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Droits réservés.

Gaston, Eugène, Gié naît le 7 mai 1888 à Fontainebleau (Seine-et-Marne – 77), fils d’Eugène Gié, 21 ans, vacher (?), domicilié au 13, rue Saint-Merry, et de la demoiselle Antonine Milbert, 19 ans, femme dechambre.

Le 14 juin 1917 à Courbevoie [1] (Hauts-de-Seine – 92), Gaston Gié se marie avec Renée Ernestine Deuve (?). Ils auront deux enfants.

Au moment de son arrestation, il est domicilié au 35, rue Voltaire à La Garenne-Colombes [1] (92).

Ancien combattant de la Première guerre mondiale, Gaston Gié a été grièvement blessé à Novion-aux-Prés : il en garde une « brèche complète de la région pariétale ». Il est décoré de la Médaille militaire le 28 août 1938 pour dix années de service, trois campagnes, blessure et citation à l’ordre de sa division. Il est trésorier de l’Association républicaine des anciens combattants (ARAC) de 1935 à 1938 (au plan local ou national ?).

Sculpteur sur bois, puis – pour cause de chômage – gardien à l’usine Hispano-Suiza de Bois-Colombes (92), il quitte ce poste à l’arrivée des troupes allemandes, refusant de collaborer.

C’est un militant communiste.

Sous l’occupation, la police française le considère comme un « militant notoire, meneur particulièrement actif » et signale qu’il a été « homme de confiance de l’ex-député Fajon ».

Le 4 décembre 1940, il est inscrit sur le rôle (n° 94181) du greffe du tribunal correctionnel de la Seine pour infraction au décret du 26 septembre 1939 (propagande communiste). Mais le juge d’instruction prononce un non-lieu le 18 mars 1941.

Entre temps, après deux perquisitions sans résultat à son domicile, le commissaire de police de Courbevoie l’arrête chez lui le 20 janvier 1941 : Gaston Gié y était revenu pour changer de vêtements, afin d’assister aux funérailles de son père. L’arrêté du préfet de police de Paris ordonnant son internement administratif est signé à la même date ; en même temps que celui de 65 autres militants communistes de la Seine, tous probablement arrêtés ce jour-là. Gaston Gié est écroué à la Maison d’arrêt de la Santé (Paris 14e).

Le jour-même, il fait partie d’un groupe de 69 militants communistes conduits à la gare de l’Est où ils sont rejoints par une centaine d’autres venant de la Maison centrale de Fontevraud-L’Abbaye [2], près de Saumur (Maine-et-Loire – 49).

Le train les amène à la gare de Clairvaux (Aube – 10) d’où ils sont conduits – par rotation de vingt détenus dans un unique fourgon cellulaire – à la Maison centrale de Clairvaux. Une fois arrivés, la direction les contraint à échanger leurs vêtements civils contre la tenue carcérale, dont un tour de cou bleu (“cravate”) et un béret. Ceux qui refusent sont enfermés une nuit en cellule (“mitard”), tandis que la plupart sont assignés à des dortoirs. Rejoints par d’autres, ils sont bientôt 300 internés politiques.

Le 14 mai, une centaine d’entre eux est transférée au camp de Choisel à Châteaubriant (Loire-Atlantique – 44), parmi lesquels plusieurs seront fusillés le 22 octobre. Gaston Gié fait partie de ceux qui restent à Clairvaux, et qui doivent bientôt partager les locaux qui leur sont assignés avec quelques “indésirables” (condamnés de droit commun).

Le 26 septembre 1941, il est parmi la centaine d’internés de Clairvaux transférés en train, via Paris, au “centre de séjour surveillé” (CSS) de Rouillé, au sud-ouest de Poitiers (Vienne – 86).

Le 22 mai 1942, il fait partie d’un groupe de 156 internés – dont 125 seront déportés avec lui – remis aux autorités d’occupation à la demande de celles-ci et conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager) ; matricule 5877.

Entre fin avril et fin juin 1942, Gaston Gié est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Gaston Gié est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45598 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée).

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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oświęcim, Pologne. 
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

Gaston Gié meurt à Auschwitz le 10 septembre 1942, d’après les registres du camp.

Il est homologué comme “Déporté politique” (n° 1101 14340).

Son nom est inscrit (son prénom étant seulement indiqué par l’initiale) sur le Monument aux morts de La Garenne-Colombes, situé dans le cimetière communal.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 382 et 405. 
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” des Hauts-de-Seine nord (2005), citant : Lettres de son fils (5/1972) et de sa veuve – Documents de la Commission de Réforme (8 février 1935) : attestation médicale, circonstances des blessures, analyse de son état de santé – Homologation comme adjudant dans la RIF au titre du Front national (29/12/1948) – Carte de combattant (n° 509437) – Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen (fichier national). 
- Archives de Paris, archives du tribunal correctionnel de la Seine, rôle du greffe du 15 novembre 1940 au 20 janvier 1941, cote D1u6-5851. 
- Archives départementales de Seine-et-Marne, archives en ligne, état civil de Fontainebleau, registre des naissances de l’année 1888, acte 82 (cote 6E198/185, vue 31/87). 
- Archives de la préfecture de police de Paris, cartons “occupation allemande” : BA 2374 (camps d’internement…) ; BA 2397 (liste des internés communistes, 1939-1941). 
- Mémorial de la Shoah, Paris, archives du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC) ; liste XLI-42, n° 88. 
- Archives départementales de la Vienne, cote 109W75 (camp de Rouillé). 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 347 (29827/1942). 
- Site Mémorial GenWeb, 92-La Garenne-Colombes, relevé de Thierry Pouliquen et Gilles Gauthier(02-2005).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 11-07-2012)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Courbevoie et La Garenne-Colombes : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, ces communes font partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] Fontevraud-L’Abbaye, souvent orthographié Fontevrault-L’Abbaye au 19e siècle.