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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

François, Paul, Lucien, Dallet naît le 2 septembre 1898 au lieu-dit Vintéjoux sur la commune de Saint-Martial-le-Vieux (Creuse – 23), au domicile de son grand-père, cultivateur. Ses parents sont Antoine Dallet, 30 ans, cocher (« momentanément absent »), et Victorine Gouyon, son épouse,  22 ans, cultivatrice, demeurant également à Vintéjoux.

François Dallet commence à travailler comme cultivateur.

Le 3 mai 1917, il est incorporé comme soldat de 2e classe au 138e régiment d’infanterie. Le 12 juin, il est admis à l’hôpital mixte de Magnac-Laval (Haute-Vienne) pour oreillons et en sort cinq jours plus tard. Le 4 septembre, il retourne dans cet hôpital pour une rougeole et en sort dix-huit jours plus tard. Le 30 décembre suivant, il passe au 107e R.I. Le 7 février 1918, il est évacué sur l’hôpital mixte de Guingamp (Côtes-d’Armor) pour congestion pulmonaire gauche grippale. Il en sort dix jours plus tard avec un congé de convalescence de quarante jours, rejoignant son unité le 17 juin. Il passe au 163e R.I. le 2 août 1918. Le 4 novembre, il est évacué pour gale et anthrax, rejoignant son unité le 15 décembre. Il passe au 160e R.I. le 30 avril 1919. Il passe au 79e R.I. le 26 août suivant. Le 6 septembre, il entre à l’hôpital mixte de Toul (Meurthe-et-Moselle) pour bronchite et en sort le 24 octobre avec un congé de convalescence de vingt jours. Le 29 mai 1920, il est « renvoyé dans ses foyers », titulaire d’un certificat de bonne conduite.

En juillet 1927, François Dallet est domicilié au 124, rue du Président-Wilson à Levallois-Perret [1] (Hauts-de-Seine – 92). Il est déclaré comme chauffeur d’auto.

Probablement chauffeur de taxi, il est membre de la Chambre syndicale des cochers chauffeurs du département de la Seine.

En juin 1934 et jusqu’au moment de son arrestation, François Dallet est domicilié au 16 ter, rue Collange à Levallois-Perret (peut-être dans un hôtel…).

Le 12 février 1940, il est rappelé à l’activité militaire au dépôt d’infanterie n° 133, où il arrive deux jours plus tard.

Le 16 décembre 1940, François Dallet est arrêté par la police française « pour activités communistes ». Le 19 décembre, le Procureur général ouvre une information contre lui et Louis Allaire, lui aussi de Levallois, pour infraction au décret du 26 septembre 1939. Probablement pris dans la même affaire, ils sont écroués à la Maison d’arrêt de la Santé (Paris 14e).

Le 3 mars 1941, le Tribunal correctionnel de la Seine les condamne simultanément à une peine de prison (durée à préciser…).

Le 2 mai, François Dallet est conduit à la Maison d’arrêt de Fresnes [1] (Val-de-Marne – 94). Probablement à la suite d’une décision de la Cour d’appel de Paris confirmant ou aggravant sa condamnation, il est transféré à la Maison centrale de Poissy (Yvelines – 78).

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Au deuxième plan, la Maison centrale de Poissy vers 1916. 
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Le 21 mai 1941, en « exécution des notes préfectorales des 14 novembre 1940 et 18 février 1941 », le directeur de la prison transmet au bureau politique du cabinet du préfet de Seine-et-Oise quatre notices de détenus de la Seine devant être libérés à l’expiration de leur peine au cours du mois suivant, dont Alfred Chapat et François Dallet. Le 29 mai, le préfet de Seine-et-Oise transmet ce dossier au préfet de police de Paris, direction des services des Renseignements généraux.

Dès le 8 juin, le préfet de police envoie au préfet de Seine-et-Oise les ampliations d’arrêtés d’internement administratif concernant deux de ces détenus prochainement libérables de Poissy : Alfred Chapat et François Dallet. Le document concernant François Dallet porte déjà la date légale de sa libération, prévue deux semaines plus tard. Le 14 juin, le préfet de Seine-et-Oise écrit au directeur de la prison pour le « prier de bien vouloir conserver provisoirement à la Maison centrale de Poissy les [deux] militants communistes », faute de place au centre de séjour surveillé d’Aincourt, alors saturé. Le 25 juin, après avoir signé l’arrêté d’internement le concernant, François Dallet est maintenu en détention à Poissy.

Le 28 novembre, il fait partie d’un groupe d’au moins huit internés de Poissy transférés au “centre de séjour surveillé” (CSS) de Rouillé, au sud-ouest de Poitiers (Vienne – 86).

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Le camp de Rouillé, “centre de séjour surveillé”, 
vu du haut d’un mirador. Date inconnue. 
Au fond – de l’autre côté de la voie ferrée -, le village. 
Musée de la Résistance nationale (Champigny-sur-Marne), 
Fonds Amicale Voves-Rouillé-Châteaubriant. Droits réservés.

Le 22 mai 1942, François Dallet est du nombre des 156 internés – dont 125 seront déportés avec lui – remis aux autorités d’occupation à la demande de celles-ci et conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

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Le quartier “A” de la caserne de Royallieu à Compiègne, 
futur “camp des communistes” du Frontstalag 122 ; 
à droite, sont visibles les bâtiments A4, A5, A6, A7 et A8. 
Carte postale des années 1930. Collection Mémoire Vive.

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Les deux wagons à bestiaux 
du Mémorial de Margny-les-Compiègne, 
installés sur une voie de la gare de marchandise 
d’où sont partis les convois de déportation. Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet, François Dallet est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45420 (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différentsKommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté François Dallet.

Il meurt à Auschwitz le 7 août 1942, d’après les registres du camp.

Son nom est inscrit sur le monument en forme de tombe érigé dans le cimetière communal de Levallois-Perret par la CGT « en hommage à ses camarades chauffeurs de taxis parisiens tombés dans les luttes pour l’émancipation des travailleurs, pour la liberté, pour la démocratie, pour la France, pour la République » (situé en vis-à-vis de la tombe de la communarde Louise Michel).

Sources :

- Son nom et son matricule figurent sur la Liste officielle n°3 des décédés des camps de concentration d’après les archives de Pologne, éditée le 26 septembre 1946 par le ministère des anciens combattants et victimes de guerre, page 60. 
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 382 et 400. 
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” des Hauts-de-Seine nord (2002), citant : Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen (fichier central). 
- Archives départementales de la Creuse (AD 23), site internet du Conseil général, archives en ligne, registre des naissances de Saint-Martial-le-Vieux (cote 4E237/17), acte n° 1 (vue 27/44), ; registre matricule du recrutement militaire, bureau de Guéret, classe 1918, n° de 1005 à 1602 (cote 1 R 612), matricule 1288 (vues 518-519/922). 
- Archives nationales, correspondance de la Chancellerie sur des procès pour propagande et activité communistes, BB18 7043. 
- Archives départementales des Yvelines et de l’ancien département de Seine-et-Oise (AD 78), Montigny-le-Bretonneux, centre de séjour surveillé d’Aincourt ; cote 1W99 (dossier individuel d’Alfred Chapat). 
- Archives du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC), Paris ; liste XLI-42, n° 55. 
- Archives départementales de la Vienne, cote 109W75 (camp de Rouillé). 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 204 (18654/1942). 
- Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne, Service d’information sur les anciens détenus (Biuro Informacji o Byłych Więźniach) ; copies du Starke Bucher du 7 au 8 août 1942. 
- Site Mémorial GenWeb, 92-Levallois-Perret, relevé d’Émilie Pessy et de J.C., élèves de 3e5 (04-2003).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 2-10-2014)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Levallois-Perret : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).