Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz lors de l’évacuation du camp en janvier 1945. Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz
lors de l’évacuation du camp en janvier 1945.
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Georges, Fernand, Frédéric, Prévoteau naît le 5 janvier 1895 à Orléans (Loiret), chez ses parents, Fernand Prévoteau, 24 ans, employé de bureau, et Louise Trumeau, 24 ans, son épouse, domiciliés au 24, rue de Bons-Enfants. Les témoins pour la présentation du nouveau-né à l’état civil sont ses aïeuls, Eugène Prévoteau, 64 ans, militaire retraité, et Alexandre Trumeau, 57 ans, savonnier. Georges a – au moins – deux sœurs : Suzanne, née le 9 mai 1900, et Marcelle, née le 20 janvier 1902.

En juillet 1913, Georges Prévoteau est garçon (commis) de restaurant et habite au 22, rue Saint-Placide à Paris 6e, peut-être dans un hôtel ; son père est alors décédé.

Le 31 juillet 1913 à la mairie du 6e, Georges Prévoteau, âgé de 18 ans, se marie avec Élise O., née le 4 décembre 1888 à Blankenberghe (Belgique), lingère, qui habite à la même adresse.

Le 19 décembre 1914, Georges Prévoteau est incorporé comme soldat de 2e classe au 131e régiment d’infanterie. Le 30 mai 1915, il passe au 175e RI. Le 27 juillet, il part “aux armées”. Le 20 août, il est évacué. Il rejoint le dépôt le 10 novembre. Le 25 janvier 1916, il passe au 35e RI. Le 10 février, il passe au 260e RI. Deux jours plus tard, il est en campagne en Orient. Le 12 juin, il est en traitement dans une ambulance mobile comme contagieux. Le 22 juillet probablement, il est rapatrié en France. Le 13 septembre 1917, il est envoyé à l’hôpital auxiliaire 515 à Thiais (Seine). Le 12 janvier 1918, il rentre au dépôt (27e compagnie ?). Le 5 mars, il entre à l’hôpital n° 18 à Saint-Mandé. Le 7 mai, il rentre au dépôt (27e compagnie ?) après vingt jours de convalescence. Le 20 mai, il part en “mission d’ordre”. Du 27 mai au 11 juin, il est à l’hôpital mixte de Montbrison. Le 22 juin, il rentre au dépôt. Le 30 juin, il retourne à l’hôpital. Le 4 septembre, il rejoint le dépôt militaire. Une semaine plus tard, il est admis à l’hôpital de la Butte. Le 15 octobre, il retourne au dépôt…
Le 10 juillet 1919, il passe à la 7e section d’infirmiers. Le 20 août il est mis en congé de démobilisation et se retire au 11, rue de la Limite à Ostende, titulaire d’un certificat de bonne conduite. Le 25 août 1921, la 4e commission de réforme de la Seine le maintiendra dans le service armé (“réserve”) avec un taux d’invalidité inférieur à 10 % pour « troubles intestinaux consécutifs à une dysenterie contractée à l’Armée d’Orient, état général excellent ».

Le 2 juin 1920, son mariage est dissous par un jugement de divorce prononcé par le tribunal civil d’Orléans.

En août 1921, il habite au 66, rue Oberkampf à Paris 11e et travaille comme maître d’hôtel.

Le 30 août de cette année, à la mairie du Paris 11e, il se marie avec Marguerite Dujardin, née le 19 janvier 1896 à Saint-Valery-sur-Somme (Somme), employée de commerce, domiciliée au 81, avenue Parmentier.

Il a deux enfants. Mais son épouse décèdera, à une date restant à préciser ; ultérieurement, il vivra en ménage avec Louise Letellier, également mère de deux enfants.En décembre 1925 où 1929, il habite au 44, rue Maistre à Paris 18e.

En mai 1929, un rapport de police le signale comme secrétaire administratif appointé du Syndicat des employés de l’Industrie hôtelière, dont le siège est à la Bourse du Travail. Il est alors membre du Parti socialiste SFIO.

En juin 1931, il habite au 23, rue des Moulins à Saint-Valery-sur-Somme. En avril 1934, il est domicilié place du Marché-aux-Herbes, à Compiègne (Oise). Un mois plus tard, en mai 1934, puis encore en janvier 1936, il déclare habiter place des Pilotes, à Saint-Valery. De fait, Georges Prévoteau est propriétaire de deux immeubles dans le village côtier : le Bar You You, place des Pilotes, et un autre dans la rue Roche-Madorne.

À partir de janvier 1937, il déclare un domicile au 48, rue de Clichy à Paris 18e.
Cependant, lors des élections cantonales d’octobre 1937, le Parti communiste le présente comme candidat au Conseil d’arrondissement dans la circonscription de Saint-Valery-sur-Somme (« commerçant »).En 1939, il contracte un engagement au titre de la Défense passive à Paris. Le 15 novembre, il est nommé chef d’îlot dans le 18e arrondissement. Mais il est relevé de cette fonction dès le 1er décembre « en raison de mauvais renseignements recueillis sur lui ».Le 13 février 1940, il est embauché comme monteur électricien par la maison Capra, sise au 10, rue Villot à la Courneuve (Seine / Seine-Saint-Denis).Le 5 octobre 1941, il installe sa famille au 31, rue de Calais à Beauvais (Oise), où sa compagne restera avec leurs enfants.Le 21 octobre, le préfet de la Somme ordonne une perquisition (en son absence) à ses deux domiciles de Saint-Valery.Le 23 octobre, Georges Prévoteau est arrêté à son domicile parisien par les « autorités d’occupation » pour propagande communiste et conduit à la prison militaire du Cherche-Midi (Paris 15e), réquisitionnée ; la police française n’a pas connaissance exacte du motif de son arrestation.Puis il est rapidement interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager) ; il y est enregistré sous le matricule 1693.

Le camp vu depuis le mirador central.  Les “politiques français” étaient dans le secteur constitué par la ligne de bâtiments de gauche (“camp communiste”)  Photo Hutin, Compiègne, carte postale. Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Le camp vu depuis le mirador central.
Les “politiques français” étaient dans le secteur constitué par la ligne de bâtiments de gauche (“camp communiste”)
Photo Hutin, Compiègne, carte postale. Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Le 30 octobre, deux gendarmes de la brigade de Saint-Valery, accompagnés du maire et d’un serrurier, y perquisitionnent ses deux domiciles après avoir fait crocheter la porte. Lors d’une visite minutieuse au Bar You You, ils ne trouvent que quatre exemplaires de L’Humanité. La perquisition rue Roche-Madonne  amène la découvertes de très nombreux « documents communistes (…) tous antérieurs à 1939 » (journaux, brochures, affiches, insignes).

Le 1er mai 1942, suite à une proposition d’élargissement envisagé par le préfet de l’Oise, le commandant de la Feldkommandantur 580 à Amiens (80) sollicite du préfet de la Somme « une fiche personnelle d’après le modèle en usage » – bilingue français-allemand – concernant Georges Prévoteau.

Dans la « notice individuelle » qu’il rédige en réponse le 5 mai (envoyée le 8), le commissaire principal des Renseignements généraux de la Somme défini Georges Prévoteau comme : « Beau parleur, d’une intelligence au-dessus de la moyenne ».

Entre fin avril et fin juin 1942, Georges Prévoteau est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne, sur la commune de Margny, et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

Les deux wagons à bestiaux du Mémorial de Margny-les-Compiègne, installés sur une voie de la gare de marchandises d’où sont partis les convois de déportation. © Cliché M.V.

Les deux wagons à bestiaux du Mémorial de Margny-les-Compiègne,
installés sur une voie de la gare de marchandises
d’où sont partis les convois de déportation. © Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Georges Prévoteau est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 46015 (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).

Après les premières procédures (tonte, désinfection, attribution d’un uniforme rayé et photographie anthropométrique), les 1170 arrivants sont entassés pour la plupart dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau ; alors choisi pour mettre en œuvre la « solution finale » – le génocide des Juifs européens -, ce site en construction présente un contexte plus meurtrier pour tous les concentrationnaires. À leur arrivée, les “45000” sont répartis dans les Blocks 19 et 20 du secteur B-Ib, le premier créé.

Le 10 juillet, après l’appel général, ils subissent un bref interrogatoire d’identité qui parachève leur enregistrement et au cours duquel ils déclarent une profession (celle qu’ils exerçaient en dernier lieu ou une autre, supposée être plus “protectrice” dans le contexte du camp). Puis ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet, après l’appel du soir – l’ensemble des “45000” ayant passé cinq jours à Birkenau -, une moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I). Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a alors été affecté Georges Prévoteau.

Il meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942, d’après les registres du camp, alors qu’a lieu une grande sélection des inaptes au travail à la suite de laquelle 146 des 45000 sont inscrits sur le registre des décès en deux jours (probablement gazés [1]).

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 18-04-98).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 150 et 153, 373 et 417.
- Archives municipales de la ville d’Orléans, archives en ligne : registre des naissances de la première partie de l’année 1895, (2 E 326), acte n°10 du 5 janvier (vue 5/252).
- Archives départementales du Loiret, site internet, archives en ligne : registres du recrutement militaire, bureau d‘Orléans, classe 1915 (1 R 84012), n° 802 (vues 333-335/565).
- Archives départementales de la Somme, site internet, archives en ligne : pour son épouse Marguerite Dujardin, registre d’état civil de Saint-Valery-sur-Somme 1896 NMD (2E721/43), acte n° 4 (vues 3-4/175).
- Site Gallica, Bibliothèque Nationale de France, L’Humanité n° 14152 du vendredi 17 septembre 1937, page 4, “dix-huitième liste (suite)…”.
- Archives de la préfecture de police (Seine / Paris), Service de la mémoire et des affaires culturelles, Le Pré-Saint-Gervais (Seine-Saint-Denis) : dossier individuel du cabinet du préfet (1 W 1482-82711).
- Archives départementales de la Somme, Amiens : correspondance de la préfecture sous l’occupation (26w592).
- Archives départementales de l’Oise, Beauvais : Internement administratif (141w 1162).
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 3, page 964 (orthographié « Preroteau »).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 8-01-2019)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Les chambres à gaz du centre de mise à mort situé à Birkenau fonctionnent principalement pour l’extermination des Juifs dans le cadre de la “Solution finale”, mais, jusqu’en mai 1943, elles servent également à éliminer des détenus, juifs ou non, considérés comme “inaptes au travail” (opération commencée en avril 1941, dans d’autres camps, sous le nom de code 14 f 13). Les détenus d’Auschwitz-I sélectionnés pour la chambre à gaz sont amenés en camions à Birkenau. Quelquefois, ils attendent la mort au Block 7 de ce camp.