Auschwitz-I, le 3 février 1943     Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oswiecim, Pologne. Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Auschwitz-I, le 3 février 1943
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oswiecim, Pologne. Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Germaine, Marie, Perraux naît le 22 mars 1906 au lieu-dit Godbrange sur la commune d’Hussigny (Meurthe-et-Moselle), limitrophe de la frontière Luxembourgeoise, au domicile de ses parents, Joseph François Perraux, 37 ans, né à Recogne, arrondissement de Neufchâteau, province de Luxembourg, en Belgique, boulanger, et Virginie Elter, 25 ans, native de la commune, mariés à la mairie d’Hussigny le 16 septembre 1903. Par ce mariage, l’épouse et leurs futurs enfants – René, né en 1904, Germaine, Gaston, né en 1909, Joseph, né en 1910, et Maurice né en 1912 – prennent la nationalité belge (« étranger »).

Joseph Perraux meurt prématurément (vers 1912 ?), puis (?) son épouse Virginie, laissant cinq orphelins. Leurs grands-parents maternels, Jacques Elter, forgeron, et son épouse Marie, les prennent en charge à Godbrange (fait attesté au recensement de 1921).

La région est sous occupation allemande dès le début de la guerre de 1914.

Germaine va à l’école communale d’Hussigny jusqu’à l’âge de douze ans, puis elle aide à la maison jusqu’à son mariage.

Hussigny. Au premier plan, les hauts-fourneaux et la gare.  À l’arrière plan une cité ouvrière et le village. Carte postale d’après-guerre, collection mémoire Vive.

Hussigny. Au premier plan, les hauts-fourneaux, la gare et une cité ouvrière. À l’arrière plan, le village.
Carte postale d’après-guerre, collection mémoire Vive.

Le 14 février 1925, à la mairie d’Hussigny, âgée de 18 ans, elle se marie avec Marius Renaudin, né le 10 février 1900 à Villerupt (25 ans), monteur en fer (en 1931, il travaillera à Longwy). Ils ont trois enfants : Gaston, né le 1er mars 1926, Josette, née en 1927, et Mathilde, née en 1929, tous les trois à Hussigny. Au recensement de 1926, ils habitent chez la mère de Germaine, Marie Elter, veuve depuis, au moins, 1920.

Marius et Germaine sont membres du Parti communiste.

En 1939, Marius Renaudin est mobilisé. Appelée encore une fois à devenir zone d’opérations, la Lorraine est évacuée au début de septembre 1939. Germaine et ses enfants sont repliés sur la Gironde (33) et s’installent à Lesparre, dans le Médoc, à 60 km au nord de Bordeaux.

Lesparre, vue générale. Carte postale d’après guerre. Collection Mémoire Vive.

Lesparre, vue générale. Carte postale d’après guerre. Collection Mémoire Vive.

Marius Renaudin ne peut pas les rejoindre : fait prisonnier de guerre, il est conduit dans un Stalag en Allemagne. Mais Germaine n’abandonne ni ses idées ni son activité politiques.

En 1941, elle est mise en résidence surveillée, mais n’en continue pas moins à distribuer des tracts, à donner refuge à des résistants.

En 1942, le commissaire de police de Lesparre la prévient qu’il doit l’arrêter. Elle ne bouge pas. Au cours de la perquisition de son domicile, les policiers trouvent le revolver de son mari. Le juge lui dit : « Madame, je ne l’ai pas vu ». Quand Germaine refuse de signer le procès-verbal, il lui dit doucement « Madame, vous vous mettez dans un mauvais cas » (il sait que le parti communiste a donné consigne à ses militants de ne jamais rien signer : refuser de signer, c’est se dévoiler). Cependant, pour cette fois-là, Germaine est sauve. Mais les juges changent et les dossiers restent.

Le 25 mai 1942, Germaine Renaudin est arrêtée chez elle, à Lesparre, par un policier français (qui sera fusillé à la Libération) qu’accompagne un agent de la Gestapo. Elle donnait asile à des combattants clandestins.

Après avoir passé la nuit au commissariat de Lesparre, elle est d’abord conduite à la caserne Boudet, rue de Pessac à Bordeaux, qui dispose d’une prison militaire, puis au fort du Hâ.

Le 16 octobre 1942, Germaine Renaudin est parmi les soixante-dix hommes et femmes – dont trente-trois futures “31000” (les “Bordelaises” et les Charentaises) – transférés depuis le Fort du Hâ et la caserne Boudet au camp allemand du Fort de Romainville, situé sur la commune des Lilas [1] (Seine / Seine-Saint-Denis), premier élément d’infrastructure du Frontstalag 122. Germaine y est enregistrée sous le matricule n° 938.

Le 22 janvier 1943, elle fait partie des cent premières femmes otages transférées en camions au camp de Royallieu à Compiègne (leurs fiches individuelles du Fort de Romainville indiquant « 22.1 Nach Compiègne uberstellt » : « transférée à Compiègne le 22.1 »).

Le lendemain, un deuxième groupe de cent-vingt-deux détenues du Fort les y rejoint, auquel s’ajoutent huit prisonnières extraites d’autres lieux de détention (sept de la maison d’arrêt de Fresnes et une du dépôt de la préfecture de police de Paris). À ce jour, aucun témoignage de rescapée du premier transfert n’a été publié concernant les deux nuits et la journée passées à Royallieu, et le récit éponyme de Charlotte Delbo ne commence qu’au jour de la déportation… Mais Betty Jégouzo confirme ce départ en deux convois séparés, partis un jour après l’autre du Fort de Romainville. Toutes passent la nuit du 23 janvier à Royallieu, probablement dans un bâtiment du secteur C du camp.

Le matin suivant, 24 janvier, les deux-cent-trente femmes sont conduites à la gare de marchandises de Compiègne et montent dans les quatre derniers wagons (à bestiaux) d’un convoi dans lequel plus de 1450 détenus hommes ont été entassés la veille. Comme les autres déportés, la plupart d’entre elles jettent sur les voies des messages à destination de leurs proches, rédigés la veille ou à la hâte, dans l’entassement du wagon et les secousses des boggies (ces mots ne sont pas toujours parvenus à leur destinataire).

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En gare de Halle (Allemagne), le train se divise et les wagons des hommes sont dirigés sur le KL Sachsenhausen, tandis que les femmes arrivent en gare d’Auschwitz le 26 janvier au soir. Le train y stationne toute la nuit. Le lendemain matin, après avoir été descendues et alignées sur un quai de débarquement de la gare de marchandises, elles sont conduites à pied au camp de femmes de Birkenau (B-Ia) où elles entrent en chantant La Marseillaise.

Portail du secteur B-Ia du sous-camp de Birkenau (Auschwitz-II) par lequel sont passés les “31000” (accès depuis la rampe de la gare de marchandises et le “camp-souche” d’Auschwitz-I…). © Gilbert Lazaroo, février 2005.

Portail du secteur B-Ia du sous-camp de Birkenau (Auschwitz-II) par lequel sont passés les “31000”
(accès depuis la rampe de la gare de marchandises et le “camp-souche” d’Auschwitz-I…).
© Gilbert Lazaroo, février 2005.

Germaine Renaudin y est enregistrée sous le matricule 31716. Le numéro de chacune est immédiatement tatoué sur son avant-bras gauche.

Pendant deux semaines, elles sont en quarantaine au Block n° 14, sans contact avec les autres détenues, donc provisoirement exemptées de travail.

Le 3 février, la plupart des “31000” sont amenées à pied, par rangs de cinq, à Auschwitz-I, le camp-souche où se trouve l’administration, pour y être photographiées selon les principes de l’anthropométrie : vues de trois-quart, de face et de profil (la photo d’immatriculation de Germaine Renaudin a été retrouvée).

Le 12 février, les “31000” sont assignées au Block 26, entassées à mille détenues avec des Polonaises. Les “soupiraux” de leur bâtiment de briques donnent sur la cour du Block 25, le “mouroir” du camp des femmes où se trouvent quelques compagnes prises à la “course” du 10 février. Les “31000” commencent à partir dans les Kommandos de travail.

Les châlits du Block n° 26. La partie inférieure, au ras du sol, est aussi une “couchette” où doivent s’entasser huit détenues. Les plus jeunes montent à l’étage supérieur, où il est possible de s’assoir. Photo Mémoire Vive.

Les châlits du Block n° 26. La partie inférieure, au ras du sol,
est aussi une “couchette” où doivent s’entasser huit détenues.
Les plus jeunes montent à l’étage supérieur, où il est possible
de s’assoir. Photo Mémoire Vive.

Germaine Renaudin tient, en résistant au typhus.

En juillet 1943, elle est affectée au Kommando de Raïsko pour du travail de jardinage.

En janvier 1944, huit “31000” de Raïsko sont transférées au KL Ravensbrück. Le 4 août, elles sont rejointes par les trente-cinq qui sont passées par la quarantaine. Le 14 août, Germaine Renaudin fait partie des sept dernières “31000” de Raïsko transférées aussi à Ravensbrück, où elles arrivent le 16 août sans être inscrites comme “NN”.

Le 2 mars 1945, Germaine Renaudin est parmi les trente-trois “31000” transférées au KL Mauthausen, en Haute-Autriche (annexée au IIIe Reich), à environ 22 km de Linz, où elle arrivent le 5 mars après un voyage très pénible.

En les transportant de nuit, on conduit la plupart d’entre-elles à la gare de triage d’Amstetten pour boucher les trous d’obus et déblayer les voies quotidiennement bombardées par l’aviation américaine (trois “31000” seront tuées sous les bombes).

Le 22 avril suivant, Germaine fait partie des trente “31000” prises en charge par la Croix-Rouge internationale et acheminées en camion à Saint-Gall (Sankt Gallen) en Suisse alémanique. De là, elles gagnent Paris par le train où elles arrivent le 30 avril. C’est le groupe le plus important de “31000” libérées ensemble, c’est le “parcours” le plus partagé.

À son retour, Germaine Renaudin retrouve ses enfants, qu’elle avait laissés lorsqu’ils avaient quatorze ans, treize ans et onze ans. Des amis avaient recueilli les deux plus jeunes ; l’aîné avait été valet de ferme et il avait travaillé dur. Son mari, prisonnier en Allemagne, rentre de captivité peu après, à la fin de mai 1945.

La famille reprend le chemin d’Hussigny, se réinstalle dans la cité ouvrière où la mine de fer loge son personnel. Deux enfants naissent encore : un garçon en 1946, une fille en 1947.

Un jour, un gendarme vient apporter à Germaine sa feuille de démobilisation. Démobilisée avec le grade de sergent. Il n’empêche qu’elle est victime civile, a une carte de déportée politique, tout comme si elle n’avait pas été dans la résistance, et n’a droit de ce fait qu’à une pension minime.

Ayant subi l’ablation d’un rein en 1962, d’un sein en 1965, Germaine Renaudin décède chez elle, à Hussigny-Godbrange, d’un cancer généralisé le 4 octobre 1968, assistée de Marius, son époux.

Sources :

- Charlotte Delbo, Le convoi du 24 janvier, Les Éditions de Minuit, 1965 (réédition 1998), pages 246-247.
- Charlotte Delbo, Auschwitz et après III, Mesure de nos jours, La mort de Germaine, pages 137-150 (est-ce bien elle ?).
- Marion Queny, Un cas d’exception : (…) le convoi du 24 janvier, mémoire de maîtrise d’Histoire, Université Lille 3-Charles de Gaulle, juin 2004, notamment une liste réalisée à partir du registre de Romainville (copie transmise par Thomas Fontaine), pp. 197-204, et p. 114.
- Maxime Simone, réalisateur : transmission de trois actes d’état civil (message 06-2019.

MÉMOIRE VIVE

(dernière modification, le 14-06-2019)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

[1] Les Lilas. Jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine (transfert administratif effectif en janvier 1968).