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Droits réservés.

Gabriel Lacassagne naît le 15 juillet 1920 à Fontenay-sous-Bois [1] (Val-de-Marne – 94), chez ses parents, Antoine Lacassagne, 35 ans (né le 31 juillet 1884 à Davignac, Corrèze), livreur (charbonnier), et Antoinette Regaudie, son épouse, 30 ans, domiciliés au 15, rue Dalayrac.

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Fontenay-sous-Bois. La rue Dalayrac. Carte postale non datée
(années 1930 ?). Collection Mémoire Vive.

Au moment de son arrestation, Gabriel habite toujours à cette adresse, où vit également sa sœur, Madeleine, née le 5 mai 1910 à Paris 13e, ménagère.

Gabriel Lacassagne est ajusteur (dans quelle entreprise ?).

« Membre des Jeunesses communistes, il commence avec ses amis par lancer des drapeaux tricoloresdans les fils électriques, pavoiser de nuit sur le marché Roublot, distribuer des tracs dans les rues, coller de petits papillons sur les poteaux télégraphiques. »

Le 1er mai 1941, Antoine – considéré comme invalide -, Gabriel et Madeleine Lacassagne sont arrêtés par M. Cougoule. Leur domicile est perquisitionné sans succès. Le lendemain, inculpés d’infraction au décret-loi du 26 septembre 1939, ils sont conduits au dépôt de la préfecture de police (la Conciergerie, dans les sous-sols du Palais de Justice, sur l’île de la Cité, à Paris 1er).

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Le Palais de Justice de Paris vu depuis la place Dauphine.
Carte postale des années 1900. Collection Mémoire Vive.
Selon certains témoignages, les soupiraux situés près
des statues de lions éclairaient les sous-sols du dépôt.
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Gros plan de l’image ci-dessus : deux soupiraux à gauche du lion.

Le jour suivant, comparaissant devant la 12e Chambre du tribunal correctionnel de la Seine, ils refusent d’utiliser les trois jours auxquels ils ont droit afin de préparer leur défense et Antoine Lacassagne prend tout sur lui, reconnaissant « avoir reçu des paquets de tracts de la part d’un inconnu et ceci dans le but d’en effectuer la diffusion ». Il est condamné à six mois d’emprisonnement, alors que Gabriel et Madeleine sont relaxés faute de preuve.

Dès lors, on peut supposer qu’ils sont fichés par la police française (RG), si ce n’avait pas déjà été fait avant.

Antoine Lacassagne est transféré à la Maison d’arrêt de Fresnes le 23 mai (n° d’écrou “ correction homme” 8352). À l’expiration de sa peine, le 17 septembre, il n’est pas libéré : le préfet de police de Paris signe un arrêté ordonnant son internement administratif.

Le 28 avril 1942, Gabriel Lacassagne est arrêté à son domicile, comme otage, lors d’une grande vague d’arrestations (397 personnes) organisée par « les autorités d’occupation » dans le département de la Seine, visant majoritairement des militants du Parti communiste clandestin. Les hommes arrêtés sont rapidement conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par laWehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

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La caserne de Royallieu après-guerre. Les huit premiers
bâtiments alignés à gauche sont ceux du quartier “A”,
désigné pendant un temps comme le “camp des communistes”.
À l’arrière plan, sur l’autre rive de l’Oise,
l’usine qui fut la cible de plusieurs bombardements
avec “dégâts collatéraux” sur le camp.
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Entre fin avril et fin juin, Gabriel Lacassagne est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Les deux wagons à bestiaux
du Mémorial de Margny-les-Compiègne,
installés sur une voie de la gare de marchandise
d’où sont partis les convois de déportation. Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet, Gabriel Lacassagne est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45709 (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).

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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz.
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit. Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire – au cours duquel Gabriel Lacassagne se déclare sans religion (Glaubenslos) -, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Gabriel Lacassagne est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir.

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Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ».
« Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre »
Carte postale. Collection mémoire Vive.

Il est affecté au Kommando de la forge avec Eugène Charles et Jules Le Troadec, hommes de métier, etFerdinand Bigaré, Raymond Boudou et Marceau Lannoy. Ils sont assignés au Block 16A. C’est dans ceKommando que Gabriel Lacassagne dépérit jour après jour.

Il meurt à Auschwitz le 15 mai 1943, d’après l’acte de décès établi par l’administration SS du camp. Il a 22 ans.

Après la guerre, une plaque à son nom est apposée sur l’immeuble où il a habité, au 15 rue Dalayrac.

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Le 20 décembre 1974, le conseil municipal de Fontenay-sous-Bois donne le nom de Gabriel Lacassagne àune rue créée dans un nouveau secteur d’habitation.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 387 et 409.
- Archives municipales de Fontenay-sous-Bois ; registre des délibérations, recherches de Madame Cluzel ;acte de naissance, transmis par Loïc Damiani.
- Archives de Paris, archives du tribunal correctionnel de la Seine, rôle du greffe du 28 mars au 5 juin 1941, cote D1u6-5855 ; jugements du 3 mai 1941, cote D1u6-3745.
- Concernant Antoine Lacassagne, Archives Départementales du Val-de-Marne, Maison d’arrêt de Fresnes, registre d’écrou n° 151, “correction hommes” du 20 avril au 7 juillet 1941, cote 2742w18 ; dossier des détenus “libérés” du 1er au 30-09-1941, cote 511w22.
- Archives départementales de Corrèze, archives en ligne, site internet, état civil de Davignac, année 1884, acte n° 31 (vue 39/464).
- Archives de la préfecture de police de Paris, cartons “occupation allemande” : BA ? (…) – Classeur inventaire BS1.
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 684 (19942/1943).
- Association Mémoire et création numérique, site Les plaques commémoratives, sources de mémoire, citant René Maurice, Les Années de Plomb, Éditions FNV, Fontenay-sous-Bois, 1995, p.65.

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 13-07-2012)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la Fédération Nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP) qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Fontenay-sous-Bois : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).