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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau,
Oświęcim, Pologne.
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

François, Marie, Juvin naît le 23 avril 1891 au Petit-Auverné (Loire-Atlantique [1] – 44), fils de François Juvin et de Philomène Maillard, son épouse.

Considérant son âge, François Juvin devrait avoir été mobilisé au cours de la guerre 1914-1918 (à vérifier…).

Le 5 septembre 1919, il est embauché comme cantonnier aux chemins de fer de la Compagnie du Paris-Orléans (CPO).

À une date restant à préciser, il épouse Marguerite Nicolas, née en 1890 à Saint-Nazaire.

Il adhère très tôt à la section nantaise du Parti communiste, et au Comité syndicaliste révolutionnaire dès 1921.

Il est candidat communiste aux élections municipales de mai 1925 sur la liste “Bloc ouvrier et paysan”, trésorier de “l’Étoile prolétarienne”, en 1930 (une association qui organise fêtes, concerts et réunions de propagande). En octobre 1934, il est candidat communiste au Conseil d’arrondissement (2e canton de Nantes).

En 1931 et jusqu’au moment de son arrestation, François Juvin est domicilié au Val d’Or, commune d’Orvault, limitrophe de Nantes (44).

Il est alors garde-barrière à la SNCF suite à une blessure.

Lors des élections cantonales d’octobre 1937, le Parti communiste le présente comme candidat au Conseil général dans la circonscription de Nozay.

Le 23 juin 1941, François Juvin est arrêté par les Allemands [2]. Il figure en quinzième place sur une liste de trente « Funktionaere » (“permanents” ou “cadres”) communistes établie par la police allemande. Avec une vingtaine d’hommes arrêtés dans l’agglomération de Nantes, il est conduit au « camp du Champ de Mars » (s’agit-il de la salle des fêtes, également dénommée « Palais du Champ de Mars » ? à vérifier…).

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Nantes. La salle des fêtes du Champ de Mars.
Est-ce l’endroit où ont été rassemblés les militants
arrêtés en juillet 1942 ?
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Le 12 juillet, François Juvin est parmi les vingt-quatre communistes (dont les dix futurs “45000” de Loire-Atlantique) transférés, avec sept Russes (juifs), au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, François Juvin est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45700 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée et identifiée [3]).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire – au cours duquel François Juvin se déclare comme cheminot (Eisenbahner) -, ils sont envoyés aux travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – François Juvin est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir.

Là, il est assigné au Block 23 A, comme Georges Niquet, de Maisons-Alfort.

Le 21 juillet, il est admis à l’hôpital d’Auschwitz, dans le Block 20, celui des maladies contagieuses, avec Georges Niquet et Jean Coltey, de Langres. Il en sort le 27 juillet (?), mais s’y trouve de nouveau quelques jours plus tard.

François Juvin meurt à Auschwitz le 8 août 1942, d’après les registres du camp ; un mois – jour pour jour – après l’arrivée de son convoi. L’acte de décès du camp indique pour cause – très probablement mensongère – de sa mort « entérite stomacale aigüe » (Akuter Magendarmkatarrh).

Sur les dix “45000” de Loire-Atlantique, il n’y eut que deux rescapés : Eugène Charles, de Nantes, et Gustave Raballand, de Rezé.

Le nom de François Juvin est inscrit parmi les déportés sur la plaque « À la mémoire des agents SCNF Résistants, arrondissement de Nantes, 1939-1945 ».

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 21-10-1994).

Sources :

- Son nom (orthographié « EUVIN Franz ») et son matricule figurent sur la Liste officielle n°3 des décédés des camps de concentration d’après les archives de Pologne, éditée le 26 septembre 1946 par le ministère des anciens combattants et victimes de guerre, page 60.
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 365 et 408.
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” de Bretagne (2002), citant : témoignages de Gustave Raballand et d’Eugène Charles, de Nantes.
- Archives départementales de Loire-Atlantique, site internet : recensement de 1931 à Orvault (p. 29).
- C. Geslin, notice in Dictionnaire biographique du Mouvement ouvrier français, sous la direction de Jean Maitron, tome 31, page 338, citant : Arch. Dales Série M – Site Rail et Mémoire.
- Le Travailleur de l’Ouest, 1934 – état civil de Petit-Auverné.
- Site Gallica, Bibliothèque Nationale de France, L’Humanité n° 14103 du 9 juillet 1937, page 4, “onzième liste…”).
- Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne, Bureau d’information sur les anciens prisonniers (Biuro Informacji o Byłych Więźniach), archives : liste du Block n° 20, hôpital d’Auschwitz-I.
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 525 (18789/1942).
- Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne, Bureau d’information sur les anciens prisonniers (Biuro Informacji o Byłych Więźniach) ; copie de l’acte de décès du camp ; registre de la morgue (microfilm n° 741/195).
- Base de données des archives historiques SNCF ; service central du personnel, agents déportés déclarés décédés en Allemagne (en 1947), de A à Q (cote 0110LM0108).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 5-09-2013)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Loire-Atlantique : département dénommé “Loire-Inférieure” jusqu’en mars 1957.

[2] L’ “Aktion Theoderich :

L’attaque de l’Union soviétique, le 22 juin 1941, se fait au nom de la lutte contre le “judéo-bolchevisme”. Dès mai 1941, une directive du Haut-commandement de la Wehrmacht pour la “conduite des troupes” sur le front de l’Est définit le bolchevisme comme « l’ennemi mortel de la nation national-socialiste allemande. C’est contre cette idéologie destructrice et contre ses adeptes que l’Allemagne engage la guerre. Ce combat exige des mesures énergiques et impitoyables contre les agitateurs bolcheviks, les francs-tireurs, les saboteurs et les Juifs, et l’élimination allemande de toute résistance active ou passive. » Hitler est résolu à écraser par la terreur – à l’Ouest comme à l’Est – toute opposition qui viendrait entraver son effort de guerre.

Le jour même de l’attaque contre l’Union soviétique, des mesures préventives sont prises dans les pays occupés contre les militants communistes – perquisitions à leur domicile et arrestations – et des ordres sont donnés pour punir avec la plus extrême sévérité toute manifestation d’hostilité à la puissance occupante. En France, dans la zone occupée, au cours d’une opération désignée sous le nom de code d’Aktion Theoderich, plus de mille communistes sont arrêtés par les forces allemandes et la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne, créé à cette occasion pour la détention des « ennemis actifs du Reich » sous l’administration de la Wehrmacht.

Au total, 1300 hommes y seront internés à la suite de cette action. Fin août, 200 d’entre eux font déjà partie de ceux qui seront déportés dans le convoi du 6 juillet 1942.

[3] Sa photographie d’immatriculation à Auschwitz a été reconnue par des rescapés lors de la séance d’identification organisée à l’Amicale d’Auschwitz le 10 avril 1948 (bulletin Après Auschwitz, n°21 de mai-juin 1948).