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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz.
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Georges, Fernand, Brunet naît le 30 juillet 1897 à Paris 14e, chez ses parents, Émile Brunet, 32 ans, lamineur, et Jeanne Lacoste, son épouse, 28 ans, brocheuse, domiciliés au 156, rue de Vanves.

Considérant son âge, il devrait avoir été mobilisé au cours de la guerre 1914-1918 (à vérifier…).

Le 10 juillet 1920 à Paris 14e, Georges Brunet se marie avec Jeanne Conseil.

Au moment de son arrestation, il est domicilié au 43, rue Voltaire (ou au 24, rue du Bellay) à Arcueil [1] (Seine / Val-de-Marne).

Georges Brunet est “marchand” (?) ou brocheur (métier de l’imprimerie).

Sous l’occupation, il participe à la confection et à la diffusion du matériel de propagande du Parti communiste clandestin.

Fin mai 1941, il est pris avec les membres de son réseau à la suite de surveillances et de filatures menées par les Renseignements généraux.

Parmi les documents trouvés lors des perquisitions effectuées à leurs domiciles respectifs, environ 30 000 cartes imprimées portant l’adresse de Fernand de Brinon, ambassadeur de France, et destinées à réclamer la libération des emprisonnés politiques [2]…

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Archives de la préfecture de police de Paris.

… environ 10 000 papillons destinés à la propagande contre la collaboration et environ 5 000 tracts intitulés “Le scandale du camp d’Aincourt ou comment M. Chevalier [préfet de Seine-et-Oise] s’érige en bourreau des travailleurs”.

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Ce tract dénonce Marc Chevalier, préfet de l’ancien département
de Seine-et-Oise, où se trouvait le camp d’Aincourt.
Archives de la préfecture de police de Paris.

Quatorze personnes, dont Georges Brunet, sont mises à disposition du Procureur de la République. Le 31 mai, le militant d’Arcueil est inculpé d’infraction au décret du 26-09-1939 et écroué à la Maison d’arrêt de la Santé (Paris 14e).

Le 26 juin, un nommé Charles, Marcel, Brunet est interné administrativement comme militant communiste « meneur particulièrement actif , ex-conseiller municipal d’Arcueil » : est-ce un parent ?

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Palais de Justice de Paris, île de la Cité, Paris 1er.
Tribunal correctionnel, un des porches du 1er étage.
(montage photographique)

Le 11 août 1941, les treize co-inculpés comparaissent devant la 14e chambre du Tribunal correctionnel de la Seine qui condamne Georges Brunet à six mois d’emprisonnement (seules trois femmes font appel…). Le 22 août, Georges Brunet est transféré à la Maison d’arrêt de Fresnes (Seine – Val-de-Marne), puis, le 28 août, à la Maison centrale de Poissy (Seine-et-Oise / Yvelines).

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Au deuxième plan, la Maison centrale de Poissy vers 1916.
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

À l’expiration de sa peine, le 15 octobre, il n’est pas libéré : le préfet de police de Paris signe l’arrêté ordonnant son internement administratif.

Le 10 novembre, Georges Brunet fait partie d’un groupe de 58 militants communistes transférés au « centre de séjour surveillé » (CSS) de Rouillé (Vienne).

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Le camp de Rouillé, “centre de séjour surveillé”,
vu du haut d’un mirador. Date inconnue.
Au fond – de l’autre côté de la voie ferrée -, le village.
Musée de la Résistance nationale (Champigny-sur-Marne),
Fonds Amicale Voves-Rouillé-Châteaubriant. Droits réservés.

Le 22 mai 1942, il fait partie d’un groupe de 156 internés – dont 125 seront déportés avec lui – remis aux autorités d’occupation à la demande de celles-ci et conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

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Le quartier “A” de la caserne de Royallieu à Compiègne,
futur “camp des communistes” du Frontstalag 122 ;
à droite, sont visibles les bâtiments A4, A5, A6, A7 et A8.
Carte postale des années 1930. Collection Mémoire Vive.

Entre fin avril et fin juin 1942, Georges Brunet est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne, sur la commune de Margny, et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Les deux wagons à bestiaux
du Mémorial de Margny-les-Compiègne,
installés sur une voie de la gare de marchandise
d’où sont partis les convois de déportation. Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet, Georges Brunet est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45307 (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés pour la plupart dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire – au cours duquel Georges Brunet se déclare sans religion (Glaubenslos) -, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Georges Bunet est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Pendant un temps, il est affecté au Block 16.

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Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ».
« Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre »
Carte postale. Collection mémoire Vive.

À une date inconnue, il est admis au Block 28 (médecine interne) de l’ “hôpital” (Revier, HKB).

Georges Brunet meurt à Auschwitz le 18 septembre 1942, d’après les registres du camp, alors qu’a lieu une grande sélection des “inaptes au travail” à la suite de laquelle 146 des “45000” sont inscrits sur le registre des décès en deux jours (probablement gazés [3]).

Son acte de décès porte la mention « Mort pour la France ».

À Arcueil, son nom est inscrit sur la stèle des déportés parmi celles dressées en « hommage aux victimes de la seconde guerre mondiale (1939-1945) », place de la République, derrière le Centre Marius Sidobre (ancienne mairie).

Photographies Mémoire Vive.

Photographies Mémoire Vive.

BRUNET Georges est le neuvième nom inscrit sur la stèle.

BRUNET Georges est le neuvième nom inscrit sur la stèle.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 150 et 153, 387 et 397.
- Archives départementales de Paris, site internet, archives en ligne ; registre des naissances du 14e arrondissement à la date du 1-08-1897 (V4E 9693), acte n°5169 (vue 6/31).
- Archives municipales d’Arcueil, recherches de Cécile Lizée.
- Archives de Paris, archives du tribunal correctionnel de la Seine, rôle du greffe du 31 mai au 3 septembre 1941 (D1u6-5856).
- Archives départementales du Val-de-Marne ; Maison d’arrêt de Fresnes, dossier des détenus “libérés” du 1er au 15-10-1941 (511w23).
- Archives de la préfecture de police (Seine / Paris) ; cartons “occupation allemande”, camps d’internement… (BA 2374), cartons “Parti communiste” (BA 1928), classeur inventaire BS1.
- Mémorial de la Shoah, Paris, archives du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC) ; liste XLI-42, n° 40.
- Archives départementales de la Vienne ; camp de Rouillé (109W75).
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 139 (31674/1942).
- Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne, Bureau d’information sur les anciens prisonniers (Biuro Informacji o Byłych Więźniach) ; relevé dans les archives (01-2009).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 27-12-2016)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la Fédération Nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP) qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Arcueil : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] De Brinon : ancien journaliste et “ultra” de la collaboration, Fernand de Brinon était Délégué général du gouvernement de Vichy auprès des autorités militaires allemandes d’occupation. Quand des requêtes étaient formulées par les familles des détenus auprès de l’administration française, la Délégation générale les transmettait à la Commission d’armistice (bipartite), après enquête de la police ou de la gendarmerie pour s’assurer des conditions d’arrestation et de l’honorabilité du détenu. Une lettre était ensuite adressée aux familles sous couvert de l’organisme qui en avait fait la demande : elle leur annonçait que l’intervention avait eu lieu et leur faisait part de la réponse fournie par les autorités allemandes.

Ainsi, un très grand nombre de fiches de la Délégation générale portent le nom de “45000” ; surtout après le départ du convoi, le 6 juillet 1942, et l’absence de nouvelles résultant de leur statut “NN”.

La plupart de ces fiches se trouvent dans les dossiers d’état civil des déportés conservés au BAVCC (anciennement archives du secrétariat d’État aux Anciens Combattants).

[3] Les chambres à gaz du centre de mise à mort situé à Birkenau fonctionnent principalement pour l’extermination des Juifs dans le cadre de la “Solution finale”, mais, jusqu’en mai 1943, elles servent également à éliminer des détenus, juifs ou non, considérés comme “inaptes au travail” (opération commencée en avril 1941, dans d’autres camps, sous le nom de code 14 f 13). Les détenus d’Auschwitz-I sélectionnés pour la chambre à gaz sont amenés en camions à Birkenau. Quelquefois, ils attendent la mort au Block 7 de ce camp.