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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau,
Oświęcim, Pologne.
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

Fernand, Maurice, Blanchard naît le 31 décembre 1923 à Paris 8e, fils d’André Blanchard et de Marcelle, son épouse.

En 1925, la famille s’installe au 3, passage de l’Asile-Popincourt à Paris 11e.

Au moment de son arrestation, il habite toujours chez ses parents : il est célibataire (il n’a que 17 ans).

Fernand Blanchard travaille régulièrement comme apprenti polisseur aux établissements GAHM, sis au 4, rue du Fer-à-Moulin (Paris 5e). N’ayant pas d’activité politique dans l’entreprise, il est bien considéré par son employeur.

Ses parents sont connus pour leurs sympathies envers le Parti communiste.

Mobilisé pendant la « drôle de guerre », son père est fait prisonnier au cours de la bataille de France (10 mai – 22 juin 1940) et envoyé en Allemagne.

Dans la nuit du 9 au 10 août 1941, dans son quartier Saint-Ambroise, avec une dizaine de camarades des Jeunesses communistes du 11e, il jette des tracts sur la voie publique et lacère des affiches apposées par le Rassemblement National Populaire, de Marcel Déat, et l’Union contre le Bolchevisme. Des agents de police, peut-être en civil, interviennent. Fernand Blanchard est appréhendé à l’angle de l’impasse Truillot et de la rue Popincourt, près du boulevard Voltaire, avec un deuxième jeune, Serge S., 17 ans, dit « le boucher » en raison de la profession de ses parents, les autres parvenant à s’enfuir. Il oppose une vive résistance aux gardiens de la paix, occasionnant quelques contusions à l’un d’eux. Il est trouvé porteur d’un tract et d’un tampon encreur. La perquisition effectuée chez ses parents n’amène la découverte d’aucun tract, écrit ou brochure subversif.

Inculpés d’infraction au décret du 26 septembre 1919, Fernand Blanchard et son camarade sont conduits au dépôt à disposition du procureur de la République, puis écroués au quartier des mineurs de l’établissement pénitentiaire de Fresnes (Seine / Val-de-Marne).

Le 3 novembre, la Section spéciale de la Cour d’appel de Paris, « considérant que l’accusé, âgé de moins de 18 ans, a agi sans discernement, le confie à sa mère et le place jusqu’à sa majorité sous le régime de liberté surveillée et condamne sa mère, civilement responsable, au frais envers l’État et au maximum de la contrainte par corps » (pour Serge S., c’est le père qui est mis en cause). Mais Fernand Blanchard n’est pas libéré pour autant : deux jours plus tard, 5 novembre, le préfet de police de Paris signe un arrêté ordonnant son internement administratif en application du décret du 18 novembre 1939 et de la circulaire allemande du 19 septembre 1941. L’arrêté pris simultanément concernant Serge S. est rapporté dès le 10 novembre (peut-être parce que ses parents sont honorablement connus…).

Le 10 novembre, Fernand Blanchard fait partie d’un groupe de 58 militants communistes transférés au « centre de séjour surveillé » (CSS) de Rouillé (Vienne).

Le 22 mai 1942, Fernand Blanchard est parmi les 156 internés de Rouillé – dont 125 seront déportés avec lui – remis aux autorités d’occupation à la demande de celles-ci et conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager). Enregistré sous le matricule 5837, il est assigné au bâtiment A7.

Entre fin avril et fin juin 1942, Fernand Blanchard est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne – sur la commune de Margny – et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Fernand Blanchard est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45256 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée).

Après les premières procédures (tonte, désinfection, attribution d’un uniforme rayé et photographie anthropométrique), les 1170 arrivants sont entassés pour la plupart dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau ; alors choisi pour mettre en œuvre la « solution finale » – le génocide des Juifs européens -, ce site en construction présente un contexte plus meurtrier pour tous les concentrationnaires. À leur arrivée, les “45000” sont répartis dans les Blocks 19 et 20 du secteur B-Ib, le premier créé.

Le 10 juillet, après l’appel général, ils subissent un bref interrogatoire d’identité qui parachève leur enregistrement et au cours duquel ils déclarent une profession (celle qu’ils exerçaient en dernier lieu ou une autre, supposée être plus “protectrice” dans le contexte du camp). Puis ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet, après l’appel du soir – l’ensemble des “45000” ayant passé cinq jours à Birkenau – Fernand Blanchard est dans la moitié des membres du convoi ramenée au camp principal (Auschwitz-I), auprès duquel fonctionnent des ateliers où sont affectés des ouvriers ayant des qualifications utiles au camp. Son nom figure sur une liste de détenus assignés au Block 4.

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Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ».
« Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre »
Carte postale. Collection mémoire Vive.

Fernand Blanchard meurt du typhus à Auschwitz le 28 août 1942, d’après des registres de l’administration SS du camp. Il n’a pas 20 ans.

Le 2 mars 1949, son décès est transcrit à l’état civil de la mairie du 11e arrondissement, avec la mention “Mort pour la France”.

Il est homologué comme “Déporté politique”. La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. n°9 du 11-01-2009).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 371 et 396.
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” de Paris (2002), citant : Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen (fichier central).
- Archives de la préfecture de police (Seine / Paris), Service de la mémoire et des affaires culturelles, Le Pré-Saint-Gervais (Seine-Saint-Denis) : cartons “occupation allemande”, camps d’internement… (BA 2374) ; dossier individuel du cabinet du préfet (1 W 48-25517).
- Mémorial de la Shoah, Paris, archives du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC) ; liste XLI-42, n° 34.
- Archives départementales de la Vienne : camp de Rouillé (109W75).
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 150 (25565/1942).
- Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne, Bureau d’information sur les anciens prisonniers (Biuro Informacji o Byłych Więźniach), relevé dans les archives (01-2009).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 16-09-2018)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.