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Gérard, Justin, Jean, Tardieu naît le 10 février 1905 à Paris 14e (75), d’un père boulanger et d’une mère couturière. Selon son épouse, Monique, son premier prénom serait en réalité « Géraud », qui esteffectivement celui inscrit sur l’acte de décès d’Auschwitz.

Au moment de son arrestation, il est domicilié au 23, rue Roger-Salengro à Montrouge [1] (Hauts-de-Seine – 92). À une date restant à préciser, il épouse Monique.

Gérard Tardieu est ouvrier du Livre, clicheur au Journal Officiel, 33, quai Voltaire à Paris 7e. Il est militant au Syndicat du Livre CGT.

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Gérard Tardieu au travail, nettoyant un cliché “plomb” de 
rotative. Coupure d’un journal édité à la fin novembre 1938. 
Collection José Martin.

Adhérent au PCF en 1936, il aurait effectué un voyage en URSS, selon une note de Roger Arnould. Il participe aux activités pour la défense de l’Espagne républicaine contre la rébellion du général Franco.

Le 6 mai 1941, Gérard Tardieu est arrêté avec son épouse à son domicile (sur dénonciation ?). Un autre militant est pris dans la même affaire. Inculpé d’infraction au décret du 26 septembre 1939 (propagande communiste), Gérard Tardieu est écroué à la Maison d’arrêt de la Santé, à Paris 14e.

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Palais de Justice de Paris, île de la Cité, Paris 1er. 
Tribunal correctionnel, un des porches du rez-de-chaussée. 
(montage photographique)

Le 5 juillet, les trois prévenus comparaissent devant la 12e chambre du Tribunal correctionnel de la Seine qui condamne Gérard Tardieu à une peine d’emprisonnement. Il est successivement transféré à la Maison d’arrêt de Fresnes (Val-de-Marne), puis à la Maison centrale de Clairvaux (Aube).

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Clairvaux. La Maison centrale. Carte postale. Collection M. Vive.

Le 13 février 1942, le préfet de l’Aube reçoit des autorités d’occupation l’ordre le faire transférer avec cinq autres détenus – tous futurs “45000” – au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager). Ce transfèrement a probablement lieu le 23 février, comme pour Roger Le Bras.

Son épouse, Monique, transmet beaucoup de messages confiés par ses camarades et sortis clandestinement du camp, notamment ceux de José Martin dans la famille duquel elle va dîner.

Entre fin avril et fin juin 1942, Gérard Tardieu est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 5 juillet, Gérard Tardieu écrit une dernière lettre qui parviendra à ses proches.

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Gérard Tardieu est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) ; peut-être sous le numéro 46128, selon les listes reconstituées (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).

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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartisdans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire – au cours duquel Gérard Tardieu se déclare sans religion (Glaubenslos) -, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Gérard Tardieu.

Il meurt à Auschwitz le 27 octobre 1942, d’après l’acte de décès établi par l’administration SS du camp.

Son nom est inscrit (ses prénoms étant réduits aux initiales) sur une des plaques dédiées « aux Montrougiens morts pour la France… », situées dans le hall de la mairie.

Le 20 octobre 1954, ne lui est attribué que la carte de déporté politique (n° 11750 3436), mais, le 13 juin 1960, lui est délivré la carte de Combattant volontaire de la Résistance (n° 1018769).

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 28-10-1999).

Après son arrestation, Monique Tardieu est entrée dans la clandestinité, devenant agent de liaison du PCF et demeurant dans une planque du 13e arrondissement.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 383 et 421. 
- Informations réunies par José Martin, frère d’Angel Martin, de Vitry-sur-Seine, pour Roger Arnould (voir dédicace ci-dessous). 
- Archives de Paris, registre du greffe du Tribunal correctionnel de la Seine,, rôle du greffe du 5 juin au 22 septembre 1941, cote D1u6-5857. 
- Archives départementales de l’Aube, site internet, cote 310W114. 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 3, page 1237 (37561/1942) ; son prénom y est orthographié « Géraud ». 
- Site Mémorial GenWeb, 92-Montrouge, relevé de Claude Richard (08-2006).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 10-08-2012)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Montrouge : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).