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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942. 
La photographie est floue par “bougé”. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oświęcim, Pologne. 
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

Georges Gaudray naît le 22 juillet 1921 à Paris (75), fils de Paul, Henry, Gaudray, né le 21 juillet 1902 à Bazoge (Sarthe), boulanger. Il a trois sœurs plus jeunes que lui.

Au moment de son arrestation, Georges Gaudray est domicilié chez ses parents au 16, rue Edmond-Rostand à La Courneuve [1] (Seine-Saint-Denis).

À une date restant à préciser (septembre ou octobre 1940), il est arrêté.

Georges Gaudray est emprisonné à la Maison d’arrêt de la Santé, à Paris 14e, en cellule à la 3e division avec Jean Suret-Canale.

En novembre, il est au Cherche-Midi [2], prison militaire alors sous administration allemande. Dans une chambrée de quarante détenus, ils sont une quinzaine de jeunes communistes, dont un groupe venant de La Courneuve et des communes environnantes. Georges Gaudray y retrouve Jean Suret-Canale.

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Prison militaire de Paris, le Cherche-midi se situait 
54 boulevard Raspail, à l’angle avec la rue du Cherche-Midi.
Il a été totalement réquisitionné par les Allemands. 
Carte postale, années 1900. Collection Mémoire Vive.

À une date restant à préciser, Georges Gaudray est transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

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La caserne de Royallieu après-guerre. Les huit premiers 
bâtiments alignés à gauche sont ceux du quartier “A”, 
désigné pendant un temps comme le “camp des communistes”. 
À l’arrière plan, sur l’autre rive de l’Oise, 
l’usine qui fut la cible de plusieurs bombardements 
avec “dégâts collatéraux” sur le camp. 
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Les deux wagons à bestiaux 
du Mémorial de Margny-les-Compiègne, 
installés sur une voie de la gare de marchandise 
d’où sont partis les convois de déportation. Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet, Georges Gaudray est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45577 (ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartisdans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Georges Gaudray est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir.

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Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ». 
« Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre » 
Carte postale. Collection mémoire Vive.

Appartenant à une équipe de travailleurs spécialisés (?) pouvant circuler dans la grande enceinte du camp, Georges Gaudray assume une part de responsabilité dans l’organisation de résistance des Français, notamment pour la solidarité avec les “31000”.

En juillet 1943, comme les autres détenus “politiques” français d’Auschwitz (essentiellement des “45000”), il reçoit l’autorisation d’écrire (en allemand et sous la censure) à sa famille et d’annoncer qu’il peut recevoir des colis.

À la mi-août 1943, Georges Gaudray est parmi les “politiques” français rassemblés (entre 120 et 140) aupremier étage du Block 11, la prison du camp, pour une “quarantaine”. Exemptés de travail et d’appel extérieur, les “45000” sont témoins indirects des exécutions massives de résistants, d’otages polonais et tchèques et de détenus du camp au fond de la cour fermée séparant les Blocks 10 et 11.

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Auschwitz-I. La cour séparant le Block 10 – où se pratiquaient 
les expérimentations “médicales” sur les femmes détenues – 
et le Block 11, à droite, la prison du camp, avec le 1er étage 
de la “quarantaine”. Au fond, le mur des fusillés. 
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Le 12 décembre 1943, à la suite de la visite d’inspection du nouveau commandant du camp, le SS-Obersturmbannführer Arthur Liebehenschel, – qui découvre leur présence – et après quatre mois de ce régime qui leur a permis de retrouver quelques forces, ils sont pour la plupart renvoyés dans leurs Blockset Kommandos d’origine.

Le 3 août 1944, Georges Gaudray est parmi les trois-quarts des “45000” présents à Auschwitz qui sont de nouveau placés en “quarantaine” en préalable à un transfert.

Le 7 septembre, il est dans le petit groupe de trente “45000” transférés – dans un wagon de voyageurs ! – au KL [3] Gross-Rosen, dans la région de Wroclaw. Il y est enregistré sous le matricule 40998.

En février 1945, ce camp est évacué devant la poussée des troupes soviétiques. Georges Gaudray est parmi les quinze “45000” dirigés sur le complexe de Dora-Mittelbau. Ce camp est évacué à son tour le 11 avril 1945. Avec Louis Cerceau et Marcel Cimier, Georges Gaudray se trouve dans un groupe de détenus amenés en train jusqu’au KL Neuengamme.

Ce camp étant également vidé, ils se retrouvent dans une colonne amenée à pied jusqu’au port de Lübeck. Georges Gaudray et Louis Cerceau sont embarqués sur le cargo Athen avant d’être transbordé sur le Cap Arcona, un grand paquebot de luxe amarré dans la baie. L’objectif des nazis est très probablement de torpiller ce qui est devenu un camp de concentration flottant. Le 3 mai dans l’après-midi, les quatre navires allemands présents dans la baie sont bombardés par l’aviation anglaise. Le Cap Arcona prend feu, chavire et s’échoue. Sur 4500 déportés, la plupart entassés dans les cales, il n’y a que 350 rescapés : Georges Gaudray et Louis Cerceau sont du nombre.

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L’hôtel Lutetia, à Paris 6e. Siège de l’Abwehr (service de renseignements de l’état-major allemand) sous l’occupation. 
Centre d’accueil des déportés au printemps-été 1945. 
Carte postale, années 1940-1950. Collection Mémoire Vive.

Ses camarades l’avaient surnommé « Trompe-la-mort »…

Pendant un temps, il habite Carcassonne.

Georges Gaudray décède le 23 février 1978 ; à 57 ans.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 218, 350, 352, 358, 385 et 405. 
- Cl. Cardon-Hamet, notice in 60e anniversaire du départ du convoi des 45000, brochure répertoriant les “45000” de Seine-Saint-Denis, éditée par la Ville de Montreuil et le Musée d’Histoire vivante, 2002, page 21. 
- Archives communales de La Courneuve, registres de recensement de 1936 et de 1945, listes de déportés (4H126). 
- Jean Suret-Canale, Le Patriote-Résistant, mensuel de la FNDIRP, mai 2004.

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 29-03-2008)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] La Courneuve : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] La prison du Cherche-Midi a été détruite en 1964. La Maison des sciences de l’homme lui a succédé. Face au n°35 de la rue, une plaque dans le sol rappelle l’existence de la prison.

[3] KL  : abréviation de Konzentrationslager (camp de concentration). Certains historiens utilisent l’abréviation “KZ”.