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Collection Catherine Sansoulet-Planté. 
Droits réservés.

Gaston, Auguste, Sansoulet-Planté naît le 24 février 1914 à Paris 6e (75), fils de Félix Sansoulet-Planté, 30 ans, commis PTT, et de Marie Holveck. Gaston a – au moins – un frère : Jean, né le 9 janvier 1909. En mai 1925, leur père est élu conseiller municipal socialiste SFIO de Fontenay-aux-Roses [1] (Hauts-de-Seine – 92) (non réélu quatre ans plus tard).

Le 28 septembre 1935, à Fontenay, Gaston Sansoulet-Planté se marie avec Raymonde Pérot, employéesdes Tabacs. Ils ont un fils : Jean, Félix, Robert, né le 29 novembre 1938.

Au moment de l’arrestation du chef de famille, celle-ci est domiciliée au 9 bis, rue Jean-Jaurès à Fontenay-aux-Roses.

Gaston Sansoulet est employé des PTT (poste, télégraphe et téléphone), agent du service postal au bureau de la gare Montparnasse (Paris 15e).

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Paris. La gare Montparnasse. Passe un bus à gazogène… 
Carte postale non datée. Collection Mémoire Vive.

Adhérent à la CGT et au Parti communiste, Gaston Sansoulet est, pendant un temps, secrétaire de cellule à Fontenay-aux-Roses.

Son père, Félix Sansoulet-Planté, décède le 2 août 1940 à Fontenay.

Sous l’occupation, la police française (RG) considère Gaston Sansoulet comme un « militant communiste notoire », poursuivant « son activité dans la région de Fontenay-aux-Roses ». De fait, le militant est resté actif au sein du Parti communiste clandestin, en contact avec Georges Delrieux [2] et Robert Marchand, assurant la rédaction, l’impression et la distribution de tracts

En septembre 1941, une voisine des Sansoulet, Amélie R., dame réputée « querelleuse », a une altercation avec Raymonde Sansoulet au sujet des enfants de cette dernière qui ont éclaboussé son palier. Décidée à mettre bon ordre dans tout cela. Mme R. se rend avec une amie au commissariat de Sceaux pour dénoncer le mari de sa voisine, signalant les imprudences du militant clandestin : ainsi des tracts mal cachés dans le hangar de la cour avaient été emportés par le vent et des enfants de l’immeuble avaient été vus jouant avec ! Dès le lendemain, une perquisition est effectuée et Gaston Sansoulet est arrêté [3].

Le 20 septembre 1941, le préfet de police de Paris signe l’arrêté ordonnant son internement administratif. Pendant un temps, il est détenu au dépôt de la préfecture de police de Paris (Conciergerie, sous-sol duPalais de Justice, île de la Cité).

Le 9 octobre, il est parmi les 60 militants communistes (40 détenus venant du dépôt, 20 venant de la caserne des Tourelles) transférés au “centre de séjour surveillé” (CSS) de Rouillé, au sud-ouest de Poitiers (Vienne – 86) ; départ gare d’Austerlitz à 8 h 25, arrivée à Rouillé à 18 h 56.

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Le camp de Rouillé, “centre de séjour surveillé”, 
vu du haut d’un mirador. Date inconnue. 
Au fond – de l’autre côté de la voie ferrée -, le village. 
Musée de la Résistance nationale (Champigny-sur-Marne), 
Fonds Amicale Voves-Rouillé-Châteaubriant. Droits réservés.

Le 22 mai 1942, Gaston Sansoulet fait partie d’un groupe d’internés – dont 150 de la Seine, pour la plupart déportés ensuite avec lui – remis aux autorités d’occupation à la demande de celles-ci et conduits au campallemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 -Polizeihaftlager).

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La caserne de Royallieu après-guerre. Les huit premiers 
bâtiments alignés à gauche sont ceux du quartier “A”, 
désigné pendant un temps comme le “camp des communistes”. 
À l’arrière plan, sur l’autre rive de l’Oise, 
l’usine qui fut la cible de plusieurs bombardements 
avec “dégâts collatéraux” sur le camp. 
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Les deux wagons à bestiaux 
du Mémorial de Margny-les-Compiègne, 
installés sur une voie de la gare de marchandise 
d’où sont partis les convois de déportation. Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet, Gaston Sansoulet est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 46096 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée).

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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oświęcim, Pologne. 
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit. Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

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Portail du sous-camp de Birkenau, secteur B-Ia, semblable 
à celui du secteur B-Ib par lequel sont passés tous les “45000”.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différentsKommandos.

Le 13 juillet – après les cinq premiers jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Gaston Sansoulet est dans la moitié des membres du convoi qui reste dans ce camp en construction choisi pour mettre en œuvre la “solution finale” (contexte plus meurtrier).

Le 1er novembre 1942, dans la chambre (Stube) n°3 du Revier de Birkenau (Block n° 8 du secteur BIb) – où se trouvent également Marcel Colin, Germa, Faugeron, Lenglet, Nonnet, Nouvian, Paupy, Roux etVinsous -, il reçoit six gouttes d’un bactéricide, l’Anisine, et 15 g (“grains”) de Bol blanc (Bolus Alba ; kaolin). Le 2 novembre, il reçoit 15 g de Bol blanc et quatre comprimés de charbon, remèdes contre la dysenterie. Le 3 novembre, il est inscrit dans le Stube n° 1, avec le jeune Marcel Laval, où il reçoit 15 g de Bol blanc et quatre comprimés de charbon. Dans ce dispensaire, le SS-Rottenführer Franz Schulz exécute certains détenus avec une injection mortelle dans le cœur…

Les jours suivants, le nom de Gaston Sansoulet n’apparait plus dans le registre des médicaments dispensés aux malades du Revier de Birkenau. Sans preuve absolue – l’acte de décès établit par l’administration SSfaisant partie des documents délibérément détruits lors de l’évacuation du camp -, il est raisonnable de penser que Gaston Sansoulet a succombé dans les jours suivants, c’est-à-dire au début novembre 1942 [4].

(Gaston Sansoulet est le seul “45000” de Fontenay-aux-Roses)

Le 25 octobre 1945, Raymonde Sansoulet est convoquée devant la Cour de Justice afin de témoigner contre sa dénonciatrice.

Le 29 octobre, deux “45000” rescapés écrivent à Madame Sansoulet afin de certifier du décès de son mari. Aimé Obœuf, qui était également dans la moitié du convoi restée à Birkenau, dit se souvenir très bien de lui, indiquant pour date de son décès le mois de septembre 1942 et pour cause le typhus. Il ajoute qu’un camarade mort en déportation – non nommé – lui a rapporté que Gaston Sansoulet pensait beaucoup à son épouse. De son côté, Mickey Guilbert certifie la disparition de Gaston Sansoulet, dans la mesure où celui-ci ne faisait pas partie des rescapés politiques français d’Auschwitz rassemblés au Block 11 au cours de l’été 1943.

Le 11 février, Gaston Sansoulet reçoit le titre de Déporté politique.

Son nom est inscrit sur le Monument aux morts de Fontenay-aux-Roses, place du général-de-Gaulle.

Le 17 octobre 1947, le conseil municipal donne le nom de Gaston Sansoulet à l’avenue de la Demi-Lune.

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© Association La Boissière.

Son nom a également été donné à la cellule communiste des chercheurs du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), avant le déménagement de celui-ci pour Saclay.

Déclaré Mort pour la France, il est homologué au grade de sergent au sein de la Résistance intérieure française au titre du Front national (J.O. du 18 décembre 1949).

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 19-05-1998).

Raymonde Sansoulet-Planté, sa veuve, décède le 26 août 2007, à l’âge de 90 ans.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 127 et 128, 382 et 420. 
- Laurent Joly, La dénonciation dans la traque des communistes et des Juifs, 1940-1944, in La délation dans la France des années noires, ouvrage collectif sous la direction de l’auteur, éditions Perrin, avril 2012, pages 135-136. 
- Archives de la préfecture de police de Paris, cartons “occupation allemande” : BA 2374 (camps d’internement…). 
- Bureau d’information sur les anciens prisonniers (Office for information on former prisoners), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, archives (APMAB) : registre de délivrance de médicaments de l’infirmerie de Birkenau, copies transmise par André Nouvian. 
- Irena Strzelecka, Les hôpitaux dans le camp de concentration d’Auschwitz, in Auschwitz 1940-1945, tome 2, Les détenus – La vie et le travail, chap. 9, p. 364-365, éditions du Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, 2011. 
- Archives du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC), Paris ; liste XLI-42, n° 166. 
- Site Mémorial GenWeb, 92-Fontenay-aux-Roses, relevé de Raymonde Seguin qui a consulté l’état civil (2000-2004). 
- Ville de Fontenay-aux-Roses, site internet, fichier PDF “Dénominations des rues”. 
- Catherine Sansoulet-Planté, sa belle-fille, et Bruno Sansoulet-Planté, son petit-fils (messages et courrier 11-2013).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 22-11-2013)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Fontenay-aux-Roses : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] Georges Delrieux, né le 24 avril 1910 à Paris, déporté dans le transport parti le 12 mai 1944 de Compiègne et arrivé deux jours plus tard au KL Buchenwald (matr. 51132), libéré dans ce camp le 11 avril 1945 ? (source : Livre-mémorial de la FMD, convoi I.211, tome 3, page 569.

[3] Dénonciations à Fontenay : À la Libération, le gardien de la paix R., qui a effectué l’enquête, témoigne : « En quatre ans, je n’ai eu que deux dénonciations de cet ordre » Notons que le rapport d’arrestation rédigé par ses soins décrit une enquête de surveillance, alors qu’en réalité les dénonciatrices se sont directement adressées au commissariat ! – procédé classique qui consiste à minorer la part de la délation pour valoriser le travail de terrain…

[4] Concernant la différence de date de décès avec celle inscrite sur les actes d’état civil : Dans les années qui ont suivi la guerre, devant l’impossibilité d’obtenir des dates précises de décès des déportés, mais soucieux d’établir les documents administratifs nécessaires pour le versement des pensions aux familles, les services français d’état civil – dont un représentant officiait au ministère des Anciens combattants en se fondant sur diverses sources, parmi lesquelles le témoignage approximatif des rescapés – ont très souvent fixé des dates fictives : le 1er, le 15, le 30, le 31 du mois, voire le jour (et le lieu !) du départ. Concernant Gaston Sansoulet, c’est le 15 septembre 1942 qui a été retenu pour certifier son décès. Leur inscription sur les registres d’état civil rendant ces dates officielles, certaines ont quelquefois été gravées sur les monuments aux morts.