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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oswiecim, Pologne. 
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Georges, Alphonse, Théophile, AUGUSTE naît le 9 août 1896 à Fontenay-le-Pesnel (Calvados – 14), chez ses parents, Jean Baptiste Auguste, 36 ans, journalier, et Marie Désirée, 40 ans, son épouse.

Pendant un temps, Georges Auguste travaille lui aussi comme journalier, habitant à Carpiquet (14).

Le 16 avril 1915, il est incorporé comme soldat de 2e classe au 119e régiment d’infanterie. Le 18 novembre suivant, il passe au 1er régiment de zouaves. Le 18 juin 1916, il passe au 5e régiment de tirailleurs. Le 27 septembre suivant, il est cité à l’ordre du 1er régiment de tirailleurs de marche : « ayant perdu sa compagnie, s’est joint au bataillon d’Afrique avec lequel il a chargé à la baïonnette avec un sang-froid remarquable ». Le 2 juin 1917, il est cité à l’ordre de son régiment : « excellent tirailleur, à fait l’admiration de ses camarades par un sang-froid remarquable et un absolu mépris du danger au cours des opérations des 17, 18 et 19 avril 1917 ». Il est décoré de la Croix de guerre. Le 17 septembre 1919, il est envoyé en congé illimité de démobilisation et se retire au 27, rue des Vaucelles, à Caen, titulaire d’un certificat de bonne conduite.

Le 29 juillet 1921, Georges Auguste est embauché par la Compagnie des chemins de fer de l’État qui fusionnera avec d’autres au sein de la SNCF début 1938 [1].

Au moment de son arrestation, il est domicilié au 48, rue Eustache-Restout (ou rue Beau-Soleil) à Caen (14). Il est marié et père de cinq enfants, âgés respectivement de 21, 20, 18, 17 et 15 ans en 1942.

Georges Auguste est alors mécanicien de route dans l’arrondissement de traction de Caen (« sur l’État ») ; il confiera à Marcel Cimier qu’il a un jour conduit le train spécial du maréchal Goering (commandant de la Lutwaffe) et de von Brauschitch (commandant en chef de l’armée de terre).

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Le rapide Paris-Cherbourg dans les environs de Mantes. 
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Le 3 mai 1942, sur le quai de la gare de Caen, descendant de sa locomotive au retour de Cherbourg, Georges Auguste est arrêté par la police française. Il figure comme “communiste” sur une liste d’arrestations demandées par la Feldommandantur 723 de Caen à la suite du déraillement de Moult-Argences (Airan) [2]. Lors de la fouille, on trouve sur lui une carte de la CGT clandestine (témoignage D. Badache). Il est conduit au commissariat central, où se retrouvent les hommes interpellés. Ils passent la nuit à la Maison centrale de la Maladrerie à Caen.

Le 4 mai, remis aux autorités d’occupation, ils sont emmenés au “petit lycée” où sont rassemblés les otages du Calvados. Le soir même, Georges Auguste fait partie du groupe de détenus conduits à la gare de marchandise de Caen pour être transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager). Ils y arrivent le lendemain, 5 mai en soirée. Enregistré sous le matricule 5244, Georges Auguste est assigné au bâtiment C 5, chambre 9.

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30. Georges Auguste est dans le même wagon que Marcel Cimier (qui dit de lui qu’il « avait toujours le caractère gai ». Comme beaucoup de ses camarades, Georges Auguste rédige un message qui est jeté du train.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, à Auschwitz, Georges Auguste est le premier à descendre à l’ouverture des portes de son wagon et, alors que M. Cimier est en train de lui passer sa valise, le cheminot reçoit « un formidable coup de cravache » sur la tête. Robuste malgré sa petite taille (1 m 60), il ne s’effondre pas.

Georges Auguste est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45184 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

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Portail du sous-camp de Birkenau, secteur B-Ia, semblable 
à celui du secteur B-Ib par lequel sont passés tous les “45000”.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés aux travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après les cinq premiers jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Georges Auguste est dans la moitié des membres du convoi qui reste dans ce camp en construction choisi pour mettre en œuvre la “solution finale” (contexte plus meurtrier).

Il meurt à Birkenau le 12 mars 1943, selon les registres du camp ; d’une fièvre qui le terrasse en quelques jours, probablement le typhus (d’après M. Cimier et A. Montagne, qui espéraient le retrouver lors du regroupement de la “quarantaine”).

Sources :

- De Caen à Auschwitz, par le collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association Mémoire Vive, éditions Cahiers du Temps, Cabourg (14390), juin 2001, pages 20, 59-60, 62 et 65, 78, notice par Claudine Cardon-Hamet page 122. 
- Cl. Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 361 et 393. 
- Archives départementales du Calvados, archives en ligne ; état civil de Fontenay-le-Pesnel, registre d’état civil M.N. 1893-1907, année 1896, acte n°14 (vue 33/128) ; registres matricules du recrutement militaire, bureau de Caen, classe 1916, n° 1-500, matricule 271 (vues 454/821). 
- Jean Quellien (1992), sur le site non officiel de Beaucoudray, peut-être extrait de son livre Résistance et sabotages en Normandie, paru pour la première fois aux éditions Charles Corlet en 1992. 
- Claude Doktor, Le Calvados et Dives-sur-Mer sous l’Occupation, 1940-1944, La répression, éditions Charles Corlet, novembre 2000, Condé-sur-Noireau, page 206. 
- Journal de Marcel Cimier, Les incompris, publié en 1995 par les archives départementales et le conseil général du Calvados dans un recueil de témoignages rassemblés par Béatrice Poule dans la collection Cahiers de Mémoire sous le titre Déportés du Calvados (pages 82-115) ; note page 87. 
- Mémorial de la Shoah, Paris, archives du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC) ; liste XLIII-91. 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 36 (14439/1942). 
- Base de données des archives historiques SNCF ; service central du personnel, agents déportés déclarés décédés en Allemagne (en 1947), de A à Q (cote 0110LM0108).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 30-09-2014)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] La SNCF : Société nationale des chemins de fer français. À sa création, suite à une convention validée par le décret-loi du 31 août 1937, c’est une société anonyme d’économie mixte, créée pour une durée de 45 ans, dont l’État possède 51 % du capital.

[2] Le double déraillement d’Airan et les otages du Calvados : Dans la nuit du 15 au 16 avril 1942, le train quotidien Maastricht-Cherbourg transportant des permissionnaires de la Wehrmacht déraille à 17 kilomètres de Caen, à l’est de la gare de Moult-Argence, à la hauteur du village d’Airan, suite au déboulonnement d’un rail par un groupe de résistance. On compte 28 morts et 19 blessés allemands.

La locomotive du premier train ayant déraillé le 16 avril 1942. 
Collection R. Commault-Mémorial de Caen. 
In De Caen à Auschwitz, éditions Cahiers du Temps, juin 2001, page 11.

L’armée d’occupation met en œuvre des mesures de représailles importantes, prévoyant des exécutions massives d’otages et des déportations. Le préfet du Calvados obtient un sursis en attendant les conclusions de l’enquête de police. Mais, faute de résultats, 24 otages choisis comme Juifs et/ou communistes sont fusillés le 30 avril, dont deux à Caen.

Dans la nuit du 30 avril au 1er mai, un deuxième déraillement a lieu, au même endroit et par le même procédé. Un rapport allemand signale 10 morts et 22 blessés parmi les soldats. Ces deux déraillements sont au nombre des actions les plus meurtrières commises en France contre l’armée d’occupation.

Au soir du deuxième attentat – à partir de listes de communistes et de juifs (130 noms sur le département) transmises au préfet par le Feldkommandant – commence une vague d’arrestations, opérées par la police et la gendarmerie françaises avec quelques Feldgendarmes. Dans la nuit du 1er au 2 mai et le jour suivant, 84 hommes au moins sont arrêtés dans le Calvados et conduits en différents lieux de détention. Pour le commandement militaire allemand, ceux qui sont maintenu en détention ont le statut d’otage.

Tous les hommes désignés n’ayant pu être arrêtés, une autre vague d’arrestations, moins importante, a lieu les 7 et 8 mai. Le préfet du Calvados ayant cette fois-ci refusé son concours, ces arrestations d’otages sont essentiellement opérées par la Wehrmacht (Feldgendarmes).

Au total plus de la moitié des détenus de ce début mai sont, ou ont été, adhérents du Parti communiste. Un quart est désigné comme Juif (la qualité de résistant de certains n’est pas connue ou privilégiée par les autorités). Des auteurs d’actes patriotiques, proches du gaullisme, sont également touchés par la deuxième série d’arrestations.

Tous passent par le “petit lycée”, contigu à l’ancien lycée Malherbe (devenu depuis Hôtel de Ville), où ils sont rapidement interrogés.

Caen. Le Petit Lycée. Carte postale éditée dans les années 1900. 
Collection Mémoire Vive.

Le 4 mai, 48 détenus arrêtés dans la première rafle sont transférés en train au camp de police allemande de Compiègne-Royallieu ; puis d’autres, moins nombreux, jusqu’au 9 mai (19 ce jour-là).

Les 8 et 9 mai, 28 otages communistes sont fusillés, au Mont-Valérien (Hauts-de-Seine – 93) pour la plupart (trois à Caen). Le 14 mai, onze otages communistes sont encore fusillés à Caen.

La plus grande partie des otages du Calvados transférés à Compiègne sera déportée à Auschwitz le 6 juillet 1942 : 57 politiques et 23 Juifs (près de la moitié des otages juifs du convoi).