JPEG - 77.1 ko
Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Gabriel, Albert, Lemaire naît le 29 août 1902 à Amfréville-la-Mivoie (Seine-Maritime [1] – 76), au sud de Rouen, en face de Sotteville sur la rive droite de la Seine, fils d’Alexandre Lemaire et d’Émilie Héren (ou Héron), son épouse.

À une date restant à préciser, Gabriel Lemaire se marie avec Lucienne Bénard, née le 21 novembre 1903 à Saint-Étienne-de-Rouvray.

Il est domicilié au 11, rue du Passage à Amfréville-la-Mivoie.

À partir de 1926, Gabriel Lemaire est serrurier aux ateliers Buddicom de Sotteville-lès-Rouen (n° d’agent SNCF : 42952).

Adhérent de la CGT, il est secrétaire de cellule à Amfreville, où il est élu Conseiller municipal sur la liste du Parti communiste.

En janvier 1940, alors que les organisations communistes sont dissoutes et interdites à la suite du pacte germano-soviétique, il est destitué de son mandat électoral pour être resté fidèle à son engagement.

Le 4 août 1941, répondant à une note du préfet de Seine-Inférieure datée du 22 juillet, le commissaireprincipal de police spéciale de Rouen transmet à celui-ci une liste nominative de 159 militants et militantes communistes de son secteur dont il préconise de prononcer l’internement administratif dans un camp de séjour surveillé, tous anciens dirigeants ou militants convaincus ayant fait une propagande active et soupçonnés de poursuivre leur activité clandestinement et « par tous les moyens ». Parmi eux, Gabriel Lemaire…

Arrêté le 22 octobre 1941, Gabriel Lemaire est inscrit en vingtième place sur la liste d’otages dressée après l’attentat contre la librairie “Le Front” à Rouen, fréquentée par les militaires allemands [2].

Il est rapidement conduit au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), où il est enregistré sous le matricule n° 1915. Pendant un temps, il est assigné au bâtiment A4, chambre n° 11.

Le SD [3] indique « Au PC de 1936 à 1940 », et précise « a été détenu 6 semaines pour activités communistes pendant la guerre actuelle ». Le 8 décembre 1941, il figure sur une liste de 28 communistes à « transférer vers l’Est », établie par la Felkommandantur 517 de Rouen. Le 7 mai 1942, le département administratif allemand de la Justice (V ju) propose sa libération.

Pourtant, entre avril et fin juin 1942, Gabriel Lemaire est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande, en application d’un ordre de Hitler.

Le 6 juillet 1942, à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

>doc1170>

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Gabriel Lemaire est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45778.

Sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée. Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartisdans les Blocks 19 et 20.

JPEG - 174.4 ko
Portail du sous-camp de Birkenau, secteur B-Ia, semblable 
à celui du secteur B-Ib par lequel sont passés tous les “45000”.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire – au cours duquel Gabriel Lemaire se déclare comme cheminot (Eisenbahner) -, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après les cinq premiers jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Gabriel Lemaire est dans la moitié des membres du convoi qui reste dans ce camp en construction choisi pour mettre en œuvre la “solution finale”. Le contexte y est plus meurtrier.

Le 5 novembre 1942, il est présent à l’infirmerie (Revier), où son nom est inscrit sur un registre.

Gabriel Lemaire meurt à Birkenau le 22 janvier 1943, d’après l’acte de décès du camp, qui indique pour cause de sa mort « entérite (diarrhée) par faiblesse corporelle » (Darmkatarrh bei Körperschwäche) ; plus simplement la dysenterie ?.

À une date restant à préciser, le Conseil municipal d’Amfréville-la-Mivoie donne son nom à une rue de la commune. La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 16-07-1994).

Son nom est inscrit sur le monument aux morts SNCF des ateliers de Buddicom à Sotteville.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 60, 374 et 411. 
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et les “31000” de Seine-Maritime, Rouen 2000, citant : Centre de documentation juive contemporaine (CDJC), Paris ; documentsallemands (SD), feuillet 57 – Liste établie par Louis Eudier (45523), du Havre, 1973 – Claude-Paul Couture, chercheur, dossier « En Seine-Maritime, de 1939 à 1945 », CRDP de Rouen, 1986, p. 33 – Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen (fichier central). 
- Archives départementales de Seine-Maritime, Rouen, site de l’Hôtel du Département, cabinet du préfet 1940-1946, individus arrêtés par les autorités de Vichy ou par les autorités d’occupation, dossiers individuels « Le » (cote 51 W 418), recherches conduites avec Catherine Voranger, petite-fille de Louis jouvin (“45697”). 
- Mémorial de la Shoah, Paris, site internet, archives du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC), doc. XLIII-26 et XLVa-32. 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 709 (3385/1943). 
- Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne, Bureau d’information sur les anciens prisonniers (Biuro Informacji o Byłych Więźniach) ; copie de l’acte de décès du camp. 
- Base de données des archives historiques SNCF ; service central du personnel, agents déportés déclarés décédés en Allemagne (en 1947), de A à Q (cote 0110LM0108). 
- Site du Groupe Archives Quatre-Mares (GAQM).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 28-04-2014) Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Seine-Maritime : département dénommé “Seine-Inférieure” jusqu’en janvier 1955.

[2] Contre la librairie allemande de Rouen… Selon Albert Ouzoulias : « Le 28 novembre (1941), Lefebvre (Marc), un jeune cheminot breton qui travaille à Sotteville, lance une bombe dans la vitrine de la librairie allemande de Rouen, rue Jeanne-d’Arc ; l’engin a été confectionné avec un bout de tube de chaudière de locomotive du dépôt de Sotteville. » in Les Bataillons de la Jeunesse, 1967, p. 200. … ce qui explique la désignation comme otages de militants arrêtés dans ce secteur (la date du 26 novembre est aussi donnée).

[3] SD : SichereitsDienst, service de renseignement de la SS, travaillant avec la Gestapo (police de sécurité).