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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau,
Oświęcim, Pologne.
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

François Compiène naît le 15 décembre 1904 au Creusot (Saône-et-Loire ).

Il est possible qu’il ait acquis sa formation dans les usines Schneider (à vérifier…) : il est chaudronnier.

François Compiène se marie avec Francine Aulagne, née le 1er juin 1905 à Calmels-de-Viala (Aveyron). Ils ont un fils : Lucien, René, né le 2 janvier 1930 à Saint-Maurice-de-Beynost (Ain), au nord-est de Lyon. La famille vit un temps à Saint-Denis [1] (Seine / Seine-Saint-Denis – 93).

François Compiène travaille un temps dans une tréfilerie installée dans la Plaine-Saint-Denis.

Sous l’occupation, la famille emménage dans un pavillon au 14, rue des Ormes à Romainville [1] (93). Le 3 juillet 1941, revenant de Gien (Loiret) en mission pour le Parti communiste clandestin, François Compiène est arrêté à la gare de Lyon, par des policiers en civil du commissariat de police du quartier de la gare, « porteur de deux valises renfermant environ 70 kilos de tracts communistes » et conduit dans les locaux des Renseignements généraux à la préfecture de police. Interrogé par les inspecteurs de la Brigade spéciale du commissaire David, il révèle qu’il est « vraisemblable » que du matériel de propagande communiste (tracts, brochures, etc.) doit se trouver « à proximité de son domicile ». Derrière le pavillon qu’il occupe, les policier découvrent, sous des débris de toile et de bois, un filet à provision en toile cirée noire contenant environ 2500 imprimés clandestins, dont 2000 exemplaires de divers numéros de L’Humanité ronéotypés et 150 brochures La politique communiste, n° 4 et 5. Cependant, François Compiène se défend d’être membre du Parti communiste et prétend ne pas avoir effectué ces transports de tracts par conviction personnelle mais afin de « gagner un peu d’argent pour le gosse ». Il ne lâche aucune information permettant d’identifier ses contacts. Le 4 juillet, François Compiène est inculpé d’infraction au décret-loi du 26-09-1939 (dissolution et interdiction du PC et de sa propagande) et conduit au dépôt de la préfecture de police, à disposition du procureur de la République.

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Palais de Justice de Paris, île de la Cité, Paris 1er.
Tribunal correctionnel, un des porches du rez-de-chaussée.
(montage photographique)

Le 11 juillet 1941, la 12e chambre du Tribunal correctionnel de la Seine condamne François Compiène à six mois d’emprisonnement qu’il purge à la Maison centrale de Clairvaux (Aube) [à vérifier, car la durée de la peine semble trop courte pour une détention dans ce type d’établissement pénitentiaire : a-t-elle été prolongée en appel ?], puis à la Maison centrale de Poissy (Seine-et-Oise / Yvelines).

Au cours du mois de novembre, en « exécution de la note préfectorale » du 14 novembre 1940, le directeur de la prison transmet au bureau politique du cabinet du préfet de Seine-et-Oise onze notices de détenus de la Seine devant être libérés à l’expiration de leur peine au cours du mois suivant. Le 22novembre, le préfet de Seine-et-Oise transmet le dossier au préfet de police de Paris, direction des services des Renseignements généraux.

Le 26 décembre, à l’expiration de sa peine, François Compiène n’est pas libéré ; il est probablement maintenu en prison avec un statut de “détenu administratif”, comme Christophe Le Meur.

Le 13 février 1942, François Compiène est dans un groupe de vingt-quatre « militants communistes » – composé pour moitié de futurs “45000” – transférés au dépôt de la préfecture de police de Paris (au sous-sol de la Conciergerie, île de la Cité).

Le 26 mars, la préfecture ordonne son internement administratif, et le 16 avril, il fait partie d’un groupe de détenus transférés au “centre de séjour surveillé” (CSS) de Voves (Eure-et-Loir), au sud-est de Chartres, où il est enregistré sous le matricule 52. Dans ce camp, où il apparaît relativement facile de s’évader, il en est dissuadé par les menaces de fortes représailles sur les détenus restés au camp.

Le 10 mai 1942, il fait partie des 81 internés remis aux autorités d’occupation à leur demande et transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager) [2].

Entre fin avril et fin juin 1942, François Compiène est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

transportaquarelle

François Compiène jette un message qui parviendra à sa famille. Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, François Compiène est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45390 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté François Compiène.

Il meurt à Auschwitz le 20 septembre 1942, d’après l’acte de décès établi par l’administration SS du camp.

Le 7 janvier 1943, Francine Compiène, son épouse est appréhendée dans un dépôt de matériel de propagande au 61 rue de Charonne à Paris, où elle assure le tirage à la ronéo de tracts destinés à la région parisienne et à la province. Le 15 janvier, elle est conduite au Dépôt pour infraction au décret du 26 septembre 1939. Le 13 juin 1944, elle s’évade de l’hôpital Tenon avec trois autres détenues grâce à l’intervention de quatre résistants armés.

Le nom de François Compiène  est inscrit sur une des plaques commémoratives (« mort dans la résistance ») apposées dans le hall de la mairie de Romainville.

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 26-02-1988).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 386 et 399.
- Lucien Compiène, son fils : témoignage téléphonique (30-04-2007).
- Comité du souvenir du camp de Voves, liste établie à partir des archives départementales d’Eure-et-Loir.
- Archives de la préfecture de police (Seine / Paris), site du Pré-Saint-Gervais ; occupation allemande, camps d’internement… (BA 2374) ; renseignements généraux, brigade spéciale n° 1 (anticommuniste), affaire Compiène (GB 56).
- Archives départementales des Yvelines (AD 78), Montigny-le-Bretonneux ; bureau politique du cabinet du préfet de Seine-et-Oise (1W69).
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 185 (31981/1942).
- Site Mémorial GenWeb, 93-Romainville, relevé de Christiane Level-Debray (06-2004).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 4-11-2012)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Saint-Denis et Romainville : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, ces communes font partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] KL  : abréviation de Konzentrationslager (camp de concentration). Certains historiens utilisent l’abréviation “KZ”.