poursuite judiciaire et ayant été libérés, soit après avoir bénéficié d’un non-lieu, d’un acquittement ou d’un sursis, soit après avoir fini de purger une courte peine, parmi lesquels beaucoup de jeunes gens. Les hommes arrêtés sont rapidement conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager). Enregistré sous le matricule 4047, Henri Bockel est assigné au bâtiment C1, chambrée 6.

La caserne de Royallieu en 1957 ; au deuxième plan, les six grands bâtiments alignés du quartier C. L’enceinte et les miradors du camp ont disparu (les deux hangars en bas à gauche n’existaient pas).

La caserne de Royallieu en 1957 ; au deuxième plan, les six grands bâtiments alignés du quartier C.
L’enceinte et les miradors du camp ont disparu (les deux hangars en bas à gauche n’existaient pas). Carte postale. Coll. Mémoire Vive.

Entre fin avril et fin juin 1942, Henri Bockel est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).
Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne – sur la commune de Margny – et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

Les deux wagons à bestiaux du Mémorial de Margny-les-Compiègne, installés sur une voie de la gare de marchandise d’où sont partis les convois de déportation. © Cliché M.V.

Les deux wagons à bestiaux du Mémorial de Margny-les-Compiègne,
installés sur une voie de la gare de marchandise
d’où sont partis les convois de déportation. © Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet, Henri Bockel est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45260 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée et identifiée [2]).

Après les premières procédures (tonte, désinfection, attribution d’un uniforme rayé et photo), les 1170 arrivants sont entassés pour la plupart dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau ; alors choisi pour mettre en œuvre la « solution finale » – le génocide des Juifs européens -, ce site en construction présente un contexte plus meurtrier pour tous les concentrationnaires. À leur arrivée, les “45000” sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général, ils subissent un bref interrogatoire d’identité qui parachève leur enregistrement et au cours duquel ils déclarent une profession (celle qu’ils exerçaient en dernier lieu ou une autre, supposée être plus “protectrice” dans le contexte du camp). Puis ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet, après l’appel du soir – l’ensemble des “45000” ayant passé cinq jours à Birkenau –  une moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I), auprès duquel fonctionnent des ateliers utilisant certains ouvriers qualifiés. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Henri Bockel.Il meurt à Auschwitz le 18 septembre 1942, selon l’acte de décès établi par l’administration SS du camp (Sterbebücher), alors qu’a lieu une grande sélection des “inaptes au travail” à l’intérieur du camp au cours de laquelle 146 des “45000” sont inscrits sur le registre des décès en deux jours (probablement tués d’une piqûre intracardiaque de phénol ou gazés [3]).

Le 11 octobre 1945, Raymond Boudou, de L’Haÿ-les-Roses, rescapé du convoi, rédige et signe une attestation par laquelle il certifie que Henri Bockel est décédé « en 1942 » au camp d’Auschwitz. Le 26 octobre, Robert Lambotte, de Paris 19e, signe une déclaration identique.

Le 12 juin 1947, Georgette Bockel dépose auprès du Ministère des Anciens combattants et victimes de guerre (ACVG) un dossier en vue d’obtenir la régularisation de l’état civil d’un “non-rentré”. Le 20 septembre, un officier d’état civil affecté au Ministère des Anciens combattants et victimes de guerre (ACVG) dresse un acte officiel « sur la base des éléments d’information figurant au dossier du de cujus » en fixant le décès de Henri Bockel à l’an 1942, « mois inconnu », en se fondant sur le témoignage des rescapés. L’acte de décès enregistré à la mairie d’Arcueil cette même année (n° 144) porte la mention « Mort pour la France ».

Le 23 mai 1950, Georgette Bockel, reconnue veuve, dépose un dossier de demande d’attribution du titre de déporté résistant auprès du ministère des ACVG. Au chapitre « renseignements relatifs à l’acte qualifié de résistance à l’ennemi qui a été la cause déterminante de l’exécution de l’internement ou de la déportation », elle écrit « actions de sabotages contre l’ennemi ».

Le 11 janvier 1955, le liquidateur national du Front national de lutte pour la libération et l’indépendance de la France signe une attestation délivrée à Georgette selon laquelle Henri Bockel était membre d’un groupe dans lequel il était chargé « plus particulièrement du tirage ronéotypé et de la diffusion du journal France d’abord [?]. Il fut pris en filature après une diffusion de ce journal devant les ateliers des Compteurs de Montrouge… ».

Dans sa séance du 16 février 1956, la commission départementale des Déportés et internés politiques émet un avis défavorable, suivie par le directeur interdépartemental et la commission nationale en mars 1956. Le ministère rejette la demande, mais donne un avis favorable au titre de déporté politique. En avril, Georgette Bockel reçoit la carte n° 1101.20286.

À Arcueil, le nom de Henri Bockel est inscrit sur la stèle des déportés parmi celles dressées en « hommage aux victimes de la seconde guerre mondiale (1939-1945) », place de la République, derrière le Centre Marius Sidobre (ancienne mairie).

Photographies Mémoire Vive.

Photographies Mémoire Vive.

BOCKEL Henri est le sixième nom gravé sur la stèle.

BOCKEL Henri est le sixième nom gravé sur la stèle.

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 2-10-1987).

Notes :

[1] Arcueil et L’Haÿ-les-Roses : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, ces communes font partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] Sa photographie d’immatriculation à Auschwitz a été reconnue par des rescapés lors de la réunion organisée à l’Amicale d’Auschwitz le 10 avril 1948 (bulletin Après Auschwitz, n°21 de mai-juin 1948).

[3] Les chambres à gaz du centre de mise à mort situé à Birkenau fonctionnent principalement pour l’extermination des Juifs dans le cadre de la “Solution finale”, mais, jusqu’en mai 1943, elles servent également à éliminer des détenus, juifs ou non, considérés comme “inaptes au travail” (opération commencée en avril 1941, dans d’autres camps, sous le nom de code 14 f 13). Les détenus d’ Auschwitz-I sélectionnés pour la chambre à gaz sont amenés en camions à Birkenau. Quelquefois, ils attendent la mort au Block 7 de ce camp.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 150 et 153, 387 et 396.
- Serge Boucheny, Gnome et Rhône 39-45, parcours de 67 salariés, Association d’Histoire Sociale CGT de la SNECMA, Paris 2018, pages 4, 9, 12, 28, 29, 73-74.
- Archives municipales d’Arcueil, recherches de Cécile Lizée.
- Archives de la préfecture de police (Seine / Paris), site du Pré-Saint-Gervais : cartons “occupation allemande” (BA ?) ; registre de main-courante du commissariat de la circonscription de Gentilly du 27 octobre 1940 au 8 août 1941 (CB.96.48).
- Archives nationales : correspondance de la Chancellerie sur des procès pour propagande et activité communistes, BB18 7043.
- Archives de Paris : archives judiciaires, jugement du samedi 25 janvier 1941 (D1U6 3706).
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 108 (31483/1942).
- Pôle des archives des victimes des conflits contemporains (PAVCC), ministère de la Défense, Caen ; dossier de Bockel Henri (21 P 427 363).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 5-10-2018)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la Fédération Nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP) qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.