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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Fernand Saguet naît le 9 janvier 1899 à Vertus (Marne – 51), au domicile de ses parents, Jean, Baptiste, Saguet, 64 ans, charpentier, et de Marie, Louise, Grelois, son épouse, 38 ans, demeurant rue desLombards. Ses parents seront décédés au moment de son arrestation.

Le 17 décembre 1927 à Paris 5e, Fernand Saguet se marie avec Germaine D.

Le 23 mars 1929 à Maisons-Alfort, il épouse Marguerite Cheyrou, née en 1901, ouvrière. Ils ont deux enfants.

Pendant un temps, il est adhérent au Syndicat général de l’Alimentation.

Fernand Saguet est pilonnier-frappeur à la compagnie des chemins de fer PLM (Paris-Lyon-Méditerranée, avant la création de la SNCF le 1-01-1938). Avant son arrestation, il est aide-ouvrier aux ateliers de wagons de Villeneuve-Saint-Georges.

Militant au Parti communiste, Fernand Saguet est membre du rayon d’Alfortville [1] (Val-de-Marne – 94) de la Région Paris-Est.

En 1935, il est domicilié à Maisons-Alfort [1] (94). Le 12 mai 1935, il est élu conseiller municipal de Maisons-Alfort sur la liste d’Albert Vassart [2], et désigné quelques jours plus tard comme deuxième adjoint au maire.

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La mairie d’Alfortville, après la guerre. 
Carte postale, collection Mémoire Vive

Au moment de son arrestation, il est domicilié au 1, rue de Londres à Maisons-Alfort, dans le quartier Vert de Maisons.

Le 4 octobre 1939, le Président de la République – Albert Lebrun -, par décret et « sur la proposition du ministre de l’intérieur, suspend jusqu’à cessation des hostilités les Conseils municipaux » de 27 communes de la banlieue parisienne à majorité communiste, dont celui de Maisons-Alfort, et les remplace par des Délégations spéciales composées de notables désignés.

Le 16 mars 1940, le Conseil de préfecture de la Seine déchoit Fernand Saguet de son mandat pour appartenance au Parti communiste.

Le 25 juillet, celui-ci est – avec Marcel Névraumont – l’un des principaux organisateurs de la manifestation visant à reprendre la mairie de Maisons-Alfort. Le jour-même, il est arrêté par les agents du commissariat de Charenton où sont regroupés d’autres militants d’Alfortville et Maisons-Alfort, tous sont conduits dans la nuit au commissariat du 12e arrondissement, puis au dépôt de la préfecture de police de Paris (Conciergerie, sous-sol du Palais de Justice , île de la Cité). Enfin, le lendemain, ils sont écroués à la Maison d’arrêt de la Santé (Paris 14e).

Le 4 octobre, Fernand Saguet est relâché avec d’autres militants, à l’initiative semble-t-il de l’administration militaire allemande pour laquelle « vu la fragilité de (leur) cas, rien ne peut être retenu contre (eux) », et après qu’ils aient signé un engagement à « ne pas faire de propagande contre lesautorités occupantes ».

Mais, le 7 octobre, le commissaire de Charenton en appelle au directeur des Renseignements généraux afin que tous soient de nouveau arrêtés, précisant : « Il est a peu près certain que tous ces militants vont reprendre une activité. Leur arrestation paraît s’imposer. »

Le 10 octobre suivant, les mêmes hommes sont de nouveau arrêtés par des inspecteurs de Charenton et passent de nouveau une nuit à la Conciergerie. Internés administrativement, tous sont conduits au “centre de séjour surveillé” (CSS) d’Aincourt (Val-d’Oise – 95), ouvert cinq jours plus tôt dans les bâtiments réquisitionnés d’un sanatorium isolé en forêt. Fernand Saguet partage une chambre avec Henri Hannhart, Gaston Ruan et deux autres militants d’Alfortville.

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Aincourt. Le sanatorium de la Bucaille. Au premier plan, 
le pavillon qui fut transformé en camp d’internement. 
Carte postale oblitérée en 1958. Coll. Mémoire Vive.

Le 4 décembre, Fernand Saguet et ses deux camarades font partie de la centaine d’internés « choisis parmi les plus dangereux » transférés, par mesure préventive ou disciplinaire (?), à la Maison centrale de Fontevraud-L’Abbaye [3], près de Saumur (Maine-et-Loire – 49) ; leur transport s’effectue en car et sous escorte. Les détenus sont enfermés dans une grande salle commune de la Centrale. Ils apprennent que 70 communistes purgent une peine dans le secteur carcéral, parmi lesquels une vingtaine de jeunes.

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Fontevraud, l’ancien réfectoire des moines. 
Carte postale des années 1900. Collection Mémoire Vive.

Le 20 janvier 1941, sans être informés de leur destination, la même centaine d’internés est conduite à la gare de Saumur où les attendent deux wagons de voyageurs à destination de Paris-Austerlitz. À leur arrivée, ils sont conduits à la gare de l’Est. Ils y rejoignent 69 autres militants communistes en attente de transfert.

Ce nouveau convoi les amène à la gare de Clairvaux d’où ils sont conduits – par rotation de vingt détenus dans un unique fourgon cellulaire – à Maison centrale de Clairvaux (Aube – 10). Dans le véhicule Fernand Saguet partage une “cabine” avec Henri Hannhart. Une fois arrivés, la direction les contraint à échanger leurs vêtements civils contre la tenue carcérale, dont un tour de cou bleu (“cravate”) et un béret. Certains sont assignés à des dortoirs, d’autres enfermés une nuit en cellule (“mitard”) par mesure disciplinaire. Tous passent au service anthropométrique. Rejoints par d’autres, ils sont bientôt 300 internés politiques.

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Clairvaux. La Maison centrale. Carte postale. Collection M. Vive.

Le 14 mai, 90 d’entre eux sont transférés au camp de Choisel à Châteaubriant (Loire-Atlantique – 44), parmi lesquels plusieurs seront fusillés le 22 octobre. Fernand Saguet et ses deux camarades font partie de ceux qui restent à Clairvaux, et qui doivent bientôt partager les locaux qui leur sont assignés avec quelques “indésirables” (condamnés de droit commun).

Le 22 septembre, Fernand Saguet est révoqué de son emploi à la SNCF par arrêté ministériel pour « menées antinationales depuis le début de la guerre » [sic].

Le 26 septembre, lui, Henri Hannhart et Gaston Ruan sont parmi les 85 internés de Clairvaux transférés,en train via Paris, au “centre de séjour surveillé” (CSS) de Rouillé, au sud-ouest de Poitiers (Vienne – 86).

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Le camp de Rouillé, “centre de séjour surveillé”, 
vu du haut d’un mirador. Date inconnue. 
Au fond – de l’autre côté de la voie ferrée -, le village. 
Musée de la Résistance nationale (Champigny-sur-Marne), 
Fonds Amicale Voves-Rouillé-Châteaubriant. Droits réservés.

Le 9 février 1942, les trois hommes font partie d’un groupe de 52 « communistes » (dont 36 seront déportés avec lui) remis aux autorités d’occupation à la demande de celles-ci et conduits par des Feldgendarmes à la gare de Poitiers. Enfermés dans deux wagons à bestiaux, ils sont transférés – via Paris – au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin, Fernand Saguet est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet, Fernand Saguet est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 46086 (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée). Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Fernand Saguet.

Il meurt à Auschwitz le 12 août 1942, d’après l’acte de décès établi par l’administration SS du camp ; un mois après l’arrivée du convoi.

En novembre 1944, ignorant son décès, le comité local de libération de Maisons-Alfort fait nommer Fernand Saguet à la délégation spéciale (conseil municipal provisoire) ; comme Henri Hureau et Victor Jardin.

Le 20 août 1948, le conseil municipal de Maisons-Alfort donne son nom à un quai de la Marne, dans le quartier d’Alfort.

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 18-04-1998).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 357, 389 et 419. 
- Claude Pennetier et Nathalie Viet-Depaule, notice dans le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, sous la direction de Jean Maitron, Les Éditions de l’Atelier/Les Éditions Ouvrières, 1990-1997, CD-rom, version 3.61 (citant : Arch. Dép. Seine, DM3 ; versement 10451/76/1- Arch. PPo. 101). 
- Archives départementales de la Marne (AD 51), site internet, archives en ligne, registre des naissances de Vertus, année 1899, cote 2 E 786/78, vue 2-3/31, acte n° 171. 
- Archives municipales de Maisons-Alfort, recherches de Madame Loubrieu. 
- Association Arbre, marne-archives.com (n°78-9652). 
- Archives de la préfecture de police de Paris, cartons “occupation allemande” : BA 2374 (camps d’internement…) ; BA 2397 (liste des internés communistes, 1939-1941) ; carton “PC” n°VII, A.S. du 20 décembre 1940 sur le CSS d’Aincourt ; carton PC 4. 
- Archives départementales des Yvelines et de l’ancien département de Seine-et-Oise (AD 78), Montigny-le-Bretonneux, centre de séjour surveillé d’Aincourt ; cotes 1W144 (dans le dossier individuel de François Olivo, une liste de révoqués de la SNCF datée du 13 février 1942), 1W151 (notice individuelle). 
- Archives départementales de la Vienne, cote 109W75 (camp de Rouillé). 
- Henri Hannhart, Un épisode des années 40, Matricule : F 45652 (les intérêts de certains ont fait le malheur des autres), trois cahiers dactylographiés par son fils Claude, notamment une liste page 23. 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 3, page 1058 (19978/1942).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 5-02-2013)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP (Fédération Nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes) qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Alfortville : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] Militant chevronné du Parti communiste et de la CGTU à partir de 1923, Albert Vassart (1898-1958) est “parachuté” avec succès à Maisons-Alfort, dont il devient le premier maire communiste. À la suite de la signature du pacte germano-soviétique, il prend ses distances avec le PC (novembre 1940). Il est néanmoins arrêté et condamné à cinq ans de prison en tant que communiste. Mais il est libéré en septembre 1941 à la suite de démarches de Marcel Gitton et Henri Barbé (dirigeant du PC exclu en 1932). Albert Vassart adhère au Parti ouvrier et paysan français (POPF) – collaborationniste – de Gitton et y accepte des responsabilités aux côtés d’une vingtaine d’autres anciens parlementaires et élus communistes. Il fait ensuite équipe avec Barbé et Capron pour obtenir la libération de militants communistes emprisonnés bien qu’en rupture avec leur parti. Le 27 juin 1942, Albert Vassart échappe à une tentative d’élimination devant son domicile.

[3] Fontevraud-L’Abbaye, souvent orthographié Fontevrault-L’Abbaye au 19e siècle.