Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz lors de l’évacuation du camp en janvier 1945. Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz
lors de l’évacuation du camp en janvier 1945.
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Fernand Courty naît le 22 octobre 1896 à Cramant (Marne), fils de Rosalie Courty, 24 ans, vigneronne (plus tard, celle-ci habitera Épernay). L’enfant est légitimé par Alfred Charlot, alors 25 ans, vigneron, lors de son mariage avec la mère de celui-ci en la mairie de Cramant le 27 août 1898.

Étant de la classe 1916, Fernand Charlot devrait avoir été mobilisé au cours de la guerre 1914-1918 (à vérifier…). Dans la réserve, il est affecté au Génie du chemin de fer.

Le 16 décembre 1919 à Amiens, Fernand Charlot épouse Lucienne Domart. Ils ont un fils, né vers 1925.

Le 9 mars 1920, Fernand Charlot est embauché comme employé de chemin de fer à la Compagnie du Nord.

Au moment de son arrestation, il est domicilié au 30, rue Sire-Bernard à Amiens (Somme).

Il est alors mécanicien de route au dépôt SNCF d’Amiens.

Façade de la gare d’Amiens dans les années 1920.  Carte Postale. Collection Mémoire Vive.

Façade de la gare d’Amiens dans les années 1920. Carte Postale. Collection Mémoire Vive.

En 1931 et 1932, il est délégué du personnel, élu sur une liste de la CGTU.

Carte syndicale CGT, Fédération des chemins de fer.  Collection Mémoire Vive.

Carte syndicale CGT, Fédération des chemins de fer.
Collection Mémoire Vive.

Jusqu’en 1936, il est membre du Parti socialiste.

Son fils de quinze ans décède au début de la guerre (dans quelles conditions ?).

Le 8 mai, Fernand Charlot est arrêté par la police allemande à la suite d’un double sabotage effectué dans la nuit du 30 avril au 1er mai – alors qu’il n’était pas en service -, actions ayant notamment immobilisé la grue de relevage (32 tonnes) du dépôt. Il est écroué à la Maison d’arrêt d’Amiens « à la disposition des autorités allemandes » et fait partie des treize cheminots du dépôt SNCF gardés en représailles.

Dans une notice individuelle réalisée après coup par la police française, il est dit de lui : « N’est pas présenté comme un sympathisant communiste ; est toujours resté à l’écart des manifestations publiques ».

Le 27 mai, son épouse écrit au préfet de la Somme pour lui demander d’intervenir en faveur de sa libération « ou même, au besoin, faire procéder à un complément d’enquête ».

Le 10 juin, ils sont dix cheminots (dont neuf futurs “45000”) [1] à être transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 -Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, Fernand Charlot est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

Les deux wagons à bestiaux du Mémorial de Margny-les-Compiègne, installés sur une voie de la gare de marchandise d’où sont partis les convois de déportation. © Cliché M.V.

Les deux wagons à bestiaux du Mémorial de Margny-les-Compiègne,
installés sur une voie de la gare de marchandise
d’où sont partis les convois de déportation. © Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Fernand Charlot est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45356 (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal d’Auschwitz-I après l’appel du soir. Pendant un temps, Fernand Charlot est admis au Block 20 – celui des maladies contagieuses – de l’hôpital du camp-souche, ce qui permet de supposer qu’il a fait partie de ceux qui y ont été affectés.

Il meurt à Auschwitz le 12 août 1942, d’après les registres du camp ; un mois après l’arrivée de son convoi (la première mention de son décès inscrite sur l’acte de naissance indiquait « Birkenau »).

La mention “Mort pour la France” est apposée sur son acte de décès en 1948 et il obtient le titre de Déporté politique en 1954.

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 14-11-1987).

Sources :

- Le nom et le matricule de Fernand Charlot figurent sur la Liste officielle n°3 des décédés des camps de concentration d’après les archives de Pologne, éditée le 26 septembre 1946 par le ministère des anciens combattants et victimes de guerre, page 60.
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 369 et 398.
- Archives départementales de la Marne (AD 51), site internet, archives en ligne, registre des naissances de Cramant, année 1896, acte n° 25 (vues 59 et 61/83) ; registre des mariages de Cramant 2 E 220/11), acte n° 2 (vues 40-41/69).
- Archives départementales de la Somme, Amiens, correspondance de la préfecture sous l’occupation (26w592).
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 165 (19874/1942).
- Base de données des archives historiques SNCF ; service central du personnel, agents déportés déclarés décédés en Allemagne (en 1947), de A à Q (cote 0110LM0108).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 6-11-2016)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous dispose (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Les neuf cheminots, futurs “45000”  : Roger Allou et Clovis Dehorter, de Camon ; Émile Poyen, de Longeau ; Paul Baheu, Fernand Boulanger, Fernand Charlot, Albert Morin, Georges Poiret et François Viaud, d’Amiens (ce dernier étant le seul rescapé des “45000” d’Amiens, Camon et Longueau.

Le dixième cheminot interné à Compiègne est Joseph Bourrel, mécanicien de manœuvre, domicilié au 102 rue Richard-de-Fournival à Amiens. Son sort en détention reste à préciser (il n’est pas déporté, selon le mémorial FMD)…

Un onzième cheminot reste à la prison d’Amiens, Jean Mayer, ouvrier au dépôt, domicilié au 36 rue Capperonnier à Amiens, arrêté la nuit même de l’attentat. Il est probablement condamné par un tribunal militaire allemand. Le 26 avril 1943, il est transféré dans une prison du Reich à Fribourg-en-Brisgau. Il est libéré à Creussen le 11 mai 1945.