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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau,
Oświęcim, Pologne.
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

Fernand, Cyprien, Godefroy naît le 7 novembre 1902 à Auvers-sur-Oise (Seine-et-Oise / Val-d’Oise), fils d’Octave Godefroy, 26 ans, ouvrier carrier chez M. Belier à Méry-sur-Oise, et Anna Pegeon ou Pejon, 19 ans, journalière, son épouse, domiciliés rue du Four. Fernand a – au moins – un frère : Roger.

Fernand Godefroy accomplit son service militaire dans la cavalerie.

Le 10 octobre 1925 à Auvers-sur-Oise, il se marie avec Hélène Pejon. Ils auront un enfant.

Au moment de son arrestation, il est domicilié au 50, boulevard Foch à Épinay-sur-Seine [1] (Seine / Seine-Saint-Denis).

Il est alors emballeur.

Il est sympathisant du Parti communiste.

Pendant la guerre d’Espagne, Fernand Godefroy s’engage dans les Brigades internationales pour défendre la République espagnole contre la rébellion du général Franco soutenue militairement par Hitler et Mussolini. Arrivé le 14 décembre 1936, il est affecté à la 15e brigade franco-belge, compagnie de mitrailleuses. Le 28 juillet 1937, il est inscrit parmi les volontaires rapatriés sur une liste établie à la base des brigades internationales d’Albacete : estimé comme un « bon camarade, discipliné », Fernand Godefroy, rentre chez lui pour « raisons de famille » : sa femme, sans travail, étant sur le point d’être expulsée de son logement. Il possède encore un « bon moral », mais est dans un état de « fatigue générale » et a deux doigts coupés (?).

Insigne de l’Association des volontaires pour l’Espagne républicaine, ayant appartenu à Christophe Le Meur. Produit entre la mi-1938 et la mi-1939. Coll. André Le Breton.

Insigne de l’Association des volontaires
pour l’Espagne républicaine,
ayant appartenu à Christophe Le Meur.
Produit entre la mi-1938 et la mi-1939.
Coll. André Le Breton.

Le 24 décembre 1941, peu après 6 heures du matin, dans le cadre d’une vague d’arrestations organisées par la police française contre 33 anciens membres des brigades internationales (dont Voltaire Cossart, Maurice Fontès…), Fernand Godefroy est arrêté à son domicile par des agents du commissariat d’Aubervilliers et interné administrativement à la caserne désaffectée des Tourelles, boulevard Mortier, Paris 20e, “centre surveillé” dépendant de la préfecture de police de Paris ; enregistré sous le matricule n° 132, il est assigné à la chambre n° 13. En janvier 1942, il y reçoit la visite de son épouse et de sa mère, puis de son épouse et de son frère.

La caserne des Tourelles, boulevard Mortier, avant guerre. Partagée avec l’armée allemande au début de l’occupation, elle servit surtout à interner les « indésirables étrangers ». Carte postale. Collection Mémoire Vive.

La caserne des Tourelles, boulevard Mortier, avant guerre.
Partagée avec l’armée allemande au début de l’occupation, elle servit surtout à interner les « indésirables étrangers ».
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Le 24 mars suivant, le chef de l’état major allemand de l’administration du commandant du département de la Seine écrit au préfet de police : « Godefroy doit être détenu à la caserne des Tourelles. Je vous prie de me faire connaître les raisons pour lesquelles vous l’avez arrêté. Délai de réponse : jusqu’au 15 avril 1942. » Le 1er avril, les Renseignements généraux rédigent une note : « À la suite des attentats commis contre des membres de l’armée d’occupation, les enquêtes effectuées ont démontré que ces actes étaient l’œuvre d’anciens légionnaires ayant combattu dans les Brigades internationales d’Espagne. Par mesure de sécurité, plusieurs de ces derniers ont été internés administrativement, parmi lesquels figure Fernand Godefroy, militant communiste… »

Le 11 avril, Fernand Godefroy écrit au préfet de police pour demander une « contre-enquête » : « Ayant été en Espagne par suite de dissentiments dans mon mariage […] Je déclare sur l’honneur n’avoir appartenu à aucun groupement politique, ni auparavant, ni depuis. Trouvant la politique de Monsieur le Maréchal Pétain conforme aux évènements actuels, je m’engage dorénavant à suivre ses directives. » (s’agissant avant tout d’obtenir une libération, rien ne garantit le degré de sincérité d’une telle déclaration…) Faute de réponse, il renouvelle une demande d’audience auprès du directeur des Tourelles : « Ma présence chez moi se trouvant de plus en plus indispensable, ma femme étant seule avec un bébé. »

Le 5 mai 1942, Fernand Godefroy fait partie des 24 internés des Tourelles, pour la plupart anciens Brigadistes, que viennent « prendre des gendarmes allemands » afin de les conduire à la gare du Nord prendre un train à destination du camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Le même jour, le préfet délégué du ministère de l’intérieur dans les territoires occupés envoie au préfet de police un formulaire pré-imprimé : « Mon attention a été attirée sur le nommé Godefroy Fernand […]. Je vous prie de me faire connaître, d’urgence, les raisons de la décision prise à l’encontre de l’intéressé, ainsi que votre avis sur l’opportunité d’une mesure de clémence à son égard. » Le 8 mai, le cabinet du préfet de police écrit au directeur des RG pour lui demander son avis. La réponse de la 1ère section du service tombe le 13 juin : « La libération de Godefroy ne paraît pas pouvoir être envisagée pour le moment. »

Entre fin avril et fin juin 1942, Fernand Godefroy est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Les deux wagons à bestiaux
du Mémorial de Margny-les-Compiègne,
installés sur une voie de la gare de marchandise
d’où sont partis les convois de déportation. Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet, Fernand Godefroy est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45612 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Fernand Godefroy.

Il meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942,d’après l’acte de décès établi par l’administration SS du camp (Sterbebücher), alors qu’a lieu une grande sélection des “inaptes au travail” à la suite de laquelle 146 des “45000” sont inscrits sur le registre des décès en deux jours (probablement gazés [2]).

Au printemps 1949, Octave Godefroy, alors domicilié au 64, rue Jean-Jacques-Rousseau à Saint-Denis, dépose une demande de pension de victime civile auprès de la direction départementale des anciens combattants et victimes de la guerre en raison de l’arrestation et du décès en déportation de son fils, dont il connaît la date exacte de décès à Auschwitz.

En janvier 1957 (?), Hélène Godefroy dépose une demande de carte de déporté politique au nom de son mari.

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. 24-10-1993).

Notes :

[1] Épinay-sur-Seine : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] Les chambres à gaz du centre de mise à mort situé à Birkenau fonctionnent principalement pour l’extermination des Juifs dans le cadre de la “Solution finale”, mais, jusqu’en mai 1943, elles servent également à éliminer des détenus, juifs ou non, considérés comme “inaptes au travail” (opération commencée en avril 1941, dans d’autres camps, sous le nom de code 14 f 13). Les détenus d’Auschwitz-Isélectionnés pour la chambre à gaz sont amenés en camions à Birkenau. Quelquefois, ils attendent la mort au Block 7 de ce camp.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 150 et 153, 385 et 406.
- Daniel Grason, site Le Maitron, Dictionnaire biographique du Mouvement ouvrier français, citant notamment Arch. PPo. BA 2113 ; RGASPI 545.31. BDIC mfm 880/1 bis ; RGASPI 545.3.494. BDIC mfm 880/43 ; RGASPI 545.2.68. BDIC mfm 880/46.
- Dossiers des brigades internationales dans les archives du Komintern, fonds du Centre russe pour la conservation des archives en histoire politique et sociale (RGASPI), Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC), campus de l’Université de Paris X-Nanterre, microfilms acquis par la BDIC et l’AVER-ACER, bobines cotes Mfm 880/17 (545.6.1207), 880/47 (542.2.112), 880/48 (545.2.290).
- Archives de la préfecture de police  (Seine / Paris), site du Pré-Saint-Gervais : cartons “occupation allemande”, (BA ?) ; dossier individuel des Renseignements généraux (77 w  160-118478) ; dossier individuel du cabinet du préfet (1 W 681-22711).
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 357 (31911/1942).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 28-05-2018)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.