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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Giobbe, Sante, Francesco, Pasini naît le 4 octobre 1892 à Gussola (Italie), fils de Ricardo (Richard) Pasini et d’Angèle Lahini (ou Labruno), « jardiniers ». Il a deux frères, jardiniers eux aussi, qui resteront dans leur village natal, un frère jardinier qui viendra en France à Montois-la-Montagne (Moselle), et deux sœurs mariées qui vivront à Ausnes (Meurthe-et-Moselle – 54).

Giobbe Pasini arrive en France en 1900, probablement avec ses parents, d’abord à Thil (54), puis à Anderny et à Gandrange. Il retourne en Italie du 25 mai 1908 au 12 septembre 1909.

Il revient en France pour travailler dans les mines de Trieux (54), jusqu’au moment de retourner en Italie accomplir son service militaire. Incorporé le 18 octobre 1912, il participe à la campagne de Lybie. Pendant la guerre 1914-1918, il est mobilisé dans l’armée italienne.

Le 4 mars 1920, il se fait immatriculer comme étranger à Jarny, dans le bassin de Briey (54).

Le 30 octobre 1920, à Jarny, il épouse Jeanne Klock, née le 26 février 1901 à Boulay (Moselle), déclaré “luxembourgeoise” en 1931. Ils ont deux enfants : Henri, né le 3 février 1922, et Gilbert, né le 13 février 1926, tous les deux à Jarny. Au moment de son arrestation, la famille est domiciliée au 1, cité de Droitaumont à Jarny.

Giobbe Pasini est mineur de fer (« poudrier ») ou poseur de voies à la mine de Droitaumont.

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Jarny, la mine de Droitaumont. Carte postale oblitérée en 1936. 
Collection Mémoire Vive.

Giobbe Pasini est militant syndical.

Le 15 mai 1934, le préfet de Meurthe-et-Moselle donne un avis favorable à la naturalisation française de Giobbe Pasini et de son épouse.

Lors de la mobilisation, de septembre 1939 à juin 1940, Giobbe Pasini est “affecté spécial” à la mine. Selon une liste manuscrite de 44 internés établie ultérieurement par le chef du centre de séjour surveillé d’Écrouves, il “démissionne” de son syndicat, probablement lors de l’interdiction du Parti communiste à l’automne 1939, accompagnée de scissions au sein de la CGT.

En juillet 1941, Giobbe Pasini subit 15 jours d’internement administratif (au Centre de séjour surveillé d’Écrouves ? à vérifier…).

Dans la nuit du 4 au 5 février 1942, un groupe de résistance communiste mène une action de sabotage contre le transformateur électrique de l’usine sidérurgique d’Auboué qui alimente également dix-septmines de fer du Pays de Briey. Visant une des sources d’acier de l’industrie de guerre allemande (Hitler lui-même s’en préoccupe), l’opération déclenche dans le département plusieurs vagues d’arrestations pour enquête et représailles qui concerneront des dizaines de futurs “45000”.

Le nom de Pasini (sans son prénom) figure – n°43 – sur une « liste communiquée le 19 (février ?) au soir à la KK (Kreiskommandanturde Briey par le sous-préfet » pour préciser la nationalité de cinquante-trois hommes : il est désigné comme français.

Le 22 février, Giobbe Pasini est arrêté par la police française et remis aux autorités militaires allemandes, avec Antoine Corgiatti et Joseph Zerlia, de Droitaumont-Jarny. Le 23 février, il fait partie des vingt-cinq otages transférés par la police allemande au centre de séjour surveillé d’Écrouves, près de Toul (54), en attente « d’être dirigés sur un autre camp sous contrôle allemand en France ou en Allemagne » ; ils y rejoignent quatorze autres otages arrivés la veille.

Et, effectivement, le 5 mars, Giobbe Pasini est parmi les trente-neuf détenus transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 -Polizeihaftlager).

Dans ce camp, – avec notamment Antoine Corgiatti – il participe au creusement du tunnel qui permet l’évasion de 19 militants syndicalistes (dont Georges Cogniot, André Tollet, Camille Thouvenin, responsable politique du triangle de direction régional du PC de Meurthe-et-Moselle, et Adrien Bermand, mineur et responsable syndical de Mancieulles) dans la nuit du 21 au 22 juin 1942. Tous deux doivent faire partie de la seconde équipe, mais la découverte du souterrain empêche tout nouvelle tentative.

Entre fin avril et fin juin 1942, Giobbe Pasini est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Tergnier, Laon, Reims… Châlons-sur-Marne : le train se dirige vers l’Allemagne. Ayant passé la nouvelle frontière, il s’arrête à Metz vers 17 heures, y stationne plusieurs heures, puis repart à la nuit tombée. Francfort-sur-le-Main (Frankfurt am Main), Iéna, Halle, Leipzig, Dresde, Gorlitz, Breslau… puis la Pologne occupée. Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Giobbe Pasini est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45949 (ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard). Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartisdans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, au cours duquel ils déclarent leur profession, ils sont envoyés aux travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Giobbe Pasini est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir.

C’est dans ce camp qu’il apprend la mort de son camarade Antoine Corgiatti à Birkenau, après une tentative d’évasion.

En juillet 1943, la plupart des détenus “politiques” français d’Auschwitz (essentiellement des “45000”) reçoivent l’autorisation d’écrire – en allemand et sous la censure – à leur famille et d’annoncer qu’ils peuvent recevoir des colis (à vérifier le concernant…).

À la mi-août 1943, Giobbe Pasini est parmi les “politiques” français rassemblés (entre 120 et 140) aupremier étage du Block 11 – la prison du camp – pour une “quarantaine”. Exemptés de travail et d’appel extérieur, les “45000” sont témoins indirects des exécutions massives de résistants, d’otages polonais et tchèques et de détenus du camp au fond de la cour fermée séparant les Blocks 10 et 11.

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Auschwitz-I. La cour séparant le Block 10 – où se pratiquaient 
les expérimentations “médicales” sur les femmes détenues – 
et le Block 11, à droite, la prison du camp, avec le 1er étage 
de la “quarantaine”. Au fond, le mur des fusillés. 
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Le 12 décembre 1943, à la suite de la visite d’inspection du nouveau commandant du camp, le SS-Obersturmbannführer Arthur Liebehenschel, – qui découvre leur présence – et après quatre mois de ce régime qui leur a permis de retrouver quelques forces, ils sont pour la plupart renvoyés dans leurs Blockset Kommandos d’origine.

Le 3 août 1944, Giobbe Pasini est parmi les trois-quarts des “45000” présents à Auschwitz qui sont de nouveau placés en “quarantaine”, au Block 10, en préalable à un transfert.

Le 29 août , il est parmi les trente “45000” intégrés dans un convoi disciplinaire de 807 détenus (incluant de nombreux “Prominenten” polonais) transférés au KL Sachsenhausen, dans la ville d’Oranienbourg, au Nord-Ouest de Berlin. À leur arrivée, et jusqu’au 25 septembre, les trente sont assignés au Block 66.

Le 21 avril 1945, Giobbe Pasini est dans une des colonnes de détenus évacués à marche forcée vers le Nord-Ouest. Avec Louis Lecoq, il atteint Schwerin, où ils sont libérés par les troupes Anglaises.

Giobbe Pasini est de retour à Jarny le 22 mai 1945.

Il décède le 28 décembre 1980.

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Photographie de Denis Martin – ARMREL.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 74, 101, 161 et 162, 348 à 350, 359, 367 et 401. 
- Cl. Cardon-Hamet, Mille otages pour Auschwitz, Le convoi du 6 juillet 1942 dit des “45000”, éditions Graphein, Paris nov. 2000, page 117. 
- Archives Départementales de Meurthe-et-Moselle, Nancy, cotes W1304/23, W927/17 et WM 312 (recherches de Daniel Dusselier). 
- Jean-Claude et Yves Magrinelli, Antifascisme et parti communiste en Meurthe-et-Moselle, 1920-1945, Jarville, avril 1985, pages 247, 345, 359.

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 20-03-2010)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous dispose (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.