JPEG - 73.2 ko
En 1930.
Collection Colette Pestel. Droits réservés.

Gabriel, Maurice, Royer naît le 27 juillet 1901 à Esternay (Marne – 51), chez sa grand-mère maternelle Louise Marion, fils de Henri Royer, 26 ans, facteur rural, et d’Ernestine, née Marion, 17 ans, domiciliés à Reims. Les témoins pour l’inscription du nouveau-né à l’état civil sont un porcelainier et un vannier

Le 13 octobre 1923 à Reims, il se marie avec Gilberte P.

Dans les années 1930, Gabriel Royer est domicilié au 40 bis, rue Jacquart à Reims (51). Il y obtient le permis de conduire les automobiles.

Le 31 octobre 1939 à Esternay, il se marie avec Geneviève Vermeersch, née le 29 juin 1913 à Paris 14e.

Au moment de son arrestation, il est domicilié au 19, rue des Avants à Colombes [1] (Hauts-de-Seine – 92).

JPEG - 210.2 ko
Gabriel et Geneviève.
Collection Colette Pessel. Droits réservés.

Ensemble, ils ont eu deux enfants, nés avant mariage : Gabriel (comme son père !) et Colette (qui a reçu le nom de l’ex-mari divorcé de sa mère). Il était prévu que leur père les reconnaisse…

JPEG - 316.9 ko
Gabriel Royer et ses enfants : Colette et Gabriel.
Collection Colette Pessel. Droits réservés.

Pendant un temps, Gabriel Royer est employé de bureau (son épouse est sans profession). À partir de novembre 1936, il travaille comme tireur-soudeur à l’usine de la Société Industrielle du Matériel inoxydable (S.I.M.I.), 49, rue de l’Espérance prolongée, à Gennevilliers (dont le siège est à Versailles).

À partir de 1937 et jusqu’au moment de son arrestation, il est domicilié dans un pavillon au 19, rue des Avants à Colombes [1] (Hauts-de-Seine – 92).

Membre de son syndicat professionnel, la police ne lui connaît aucune activité particulière. En 1938, il adhère au Parti communiste, mais reste discret sur ses opinions dans son entreprise.

JPEG - 250.3 ko
Geneviève Royer avec Gabriel et Colette.
Collection Colette Pessel. Droits réservés.

Le 29 octobre 1939, Gabriel Royer est affecté spécial comme chaudronnier-soudeur dans son entreprise (S.I.M.I.).

Sous l’occupation, il poursuit son activité militante dans la clandestinité. Selon la police, il regroupe d’ex-militants du quartier de Saint-Denis à Colombes qui diffusent des tracts sous sa direction. Vers la mi-janvier 1941, ils tiennent une réunion d’organisation à son domicile.

Le 10 février 1941, Gabriel Royer est arrêté par des policiers du commissariat de la circonscription de Colombes « en flagrant délit d’apposition d’affiches et de placards communistes » sur les murs des maisons de la localité, en même temps que son épouse et d’autres individus qui en faisaient autant à Colombes, Courbevoie et Bois-Colombes. La perquisition effectuée à son domicile amène la découverte dans son grenier d’une étoffe rouge semblable à celle ayant servi à confectionner des oriflammes trouvés accrochés aux fils électriques de la rue de Colombes à Asnières dans la nuit du 9 au 10 février, veille de son arrestation.  Avec dix-huit membres du même réseau, ils sont d’abord écroués au dépôt de la préfecture de police de Paris (Conciergerie, sous-sol du Palais de Justice, île de la Cité), à la disposition du procureur. Trente-trois personnes prises dans la même affaire sont inculpées d’infraction au décret-loi du 26-9-1939, dont son épouse et Raoul Bertrand (et Gino Foscardi ?). Treize d’entre elles semblent bénéficier d’un non-lieu au cours de l’instruction, dont son épouse et Raoul Bertrand (à vérifier…).

Gabriel Royer est conduit à la Maison d’arrêt de la Santé (Paris 14e).

Le 4 juin 1941, les prévenus non-libérés comparaissent devant la 12e chambre du Tribunal correctionnel de la Seine qui condamne Gabriel Royer à dix-huit mois d’emprisonnement.

JPEG - 126.7 ko
Palais de Justice de Paris, île de la Cité, Paris 1er.
Tribunal correctionnel, un des porches du rez-de-chaussée.
(montage photographique)

Avec d’autres condamnés, celui-ci se pourvoit en appel auprès du procureur de la République.

Le 20 septembre, sa peine est ramenée à un an d’emprisonnement par la section de Paris du Tribunal d’État, qui ajoute ou confirme amende et privation de droits civiques.

Après avoir été écroué à Maison d’arrêt de Fresnes [1] (Val-de-Marne – 94), Gabriel Royer est transféré à la Maison centrale de Poissy (Yvelines – 78) en octobre.

JPEG - 132.4 ko
Au deuxième plan, la Maison centrale de Poissy vers 1916.
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

À l’expiration de sa peine, le 23 novembre, il n’est pas libéré : le directeur de la prison à préalablement sollicité l’autorisation de l’Autorité allemande et, comme le rappelle une note des R.G., « …en exécution de la note allemande du 15 septembre 1941, du général Schaumburg, Commandant des forces militaires en France, Royer ne peut être remis en liberté qu’avec l’assentiment des autorités d’occupation ».

Le 23 décembre, son épouse écrit au ministre de l’Intérieur, place Beauveau, à Paris,  pour solliciter sa libération, indiquant que le président-directeur de la S.I.M.I., qui le considère comme un très bon ouvrier, est disposé à le reprendre.

Le 13 février 1942, Gabriel Royer est parmi les vingt-quatre « militants communistes » de Poissy – composé pour moitié de futurs “45000” – transférés au dépôt de la préfecture « en vue d’une mesure d’internement administratif ». Le 25 mars, le préfet de police de Paris signe l’arrêté ordonnant son internement administratif en application du décret du 18 novembre 1939, officialisant la situation ; décision confirmée par le ministre secrétaire d’État à l’Intérieur.

Le 16 avril, Gabriel Royer fait partie d’un groupe d’une soixantaine de détenus – dont quarante-quatre futurs “45000” – transférés au “centre de séjour surveillé” (CSS) de Voves (Eure-et-Loir – 28), où il est enregistré sous le matricule n° 110.

JPEG - 86.1 ko
Entrée du camp de Voves.
Date inconnue, probablement après mars 1943.

Le 10 mai 1942, il fait partie des 81 internés remis aux “autorités d’occupation” à la demande de celles-ci et transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par laWehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, Gabriel Royer est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

JPEG - 128.9 ko

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet, Gabriel Royer est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 456074 (identification confirmée par la comparaison de la photo d’immatriculation du détenu portant ce matricule avec un portrait “civil” d’avant-guerre).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Gabriel Royer.

Il meurt à Auschwitz le 26 octobre 1942, d’après les registres du camp.
Le 1er septembre suivant, le cabinet du préfet de police écrit au directeur des renseignements généraux à la demande du ministère de l’Intérieur afin qu’il lui transmette « son avis sur l’opportunité d’une mesure de clémence à l’égard » de Gabriel Royer « actuellement interné au centre de séjour surveillé de Voves » ! La réponse est négative.

En 1945, sa veuve est employée chez un teinturier de la rue de Penthièvre (Paris 8e).
Il est homologué comme “Déporté politique”.

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 27-01-1999) ; avec erreur sur la date («  fin juin 1942 »).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 381 et 403.
- Cl. Cardon-Hamet, notice réalisée pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” du nord des Hauts-de-Seine, citant : Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen (fichier national).
- Messages de Colette Pessel, fille de Gabriel Royer, avec documents d’archives familiales en pièces jointes (06-2012)
- Archives départementales de la Marne (AD 51), site internet, archives en ligne, registre des naissances d’Esternay, année 1901 (cote 2 E 265/19), acte n° 18 (vue 102/108).
- Archives de Paris, archives du tribunal correctionnel de la Seine, rôle du greffe du 31 mai au 3 septembre 1941, cote D1u6-5856.
- Archives de la préfecture de police (Paris), site du Pré-Saint-Gervais ; cartons “occupation allemande”, camps d’internement… (BA 2374) ; carton “Parti communiste” (BA 1928) ; dossier individuel des RG (77w50), n° 100.748.
- Comité du souvenir du camp de Voves, liste établie à partir des registres du camp conservés aux Archives départementales d’Eure-et-Loir.
- Association Arbre, marne-archives.com (n°8214).
-  Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 3, page 1032 (37415/1942).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 4-06-2015)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Colombes et Fresnes : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, ces communes font partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).