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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oświęcim, Pologne. 
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

Georges, Raphaël, Rousseau naît le 2 février 1894 à Vierzon-Villages, au lieu-dit Puits-Berteau (Cher – 18), fils de Joséphine Rousseau, 20 ans, sans profession. C’est une sage-femme qui le présente pour l’inscription à l’état civil, avec deux gardes-champêtres comme témoins.

Georges Rousseau commence à travailler comme ferblantier.

Le 3 septembre 1914, il est incorporé au 29e régiment d’infanterie, au sein de la 8e compagnie. Le 18 novembre 1915, il est nommé caporal. Il prend part à un début de mutinerie en 1917 et est arrêté. Mais les gradés préférèrent étouffer l’affaire ; à vérifier… Du 28 juillet au 3 septembre 1918, il est évacué malade. Le 3 septembre 1919, il est cassé de son grade et remis soldat de 2e classe. Le 19 septembre 1919, il est envoyé en congé illimité de démobilisation et se retire à Vierzon-Ville, titulaire d’un certificat de bonne conduite (!).

Le 14 juillet 1927 (?), à Vierzon-Villages, il se marie avec Angéline Badou.

Pendant un temps, il travaille comme chaudronnier soudeur autogène.

Un conseiller municipal socialiste de cette commune (sans doute R. Poubeau) le persuade d’adhérer à la SFIO (section française de l’internationale ouvrière) pour renforcer le courant favorable à la IIIe Internationale. Rousseau adhère au Parti communiste après le congrès de Tours. Mais son rôle reste faible dans la section de Vierzon : dans la période 1923-1924, il ne prend pas part aux vives discussions qui opposent les communistes vierzonnais.

Au moment de son arrestation, il est domicilié rue Puits-Berteau à Vierzon.

Georges Rousseau est artisan chaudronnier.

Aux élections municipales de 1925, il dirige la liste Bloc ouvrier et paysan à Vierzon-Villages, et est élu en compagnie de dix communistes. Les socialistes étant majoritaires avec douze conseillers, Jules Béguineau devient maire SFIO.

Aux élections de mai 1929, la liste communiste passe entièrement ; Georges Rousseau accède à la première magistrature municipale. Pour fêter la victoire dans le « bastion rouge », les communistes accrochent un drapeau rouge sur la mairie. Mais le commissaire de police rappelle au nouvel élu l’interdiction d’apposer sur un édifice public un drapeau non tricolore. Refusant d’obtempérer, Rousseau déclare qu’il consultera son conseil municipal. Il est convoqué à la préfecture et menacé de révocation.

En 1931-1932, il est trésorier du rayon communiste de Vierzon et secrétaire pendant quelques mois, puis il laisse les responsabilités politiques à J. Picot, E. Gazeaux, R. Crépat pour se consacrer à sa municipalité.

En 1932, le préfet le suspend de ses fonctions pendant un mois, pour refus de mettre le drapeau en berne à la suite de l’assassinat de Paul Doumer.

Réélu maire de Vierzon-Villages en 1935, Rousseau lutte pour la fusion des quatre communes : Vierzon-Ville, Vierzon-Villages, Vierzon-Bourgneuf et Vierzon-Forges.

Du 22 au 25 janvier 1936, il est délégué au congrès communiste de Villeurbanne.

En 1937, il est élu maire du grand Vierzon, créé par l’arrêté préfectoral du 8 avril 1937.

Le 1er septembre 1939, il est est rappelé à l’activité militaire par le décret de mobilisation générale. Arrivé au C.R. Hippo n° 32, le 3 septembre, il est renvoyé dans ses foyers trois jours plus tard. Le 1er octobre, il est incorporé au dépôt d’artillerie n°5 du Parc Régional de Réparation et d’Entretien du Matériel (PRREM) d’Orléans), où il arrive le 5 de ce mois, pour être affecté à la 1ère compagnie du parc d’Orléans. Mais, le 28 octobre, il est de nouveau renvoyé dans ses foyers, classé « sans affectation ».

Début 1940, il est déchu de son mandat électoral.

Sous l’occupation, il aide des réfugiés à franchir la ligne de démarcation, laquelle suit le cours du Cher qui coupe en deux la ville de Vierzon.

Le 22 juin 1941 [1], il est arrêté puis finalement interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Les deux wagons à bestiaux 
du Mémorial de Margny-les-Compiègne, 
installés sur une voie de la gare de marchandise 
d’où sont partis les convois de déportation. Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Georges Rousseau est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 46079 (ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard).

Après l’enregistrement, la plupart des 1170 arrivants est entassée dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartisdans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire au cours duquel ils déclarent leur profession,, ils sont envoyés aux travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Georges Rousseau est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir.

En juillet 1943, la plupart des détenus “politiques” français d’Auschwitz (essentiellement des “45000”) reçoivent l’autorisation d’écrire – en allemand et sous la censure – à leur famille et d’annoncer qu’ils peuvent recevoir des colis (à vérifier le concernant…).

À la mi-août 1943, Georges Rousseau est parmi les “politiques” français rassemblés (entre 120 et 140) aupremier étage du Block 11 – la prison du camp – pour une “quarantaine”. Exemptés de travail et d’appel extérieur, les “45000” sont témoins indirects des exécutions massives de résistants, d’otages polonais et tchèques et de détenus du camp au fond de la cour fermée séparant les Blocks 10 et 11.

Le 12 décembre 1943, à la suite de la visite dinpection du nouveau commandant du camp, le SS-Obersturmbannführer Arthur Liebehenschel – qui découvre leur présence -, et après quatre mois de ce régime qui leur a permis de retrouver quelques forces, ils sont pour la plupart renvoyés dans leurs Blockset Kommandos d’origine.

Le 3 août 1944, Georges Rousseau est parmi les trois-quarts des “45000” présents à Auschwitz qui sont de nouveau placés en “quarantaine” en préalable à un transfert.

Le 28 août 1944, il est dans le petit groupe de trente-et-un détenus, dont vingt-neuf “45000”, transférés au KL [2] Flossenbürg (Haut-Palatinat bavarois, proche de la frontière tchèque) et enregistrés dans ce camp le 31 août (matricule n° 19895).

Le 29 octobre, il est parmi les onze “45000” transféré à Wansleben (Kommando du KL Buchenwald), une usine de potasse (matr. 93423).

Le 12 avril 1945, il est dans une des colonnes de détenus évacués de ce camp à marche forcée vers le nordde Halle. Il est libéré le 14 ou 15 avril 1945 entre les villages de Quellendorf et Hinsdorf, avec huit autres “45000”.

Réélu maire avant même son retour des camps, il conserve sa fonction jusqu’en 1947.

Il reste conseiller municipal jusqu’en 1971, puis ne se représente plus pour raisons de santé.

Georges Rousseau décède à Vierzon le 8 mai 1976. (1 janvier 1980 ?)

À une date restant à préciser, le Conseil municipal de Vierzon donne son nom à une rue du centre ville.

Sources :

- Claude Pennetier, notice in Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, sous la direction de Jean Maitron, Editions de l’Atelier/Editions Ouvrières, CD-rom, version 1990-1997, citant : Arch. Nat. F7/13130 – Arch. Dép. Cher, 23 M 163, 269, 278 – L’Émancipateur, 1925-1939 – Rens. fournis par la mairie de Vierzon et recueillis par le docteur R. Coulon – Interview de G. Rousseau. 
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 73, 89, 346 et 347, 357, 359, 363 et 419. 
- Mémorial de la Shoah, Paris, archives du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC), liste de 44 otages FK 668, 24-10-1941.
- Archives départementales du Cher, site internet du Conseil général, archives en ligne ; registre des naissances de Vierzon-Villages, année 1894 (cote 3E 5299), acte n° 15 (vue 6/199) ; registre des matricules militaires, bureau de Bourges, classe 1914 (cote 2R 722), matricule n° 1333 (vue 565/841).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 10-09-2014)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] L’ “Aktion Theoderich : L’attaque de l’Union soviétique, le 22 juin 1941, se fait au nom de la lutte contre le “judéo-bolchevisme”. Dès mai 1941, une directive du Haut-commandement de la Wehrmacht pour la “conduite des troupes” sur le front de l’Est défini le bolchevisme comme « l’ennemi mortel de la nation national-socialiste allemande. C’est contre cette idéologie destructrice et contre ses adeptes que l’Allemagne engage la guerre. Ce combat exige des mesures énergiques et impitoyables contre les agitateurs bolcheviks, les francs-tireurs, les saboteurs et les Juifs, et l’élimination allemande de toute résistance active ou passive. » Hitler est résolu à écraser par la terreur – à l’Ouest comme à l’Est – toute opposition qui viendrait entraver son effort de guerre. Le jour même de l’attaque contre l’Union soviétique, des mesures préventives sont prises dans les pays occupés contre les militants communistes – perquisitions à leur domicile et arrestations – et des ordres sont donnés pour punir avec la plus extrême sévérité toute manifestation d’hostilité à la puissance occupante.

En France, dans la zone occupée, au cours d’une opération désignée sous le nom de code d’Aktion Theoderich, plus de mille communistes sont arrêtés par les forces allemandes et la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne, créé à cette occasion pour la détention des « ennemis actifs du Reich » sous l’administration de la Wehrmacht.

Au total, 1300 hommes y seront internés à la suite de cette action. 131 d’entre eux, arrêtés entre le 21 et le 30 juin, font partie de ceux qui seront déportés dans le convoi du 6 juillet 1942.

[2] KL  : abréviation de Konzentrationslager (camp de concentration). Certains historiens utilisent l’abréviation “KZ”.